Bombardier ne semble pas trop craindre l’arrivée prochaine du nouveau Falcon, présenté jeudi par Dassault comme « le plus avancé et le plus spacieux des avions d’affaires ».

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

« Notre vaisseau amiral, le Global 7500, qui est en fait le produit vedette dans l’industrie, est un game changer. Nous en avons déjà livré 50. Lorsque l’appareil de Dassault entrera en service, nous aurons probablement déjà de 250 à 300 appareils en service », souligne Éric Martel, PDG de Bombardier.

Avec une distance franchissable de 13 890 km, le Falcon 10X est un appareil à très long rayon d’action dont l’entrée en service est prévue à la fin de 2025.

« Notre appareil demeure celui qui peut franchir la plus longue distance. Nous nous sentons toujours solides et à l’aise avec notre Global 7500 », dit Éric Martel.

Ce dernier estime qu’il y a de la place dans le marché pour trois grands acteurs (Bombardier, Gulfstream et Dassault).

Dassault tente de se repositionner. Nous verrons s’ils sont en mesure d’offrir un produit qui se différencie suffisamment.

Éric Martel, PDG de Bombardier

Éric Martel qualifie par ailleurs d’« extrêmement positif » le marché actuel du biréacteur d’affaires dans lequel l’entreprise montréalaise complète le recentrage stratégique de ses activités.

Il s’est dit très à l’aise jeudi de réaffirmer les prévisions pour les mois à venir. « On voit un fort momentum au niveau des activités de vente alors qu’on est presque rendu au milieu du deuxième trimestre », a-t-il dit en marge de la présentation des résultats de début d’exercice.

« Les résultats du premier trimestre parlent d’eux-mêmes. Ces résultats sont forts avec 43 % d’amélioration de notre profitabilité sur un an », dit Éric Martel.

Les activités liées aux commandes ont été solides, entraînant un ratio de nouvelles commandes par rapport au nombre de livraisons supérieur à 1 durant les trois premiers mois de l’année.

« Solidité » des activités de vente

Selon l’analyste Tim James, de la TD, ce ratio laisse entendre qu’il y a eu une plus grande activité de vente dans le segment moins cher des jets de taille moyenne.

Bombardier prévoit maintenant que la « solidité » des activités de vente et les tendances positives du marché devraient se poursuivre au moins à court terme.

Bombardier a livré 26 jets en janvier, février et mars, dont huit appareils Global 7500. L’entreprise pense livrer entre 110 et 120 avions d’affaires au total cette année. De ce nombre, de 35 à 40 devraient être des Global 7500, son modèle le plus récent et le plus cher.

Le chiffre d’affaires s’est élevé à 1,3 milliard US au premier trimestre. « Les résultats démontrent le progrès réalisé afin de stabiliser les activités et confirment que nous en sommes au début d’un nouveau cycle pour l’avion d’affaires », souligne Tim James.

Bombardier se donne notamment pour objectif d’augmenter la proportion des revenus tirés des services après-vente pour la faire passer à environ 27 % d’ici 2025, réduire de 20 % le coût unitaire des avions Global 7500 entre la 50e et la 100e livraison d’avion, et réaliser des économies récurrentes de 400 millions d’ici 2023.

« Par ces mesures, nous travaillons à la transformation de Bombardier en une entreprise plus prévisible, plus rentable et plus résiliente », soutient Éric Martel.

Trois produits

Bombardier mise dorénavant sur trois marchés de produits : le Challenger (un appareil de taille moyenne), le Global (de taille plus importante) et le service après-vente.

Éric Martel rappelle que le service après-vente résiste bien de façon générale aux ralentissements économiques parce que des inspections d’appareils doivent être effectuées de façon périodique.

« Le Challenger est un peu plus sensible aux fluctuations économiques alors que la plateforme Global est très résiliente, dit le PDG. Nous avons livré davantage d’appareils de grande taille durant la crise de 2008-2009 que pendant les années précédentes. La même chose pourrait se produire cette année. Une de nos trois plateformes est peut-être un peu moins résiliente, mais pas aussi exposée aux secteurs dans lesquels nous avions des activités dans le passé qui étaient beaucoup plus sensibles aux fluctuations de l’économie. »

Éric Martel a par ailleurs signalé que même si Bombardier s’est recentrée sur les avions d’affaires, l’entreprise reste ouverte à des créneaux où elle pourrait apporter une contribution avec son savoir-faire.

On revoit notre plan stratégique chaque année pour l’améliorer et on va regarder s’il y a d’autres opportunités.

Éric Martel, PDG de Bombardier

Il a répondu ainsi à une question durant l’assemblée des actionnaires qui se tenait de façon virtuelle. Un actionnaire demandait à Éric Martel si le développement des activités spatiales était une priorité stratégique étant donné les occasions commerciales futures liées à l’espace.

En début de semaine, Bombardier avait donné un avant-goût de ses résultats trimestriels et révélé qu’un détenteur de dette allègue que la vente du secteur Transport et d’actifs du secteur aéronautique (jets régionaux et division Aérostructures) transgresse certaines clauses régissant des obligations. La direction sollicite maintenant le consentement de créanciers pour apporter des modifications à huit tranches de dettes. Les détenteurs d’obligations ont jusqu’à mardi prochain pour répondre.

Éric Martel n’a pas voulu trop en dire à ce sujet, mais a néanmoins souligné que le marché obligataire avait bien réagi à l’annonce cette semaine.