(Montréal) Le jour même de leur assemblée annuelle, les actionnaires de l’entreprise de génie SNC-Lavalin ont vu la valeur de leur placement bondir de 16 % en Bourse, à un peu plus de 32 $ par action, après l’annonce d’un retour à la rentabilité au premier trimestre 2021.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Dans les résultats annoncés vendredi pour le trimestre s’étant terminé le 31 mars, SNC-Lavalin affiche un bénéfice net de 73 millions de dollars, comparativement à une perte nette 66,9 millions au même trimestre de l’an dernier.

Ses revenus trimestriels ont totalisé 1,82 milliard, en baisse de 2,6 % par rapport au trimestre comparable l’an dernier, en raison surtout des effets latents de la pandémie et du délaissement de certaines activités pour compléter son plan de restructuration.

SNC-Lavalin précise à ce sujet que son bénéfice net provenant des « activités poursuivies » s’est relevé considérablement à 67,7 millions lors du premier trimestre 2021, comparativement au très maigre bénéfice de 950 000 $ dégagé à pareille date un an plus tôt.

Quant à son carnet de commandes, qui donne un aperçu du niveau d’activités au cours des prochains trimestres, il cotait à 13,2 milliards au 31 mars dernier. Ce montant est en léger recul de 5 % par rapport à sa valeur d’il y un an, recul qui s’explique surtout par le désistement de SNC-Lavalin du marché des projets clés en main à des prix forfaitaires (CMPF) dans lequel l’entreprise avait subi de lourds déficits au cours des dernières années.

Selon le président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian L. Edwards, l’entreprise a eu « un très bon début d’année avec un premier trimestre conforme [aux] attentes, [les] Services d’ingénierie, qui comprennent les secteurs ICGP, Énergie nucléaire et Services d’infrastructures, ayant encore enregistré un solide rendement trimestriel ».

Pour la suite, a-t-il indiqué, l’entreprise entrevoit de « nombreuses occasions d’affaires dans toutes [ses] régions principales, puisque les gouvernements continuent d’investir dans de nouveaux projets ».

Durant la téléconférence avec les analystes, les hauts dirigeants de SNC-Lavalin ont réitéré leur objectif de croissance des revenus annuels de la division principale des services d’ingénierie de l’ordre de « quelques points de pourcentage » par rapport à l’an dernier, et d’un rehaussement de « 8 à 10 % » du bénéfice sectoriel.

Parmi les analystes, chez Desjardins Marchés des capitaux notamment, les analystes Benoit Poirier et Jean-François Lavoie se sont dits « satisfaits des bons résultats enregistrés au cours du premier trimestre chez SNC-Lavalin, grâce à une solide performance de [la division principale] de SNCL Services d’ingénierie et une exécution solide sur les projets de type CMPF restants à terminer ».

Et pour la suite ? « Avec les derniers projets de type CMPF liés aux ressources en voie d’achèvement, et la cession des activités dans le secteur pétrole et gaz en bonne voie de conclusion au deuxième trimestre de 2021, nous pensons que les investisseurs devraient commencer à revoir la valeur des actions de SNC-Lavalin avant une éventuelle réévaluation haussière à la fin de 2021 », suggèrent les analystes de Desjardins dans une note aux investisseurs.

Une rémunération « troublante »

La forte hausse de la rémunération consentie au président et chef de la direction de SNC-Lavalin, Ian L. Edwards, a fait l’objet d’une intervention de la part de Willie Gagnon, directeur général du MEDAC, regroupement québécois d’actionnaires militants.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Ian L. Edwards, PDG de SNC-Lavalin, en 2019

Durant l’exercice 2020, la valeur de la rémunération totale (salaires, primes et bonis) de M. Edwards s’est élevée à 8,03 millions de dollars, deux fois plus que la valeur qui lui avait été accordée en 2019. Ces informations sont tirées de la plus récente circulaire de direction de SNC-Lavalin, qui est l’un des principaux documents préparatoires à l’assemblée annuelle des actionnaires.

Il est particulièrement troublant de constater l’augmentation spectaculaire de la rémunération totale du président quand on prend en compte les réductions substantielles de rémunération qui ont été demandées aux salariés de SNC-Lavalin en 2020.

Willie Gagnon, directeur général du MEDAC, regroupement québécois d’actionnaires militants

« Le bon sens nous dit que la rémunération totale du président aurait dû être réduite autant que celle des employés. Je ne parle pas du salaire, mais de la rémunération totale. C’est le principe le plus fondamental de l’équité. Cette situation est inacceptable », a indiqué Willie Gagnon, du MEDAC, lors de son intervention.

Le président du conseil de SNC-Lavalin, William L. Young, a soutenu que la « politique de rémunération des hauts dirigeants garantit qu’elle est directement liée à la performance de l’entreprise et du cours de l’action en Bourse. Et dans le cas du président et chef de la direction, elle est aussi déterminée par rapport à des sociétés comparables du secteur de l’ingénierie au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni ».

Quant à l’évolution récente de cette rémunération, M. Young a souligné « qu’au deuxième trimestre de 2020, la rémunération de la haute direction a été réduite de 20 % et celle des employés de 10 % afin de protéger les flux de trésorerie de l’entreprise [durant la pandémie]. »

« En ce qui concerne le président et chef de la direction, a poursuivi le président du conseil de SNC-Lavalin, 80 % de sa rémunération est [de valeur] variable et liée à la performance financière et d’affaires de l’entreprise par rapport aux objectifs établis, ainsi que de la performance du cours des actions de l’entreprise. En d’autres termes, si l’entreprise ne performe pas suffisamment, le président ne reçoit qu’une très petite partie de la valeur de sa rémunération totale divulguée dans la circulaire de sollicitation de procuration de vote des actionnaires. »

À ce sujet, le président du conseil de SNC-Lavalin a clos sa réponse au directeur général du MEDAC en indiquant que le vote consultatif des actionnaires sur la politique de rémunération des hauts dirigeants avait obtenu 98 % de votes « pour » parmi les votes exprimés à l’assemblée annuelle.

« C’est un appui qui est en hausse par rapport à l’année dernière, ce qui est une déclaration très significative de soutien des actionnaires à notre politique de rémunération », a conclu M. Williams, avant de passer à la suite de l’assemblée en l’absence d’autres questions d’actionnaires.