C’est en misant sur ses activités aériennes que Transat A. T. tentera de continuer de voler de ses propres ailes, un plan stratégique qui ne l’empêche toutefois pas de continuer à discuter avec Pierre Karl Péladeau, qui ne semblait pourtant plus intéressé à acheter le voyagiste.

Julien Arsenault
Julien Arsenault La Presse

La société mère d’Air Transat a offert peu de détails sur l’état des pourparlers en dévoilant ses résultats du deuxième trimestre terminé le 30 avril, qui s’est soldé par une perte nette d’environ 68 millions alors que les avions de l’entreprise sont toujours cloués au sol.

Aux commandes de l’entreprise depuis le 27 mai dernier après avoir pris la relève de Jean-Marc Eustache, la présidente et cheffe de la direction du voyagiste, Annick Guérard, n’a pas abordé la question au cours de la conférence téléphonique avec les analystes.

« Il n’y a aucune certitude qu’une transaction en résultera », a simplement souligné Transat A. T., dans un communiqué, à propos des discussions avec M. Péladeau. Celui-ci propose, par l’entremise de sa société Gestion MTRHP, 5 $ en espèces par action.

Le mois dernier, l’actionnaire de contrôle de Québecor avait toutefois affirmé ne plus être intéressé à acheter Transat A. T. en évoquant les réticences de son plus important actionnaire, Letko, Brosseau & Associés, à accepter une offre de 5 $ l’action. Les échanges se sont néanmoins poursuivis. En mi-journée, jeudi, l’homme d’affaires n’avait pas offert de commentaires.

Sur le parquet de la Bourse de Toronto, l’action du voyagiste cotait à 5,84 $, jeudi, en hausse de 15 cents, ou 2,6 %, soit au-delà du prix proposé par M. Péladeau.

« Nous ignorons à quel point les échanges sont sérieux, mais nous croyons peu probable qu’une offre supérieure à 5 $ l’action soit présentée », a estimé l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans une note.

Pas d’hôtels

Grâce à l’entente intervenue avec Ottawa afin d’emprunter jusqu’à 700 millions, Transat A. T. estime avoir les reins assez solides pour procéder à un redémarrage progressif de ses activités aériennes, interrompues depuis la fin janvier, à compter du 30 juillet. Depuis Montréal, des vols seront offerts vers Paris, Cancún et Punta Cana.

À l’instar du reste de l’industrie, Mme Guérard souhaite voir le gouvernement Trudeau arriver avec un plan clair pour expliquer comment il entend assouplir les règles pour les voyageurs internationaux.

Mais la stratégie du voyagiste changera. Après une crise sanitaire qui a grevé sa trésorerie, le voyagiste abandonne son projet d’étendre son intégration verticale à l’exploitation d’hôtels dans les destinations soleil – une ambition au cœur de son dernier plan stratégique.

La nouvelle dirigeante de Transat A. T. souhaite voir la compagnie se concentrer davantage sur les voyages aériens d’agrément. Air Transat mettra ainsi l’accent sur l’est du Canada, et particulièrement sur Montréal, ainsi que sur des vols à destination des États-Unis. L’entreprise veut aussi miser sur un réseau de liaisons domestique vers les provinces de l’Ouest canadien, continuer à offrir des vols internationaux et conclure des alliances avec d’autres transporteurs.

« Nous n’avons pas atteint notre plein potentiel en tant que compagnie aérienne, a dit Mme Guérard, en précisant que des forfaits continueraient d’être vendus. Nous nous sommes concentrés à être une agence de voyages. Nous devons nous recentrer et consacrer toute notre énergie à nous améliorer en tant que compagnie aérienne. »

Pour réduire ses coûts, Transat A. T. éliminera deux modèles de sa flotte et n’exploitera que des Airbus A330 et A321. Pendant la saison hivernale, le voyagiste ne louera plus d’appareils et utilisera davantage les avions qu’il détient.

En dépit d’une nouvelle orientation stratégique, des espoirs suscités par la vaccination ainsi qu’une réouverture éventuelle des frontières, l’entreprise qu’il faudra attendre au moins jusqu’en 2023 avant de renouer avec le niveau d’activité observé avant la crise sanitaire.

« Nous ne nous attendons pas à ce que la compagnie participe pleinement à la reprise avant de la fin de l’année étant donné que ses activités (n’ont pas redémarré) », a souligné l’analyste Benoit Poirier, de Valeurs mobilières Desjardins, dans un rapport où reconnaît que la société est bien positionnée pour profiter de la demande dans le créneau des vols pour les vacances ou visiter des proches.

Par action, la perte nette de Transat A. T. s’est chiffrée à 1,84 $ par action au deuxième trimestre. À la même période il y a un an – au début de la pandémie – la perte nette s’était chiffrée à 179,5 millions de dollars, ou 4,76 $. Les revenus ont dégringolé à 7,6 millions. Ils avaient été de 563,7 millions il y a un an.

Au 30 avril, les crédits de voyage émis pour des vols annulés en raison de la crise sanitaire étaient estimés à 504 millions. Transat A. T. a dit avoir reçu des demandes de remboursement pour environ 64 % de la somme.