« Penser vendre des actions dans une période de crise très sérieuse n’est pas quelque chose que nous faisons chez Letko Brosseau. Nous avons plus de courage que ça », a dit le gestionnaire de portefeuille Peter Letko, en entrevue vendredi.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

« Ce n’est pas le temps de vendre des actions d’une entreprise qu’on détient depuis longtemps », ajoute celui qui réagissait aux propos tenus la veille par Pierre Karl Péladeau au sujet de Transat.

M. Péladeau a dit jeudi que « Letko Brosseau refuserait une proposition à 5 $ par action, alors à quoi ça servirait de faire une proposition si celui qui a le pouvoir de faire ou défaire une transaction est en désaccord avec l’évaluation tout à fait raisonnable que j’avais faite ? »

Letko Brosseau est le plus important actionnaire de Transat avec une participation de 13 %.

Pierre Karl Péladeau avait soumis l’hiver dernier à titre personnel, par l’entremise de sa société de gestion MTRHP, une proposition en argent équivalente à 5 $ par action (190 millions de dollars).

Nous sommes très optimistes au sujet de Transat. Nous croyons que les gens vont recommencer à voyager lorsque la pandémie s’apaisera. Peut-être qu’ils voyageront même un peu plus parce qu’ils n’ont pas pu le faire pour leurs vacances depuis un an.

Peter Letko, cofondateur de la firme Letko Brosseau

« Et on n’est pas nécessairement très loin de ce moment. Une grande portion de la population des États-Unis est maintenant vaccinée. Les Américains retrouvent graduellement une vie plus normale. La même chose se produira ici. Nous sommes un peu en arrière pour différentes raisons, mais la normalité reviendra probablement dans quelques mois. »

M. Letko rappelle que Letko Brosseau est actionnaire de Transat depuis 2006, et actionnaire de Québecor depuis sensiblement le même nombre d’années.

« Nous avons toujours une vision à long terme avec nos investissements. Nous croyons que Transat est une belle entreprise québécoise et nous sommes très fiers d’en être actionnaires. Nous avons beaucoup d’expérience avec M. Péladeau et sa famille et c’est une bonne expérience. Nous n’avons rien contre lui. Nous sommes partenaires depuis longtemps. Franchement, je serais heureux s’il désirait acheter des actions de Transat sur le marché boursier. Il pourrait amasser une bonne position s’il a réellement un grand intérêt à être actionnaire. Ça ne pose aucun problème », dit Peter Letko.

Et si jamais Transat a besoin d’argent, Letko Brosseau sera heureux d’aider la compagnie en injectant du capital, dit-il. « Mais Transat vient de réaliser une transaction avec le gouvernement canadien. Je crois que ça sera assez pour un ou deux ans. Ça dépend de la longueur de la pandémie. »

Le gouvernement fédéral est venu au secours de Transat il y a deux semaines avec une entente permettant au voyagiste de disposer de 700 millions de dollars de liquidités supplémentaires. Dans le cadre du montage financier, Transat a émis 13 millions de bons de souscription donnant le droit d’acquérir un nombre équivalent d’actions à 4,50 $ chacune.

Patience du côté de la Caisse et du Fonds FTQ

Outre Letko Brosseau, le Fonds de solidarité FTQ, avec une participation de 11,6 %, et la Caisse de dépôt et placement, qui contrôle 5,8 % des actions, sont les deux autres grands actionnaires de Transat.

« Comme nous, j’espère que ni la Caisse ni le Fonds ne souhaitent vendre. J’espère que comme nous ils sont optimistes que Transat réussira sa relance et redeviendra rentable une fois que cette pandémie sera terminée et que les gens recommenceront à voyager », dit Peter Letko.

Le Fonds de solidarité FTQ a indiqué vendredi être prêt à étudier toute proposition qui maintiendrait le siège social de Transat et les emplois au Québec. « Dans le passé, la direction de l’entreprise a su composer avec de nombreux défis, et nous sommes confiants qu’elle puisse le faire encore », commente le porte-parole, Patrick McQuilken.

De son côté, la Caisse rappelle qu’elle avait dit publiquement à la fin février que Transat devait se donner de l’optionalité dans l’éventualité du retrait d’Air Canada. « Nous entretenons la même attente et continuerons de suivre la situation de près », souligne simplement son porte-parole, Maxime Chagnon.

La direction de Transat a indiqué vendredi avoir pris note des déclarations de Pierre Karl Péladeau en précisant n’avoir toutefois reçu aucune communication formelle à cet effet.

L’action de Transat a gagné 5 % vendredi pour terminer la semaine à 4,53 $ à Toronto.