Peu après avoir obtenu une aide financière spéciale de 5,9 milliards du gouvernement fédéral, Air Canada réclame maintenant l’allègement des restrictions sanitaires envers les voyageurs afin de faciliter la sortie de crise du secteur aérien.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

Les hauts dirigeants du transporteur aérien ont livré ce message vendredi après l’annonce d’une perte de 1,3 milliard dans ses résultats du premier trimestre 2021, encore très déprimés par rapport à l’an dernier.

« Le secteur du transport aérien canadien demeure plombé par les effets d’une pandémie qui perdure au Canada, et les résultats d’Air Canada du premier trimestre en témoignent », a indiqué son président et chef de la direction, Michael Rousseau, lors de sa première téléconférence avec les analystes depuis qu’il a été promu à ce poste.

« Air Canada est bien placée pour sortir plus forte de la pandémie. Et il est maintenant crucial que les gouvernements mettent en œuvre un plan de réouverture en allégeant les restrictions de déplacements en toute sécurité à mesure que se poursuivent les campagnes de vaccination.

« Nous avons constaté ailleurs, en particulier aux États-Unis, que les voyages reprennent rapidement lorsque la pandémie s’estompe et que les restrictions sont levées, et nous nous attendons à ce que ce phénomène puisse se reproduire au Canada. »

Selon des données obtenues par l’agence d’informations financières Bloomberg, le trafic de passagers aux points de contrôle des plus grands aéroports canadiens en avril ne représentait que 8 % des niveaux mesurés il y a deux ans, en avril 2019. Il est aussi très inférieur au niveau de 59 % mesuré en avril parmi les principaux aéroports aux États-Unis.

Au Canada, tous les passagers aériens internationaux doivent passer jusqu’à trois jours dans un hôtel de quarantaine désigné près de l’un des aéroports autorisés de Toronto, Vancouver, Montréal et Calgary.

Une fois qu’ils obtiennent un résultat de test négatif, ils peuvent rentrer chez eux pour y terminer leur quarantaine de deux semaines, mais doivent fournir un deuxième résultat de test.

« Il a été prouvé que la quarantaine forcée à l’hôtel à l’arrivée était inefficace. Elle devrait être abolie », a soutenu Michael Rousseau lors de la téléconférence avec les analystes.

Résultats

Dans ses résultats du premier trimestre 2021 annoncés vendredi, Air Canada déclare une perte nette de 1,3 milliard de dollars. C’est 300 millions de plus que la perte d’un milliard subie lors du premier trimestre de l’an dernier, alors que débutait la crise de la pandémie dans le secteur aérien.

Un an plus tard, les revenus d’Air Canada au premier trimestre ont totalisé 729 millions de dollars, ce qui est cinq fois moins que les revenus de 3,7 milliards lors des trois premiers mois de 2020.

Air Canada affirme que sa capacité, mesurée en sièges-milles offerts, au premier trimestre 2021 était diminuée de 82 % par rapport à celle d’il y a un an.

Quant au nombre de passagers transportés, il était encore en baisse de 89,5 % en comparaison annualisée.

Reprise

Aux questions des analystes sur les perspectives d’ici la fin de l’année, les hauts dirigeants d’Air Canada ont indiqué s’attendre à ce que les voyages intranationaux mènent sa reprise, comme c’est le cas aux États-Unis depuis quelques mois.

Ils s’attendent aussi à ce que la période de pointe estivale des voyages d’agrément, qui survient habituellement en juillet et août, soit décalée cette année jusqu’en septembre et octobre prochains.

Selon Air Canada, la demande s’annonce déjà forte pour les voyages de la saison hivernale vers les destinations soleil.

Quant aux voyageurs d’affaires, qui sont habituellement les clients les plus lucratifs pour les transporteurs aériens, les hauts dirigeants d’Air Canada n’anticipent pas de reprise avant l’automne.

Cette reprise s’annonce à un rythme très modéré en raison de l’« effet dissuasif » des restrictions sanitaires pour les voyages transfrontaliers. Ils ont aussi fait référence à l’incertitude dans les milieux de travail à propos des nouvelles façons de fonctionner qui prévaudront après plus d’un an de télétravail et de téléconférence.

Analystes

Les analystes boursiers qui suivent Air Canada ont réitéré auprès des investisseurs un message de « patience » envers un éventuel redressement des résultats du transporteur aérien.

Les résultats de premier trimestre chez Air Canada et ses perspectives d’affaires à court terme demeurent mitigés, et reflètent les restrictions de voyage au Canada qui sont parmi les plus strictes au monde.

Savanthi Syth, analyste de la firme Raymond James, dans une note à ses clients investisseurs obtenue par La Presse.

« Ma mise en garde à court terme est fondée sur ma conviction que les restrictions sanitaires imposées aux voyages aériens par le gouvernement canadien ne seront pas assouplies à temps pour sauver une grande partie de la prochaine période de pointe des voyages estivaux », indique pour sa part l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport cité par La Presse Canadienne.

De l’avis de l’analyste Helane Becker, chez Cowen Securities à New York, « Air Canada a terminé le premier trimestre en mars avec six milliards en liquidités, ce qui la place dans une bonne position pour continuer à survivre cette tempête ».

Toutefois, souligne-t-elle dans une note obtenue par La Presse, « considérant que la plupart des Canadiens ne seront vaccinés que vers la fin de l’été, je ne prévois pas de relance des voyages aériens ni d’amélioration significative des résultats d’Air Canada avant la fin du troisième trimestre. Et si cette tendance se maintient, je ne pense pas qu’Air Canada puisse revenir à la rentabilité avant la fin de 2022 ou le début de 2023 ».

Avec La Presse Canadienne