L’action du constructeur de camions et d’autobus électriques Lion a bondi vendredi à sa toute première séance à la Bourse de Toronto.

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

Le titre de l’entreprise de Saint-Jérôme, qui se négocie aussi à Wall Street, s’est apprécié de 10 %, à 21,59 $, à la Bourse canadienne. Le cours à l’ouverture était de 19,67 $, l’équivalent de la conversion en dollars canadiens de la valeur de l’action de Northern Genesis la veille à New York.

Lion avait fait connaître l’automne dernier son intention d’inscrire ses actions en Bourse par l’entremise d’une fusion avec Northern Genesis, société d’acquisition à vocation spécifique dont les actions étaient déjà négociées à New York. L’opération avec Northern Genesis rapporte environ un demi-milliard US à Lion, somme qui servira notamment à financer l’expansion de la capacité de production.

Dans son rapport de recherche initial sur Lion, Jonathan Lamers, de la BMO, recommande l’achat.

Lion investit pour capitaliser sur l’opportunité qui se présente et pour réduire davantage le coût et le prix des véhicules. Si ça fonctionne, le titre pourrait plus que doubler d’ici trois ans.

Jonathan Lamers, analyste chez BMO

Cet expert souligne que l’exécution, la concurrence et une potentielle révision à la baisse des prévisions sont les principaux risques à surveiller.

Cap sur le Midwest

C’est en banlieue de Chicago, dans l’Illinois, que Lion installera son usine américaine de construction de véhicules électriques, un site de 900 000 pi2.

La production devrait débuter dans la deuxième moitié de l’an prochain avec une capacité pouvant atteindre 20 000 véhicules par année.

D’autres États, dans le Midwest notamment, ont été considérés avant de choisir l’Illinois. « Mais l’Illinois s’est vraiment démarqué », dit le PDG et cofondateur de Lion, Marc Bédard.

« On cherchait un endroit central. Le site est près de Chicago et les autoroutes pour aller à plusieurs endroits aux États-Unis passent par là. On voulait des politiques d’électrification. On a constaté qu’il se passe beaucoup de choses actuellement en Illinois. On voulait aussi qu’il y ait une main-d’œuvre abondante et qualifiée, car on aura notamment une équipe d’ingénierie sur place », explique Marc Bédard

La direction de Lion a eu un coup de cœur pour le site. Marc Bédard avait déjà dit que l’usine américaine pourrait être installée dans une bâtisse déjà construite abandonnée par un constructeur automobile. « Sauf que les usines qu’on voyait avaient 50 ans », dit-il. « Il y avait du temps et beaucoup d’argent à investir. Mais là, le site qu’on a trouvé en Illinois comporte le meilleur des deux mondes. C’est une bâtisse neuve dont la construction est déjà achevée à environ 70 %. »

Ce site devait abriter un centre de distribution que des entreprises comme UPS, Amazon ou FedEx pourraient louer. « Quand on l’a vu, on a dit : c’est pour nous. C’est merveilleux, car on peut l’adapter à notre sauce. On va être en mesure d’en faire quelque chose d’extraordinaire et très rapidement parce qu’on va en prendre possession dans les prochains mois. »

Marc Bédard précise que Lion a signé un bail de location d’une durée de 15 ans en Illinois avec des options qui peuvent comprendre 20 années supplémentaires.

Usine de batteries

Lion compte toujours par ailleurs ouvrir sous peu une usine de batteries au Québec. Pour ce qui est de l’emplacement de cette usine, Marc Bédard soutient que le dossier n’est pas encore finalisé. Saint-Jérôme et Mirabel souhaitent être sélectionnées. Une décision finale est imminente et Marc Bédard pense qu’une annonce devrait être faite d’ici la fin du mois. « C’est un dossier qui demande beaucoup d’analyses. »

Marc Bédard précise que ce n’est pas seulement une décision économique et écologique.

Il y a aussi un important aspect démographique. On veut engager beaucoup de monde. Peu importe où sera cette usine de batteries, on va continuer d’engager beaucoup de monde à Saint-Jérôme. C’est un peu plus complexe que les gens de certaines villes pourraient le penser. On ne prend pas ça à la légère.

Marc Bédard, PDG et cofondateur de Lion

L’usine d’assemblage actuelle de Lion à Saint-Jérôme a une capacité de production de 2500 véhicules par année.

Lion évalue la taille du marché électrique cible en Amérique du Nord à 100 milliards US pour les camions urbains et à 10 milliards US pour les autobus. Les grands exploitants de parcs de camions, comme UPS, FedEx, Pepsi, etc., sont tous dans la ligne de mire de Lion, qui a notamment annoncé l’hiver passé une entente avec le géant Amazon.

Fondée il y a 13 ans, Lion a essuyé une perte nette de 97 millions US en 2020. Le chiffre d’affaires a atteint 30 millions US en 2019 et 23 millions US l’an dernier. Les revenus pourraient cependant bondir à plus de 3,6 milliards US en 2024, selon les projections de la direction.

Jusqu’ici, la majeure partie des revenus de Lion ont été générés par la vente d’autobus scolaires électriques. À partir de maintenant cependant, Lion anticipe qu’une portion « significative » de ses revenus proviendra de ses camions urbains électriques.

L’entreprise compte aujourd’hui près de 400 véhicules sur les routes et prévoit livrer 650 véhicules cette année.