(Montréal) Pour la deuxième fois en 48 heures, le grand patron de Québecor, de Vidéotron et du Groupe TVA, Pierre Karl Péladeau, s’en est pris jeudi à sa cible favorite : Bell Canada, qui cette fois est passée à l’attaque.

Michel Saba La Presse Canadienne

M. Péladeau a réclamé que les gouvernements imposent des sanctions contre la compagnie de télécommunications advenant que, « comme c’est trop souvent le cas », son féroce concurrent montréalais ne respecte pas une récente décision du CRTC au sujet de l’accès à ses poteaux.

« Parce qu’avec Bell, plus ça change, plus c’est pareil », a lancé Pierre Karl Péladeau dans son discours à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires de Québecor.

À la mi-avril, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a déterminé que Bell avait enfreint la Loi sur les télécommunications en omettant de fournir un accès en temps opportun aux poteaux et autres structures de soutènement requis par Vidéotron.

L’organisme de réglementation a ordonné à Bell d’effectuer plusieurs tâches dans les 35 jours suivant la publication de la décision, soit au plus tard le 21 mai, et avait précisé qu’il déterminera si une pénalité financière sera imposée et quel en serait le montant. Vidéotron disait évaluer en septembre les dommages à plus de 12 millions.

M. Péladeau a dressé jeudi un parallèle avec l’engagement de Vidéotron de brancher à l’internet haute vitesse 37 000 foyers actuellement mal desservis en région d’ici septembre 2022.

Il a réclamé que les gouvernements et les organismes de réglementation s’assurent « de maintenir une pression en matière d’accès aux infrastructures de soutènement ».

Le dirigeant du géant québécois des télécommunications en a rajouté une couche dans une réponse à une question du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires. « Bell Canada devrait défendre l’intérêt public plutôt que l’intérêt uniquement de sa direction et de ses actionnaires », a-t-il offert.

Vidéotron accuse Bell Canada de s’adonner à « des pratiques anticoncurrentielles » en bloquant l’accès à ses poteaux via des « procédures interminables ».

Mardi, M. Péladeau avait reproché à Bell d’être « dans une situation permanente de conflit d’intérêts » lorsque vient le temps de négocier les redevances pour les chaînes spécialisées du Groupe TVA.

Bell décoche des flèches

Dans une réponse à La Presse Canadienne, Bell est allée jusqu’à se demander « si Vidéotron ne fait pas exprès d’échouer pour pouvoir nous blâmer ».

Selon l’entreprise créée en 1880, les faits parlent d’eux-mêmes et Vidéotron est « très lente » à effectuer la planification des travaux de son réseau, contrairement à Hydro-Québec, Telus et d’autres partenaires avec qui ça « fonctionne bien ».

« Tous les mois, nous devrions recevoir 275 demandes de permis de Vidéotron pour les projets d’Opération Haute Vitesse, a noté Caroline Audet, une porte-parole. En avril, nous n’avons reçu que sept demandes (de Vidéotron) et jusqu’à maintenant, pour le mois de mai, nous sommes loin des 275 demandes de permis prévues. »

Selon elle, « Vidéotron a des problèmes et cherche quelqu’un d’autre à blâmer. »

Un « one-man-show » ?

Pressé de questions dans une conférence de presse suivant l’assemblée, M. Péladeau justifié sa décision d’ajouter à son rôle de président et chef de la direction de Québecor ceux de PDG de Vidéotron, avec le départ de Jean-François Pruneau annoncé à la fin avril, et de Groupe TVA tandis que France Lauzière est absente.

Pierre Karl Péladeau a expliqué qu’il s’appuie sur « des équipes de direction solides », comme le faisait son père.

« On disait fréquemment de lui que c’était un “one-man-show”, mais rapidement, il s’est avéré que mon père s’est entouré de collaborateurs de grand talent et c’est la raison pour laquelle au lendemain de sa disparition l’entreprise a continué de prospérer. »

Vidéotron est le vaisseau amiral de Québecor, dont M. Péladeau est l’actionnaire de contrôle, si bien que ça en est rendu « une vérité de Polichinelle » que l’écrasante majorité des résultats qui composent le bénéfice d’exploitation de Québecor proviennent de cette filiale.

Le président du conseil d’administration, l’ancien premier ministre Brian Mulroney, a confirmé que le C.A. est confortable avec cette décision. « Si vous voulez qu’une tâche se fasse, confiez là à un homme occupé », a-t-il illustré en anglais, avant de préciser qu’il croit que ce sont des tâches temporaires.

Léger recul des profits de Québecor

Québecor a affiché un profit net attribuable aux actionnaires de 121,3 millions, ou 49 cents par action, comparativement à 131,6 millions ou 52 cents par action, un an plus tôt.

Le profit ajusté a atteint 129,9 millions, ou 52 cents par action, par rapport à celui de 111,5 millions, ou 44 cents par action, du même trimestre en 2020.

Les revenus se sont élevés à 1,09 milliard au plus récent trimestre, comparativement à 1,05 milliard un an plus tôt, une hausse de 3,4 %.

Ces résultats étaient supérieurs aux attentes des analystes, qui visaient en moyenne un bénéfice ajusté de 49 cents et un chiffre d’affaires de 1,08 milliard, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

Dans un rapport, l’analyste Jérome Dubreuil, de Desjardins, a tranché que les résultats « répondent aux attentes, avec une légère faiblesse pour le nombre d’abonnés ». La progression de 4,5 % à 914 millions du chiffre d’affaires du secteur des télécommunications est similaire à ce qui était attendu.

M. Dubreuil, qui se spécialise dans le secteur des télécommunications et des médias, a noté que la perte de 16 500 abonnés à la télévision par câble est supérieure aux attentes de 12 700 débranchements. Les abonnements à internet ont progressé de 10 600 alors que les attentes étaient de 12 500 gains et la diminution de 27 000 clients de la téléphonie terrestre a été légèrement supérieure à la projection de 26 200.

Québecor a précisé que le secteur des télécommunications a affiché une croissance de 4,5 % de ses revenus au premier trimestre. Les revenus de la filiale Vidéotron ont augmenté : de 11 % pour les services et équipements mobiles, de 6,9 % en accès internet et de 65 % en équipements filaires.