Produits forestiers Résolu ferme définitivement ses usines de papier journal de Baie-Comeau et d’Amos, dont les 350 travailleurs avaient été mis à pied temporairement il y a un an, au début de la crise sanitaire.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« La demande pour le papier journal n’est pas revenue », a expliqué jeudi le PDG de Résolu, Rémi Lalonde, lors d’un entretien avec La Presse. Après avoir baissé de 30 % l’an dernier, la demande mondiale de papier journal est encore en baisse de 25 % au premier trimestre, a-t-il précisé.

Même si certaines possibilités de transformation de l’usine ont été proposées par les communautés locales, notamment à Baie-Comeau, aucun plan de relance n’est envisagé actuellement, a aussi fait savoir le dirigeant.

Le premier ministre François Legault a évoqué récemment la possibilité d’un plan d’aide pour les usines de papier journal, sans le moindre détail sur la forme que pourrait prendre cet appui.

De son côté, Produits forestiers Résolu ne laisse guère d’espoir aux travailleurs.

« On a transmis l’information aux travailleurs pour qu’ils puissent passer à autre chose », a dit Rémi Lalonde jeudi. Les indemnités de licenciement prévues aux conventions collectives ont été versées aux travailleurs des deux usines, a-t-il ajouté.

Depuis un an, l’entreprise a dépensé 25 millions pour le chauffage et la maintenance des deux usines, a indiqué le PDG, et leur fermeture permettra de faire des économies.

Depuis 10 ans, le marché mondial du papier journal a fondu, passant de 75 millions de tonnes annuellement à 14 millions de tonnes. « Ce n’est pas tout d’en fabriquer, ça prend des gens pour l’acheter, dit Rémi Lalonde. Quand je demande à ceux qui reçoivent encore un journal imprimé de lever la main, il n’y en a plus beaucoup. »

La « question à mille piastres »

Produits forestiers Résolu continue de surfer sur le prix du bois d’œuvre, qui se maintient à des niveaux encore jamais vus. Au premier trimestre, les bénéfices tirés des ventes de bois d’œuvre ont plus que compensé les pertes de ses autres activités, le papier journal et la pâte commerciale.

Résolu a obtenu un prix de vente moyen de 266 $ US par millier de pieds mesure de planche (pmp), ce qui est 44 % supérieur à celui obtenu au dernier trimestre de son exercice précédent.

Le bénéfice d’exploitation du secteur de bois a été de 232 millions US. Ces résultats auraient pu être encore meilleurs, n’eût été la limitation des capacités de transport par train et par camion qui ont empêché l’entreprise d’acheminer tout son bois vers les marchés.

Le PDG de Résolu s’attend à ce que cette envolée historique du prix du bois d’œuvre se poursuive. Pendant combien de temps ? « C’est la question à mille piastres, comme on dit. Mais je peux dire que le deuxième trimestre sera aussi bon et que notre carnet de commandes est rempli pour les six à huit prochaines semaines. »

À l’exception du bois d’œuvre, les autres activités affichent des pertes d’exploitation au premier trimestre. Tous secteurs confondus, Résolu a généré un bénéfice d’exploitation de 177 millions US, qui se compare à une perte de 8 millions US pour la période correspondante de 2020.

Le bénéfice net est de 87 millions US (1,06 $ US par action), qui se compare à une perte de 1 million US l’an dernier.

Même meilleurs que l’an dernier, les résultats du premier trimestre ont déçu le marché, qui s’attendait à mieux. Le titre a décroché jeudi à la Bourse de Toronto, perdant un peu plus de 15 %.

L’action de Résolu avait touché un sommet récemment et à la fermeture des marchés, jeudi, son cours de 16,12 $ restait le double de ce qu’il était au début de l’année.

Produits forestiers Résolu vient de se doter d’un objectif de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Il s’agit d’une première pour une entreprise qui a fêté son 200anniversaire l’an dernier. Rémi Lalonde, qui a succédé à Yves Laflamme le 1er mars dernier, s’est engagé à réduire de 30 % les émissions de GES par rapport à leur niveau de 2015.