(Ottawa) Le gouvernement Trudeau a la ferme intention de couper court à la grève générale illimitée que s’apprêtent à déclencher les débardeurs du port de Montréal lundi matin.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Répondant à l’appel pressant du monde des affaires, la ministre du Travail, Filomena Tassi, a déjà entrepris les premières démarches pour forcer le retour au travail des débardeurs et le maintien des opérations en inscrivant à l’ordre du jour le dépôt d’un projet de loi en ce sens.

L’avis de 48 heures a été donné vendredi de sorte que le projet de loi pourrait être déposé dès mardi matin.

Les 1150 membres du Syndicat des débardeurs de Montréal, des grands contremaîtres au personnel d’entretien de la section locale 375 du SCFP, ont annoncé vendredi qu’ils comptent interrompre dès 7 h ce lundi tout travail de manutention des marchandises et d’amarrage des navires.

Une autre rencontre est tout de même prévue à 9 h, lundi, entre le syndicat et des représentants de l’Association des employeurs maritimes (AEM) en présence d’un médiateur fédéral.

Les principaux points en litige entre les deux parties portent sur les horaires de travail, la conciliation travail-famille et les mesures disciplinaires. La convention collective est échue depuis le mois de décembre 2018.

Dans une série de gazouillis sur son compte Twitter, la ministre Tassi a affirmé que le gouvernement Trudeau entend agir rapidement pour éviter tout arrêt des activités au port de Montréal.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La ministre du Travail, Filomena Tassi

« Le port de Montréal est essentiel à la vitalité économique des Canadiens de partout au pays, particulièrement ceux du Québec et de l’est du pays », a dit la ministre.

Elle a ajouté que l’adoption d’une loi pour forcer le retour au travail « est l’option la moins favorisée par notre gouvernement. Nous croyons au processus de négociation collective. »

Mais elle a ajouté que « le gouvernement doit agir lorsque toutes les autres solutions sont épuisées et qu’un conflit de travail cause des dommages économiques importants aux Canadiens ».

Elle a souligné que le gouvernement fédéral a fourni, depuis plus de deux ans et demi, « un soutien important à la négociation » dans l’espoir d’amener les deux parties à conclure une entente, notamment plus de 100 séances de négociation par médiation.

L’arrêt de travail actuel au port cause des dommages importants et potentiellement durables aux économies du Canada, du Québec et de Montréal, en plus d’ajouter de la pression sur les chaînes d’approvisionnement déjà soumises à des pressions importantes en raison de la COVID-19.

La ministre du Travail, Filomena Tassi

« Chaque jour qu’il y a des arrêts de travail, on voit des petites entreprises à travers le Québec souffrir parce qu’ils ne reçoivent pas leurs denrées, mais aussi on voit des compagnies décider de passer leur commande via le port de Boston ou vers les États-Unis, parce que Montréal n’est pas fiable », a affirmé le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en entrevue à l’émission Tout le monde en parle dimanche soir.

Il se dit prêt à encourager la négociation, mais ne peut pas accepter qu’il y ait des dommages économiques massifs pour la population.

Pour sa part, le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui avait exhorté le gouvernement fédéral à intervenir rapidement dans ce dossier, a dit être favorable dimanche à l’adoption d’un tel projet de loi. « Je supporte le dépôt du projet de loi pour régler le conflit. Espérons que la médiation de lundi va fonctionner. Toujours mieux de négocier que de passer par une loi spéciale. La situation est critique pour nos entreprises. Deux grèves en un an n’est pas un scénario acceptable », a-t-il affirmé sur Twitter.

Les libéraux de Justin Trudeau sont minoritaires à la Chambre des communes. Ils auront besoin de l’appui d’un parti de l’opposition pour adopter rapidement un projet de loi de retour au travail. Le Nouveau Parti démocratique entend s’y opposer. « C’est une trahison des droits fondamentaux des travailleurs. Les libéraux viennent de briser l’équilibre de la table de négociation en faveur de la partie patronale ! Odieux », a commenté dimanche le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice. Tout indique que le gouvernement libéral devra donc se tourner vers le Parti conservateur d’Erin O’Toole pour arriver à ses fins.

En coulisses, on estime que l’intention exprimée clairement par le gouvernement Trudeau de déposer un projet de loi forçant le retour au travail pourrait avoir pour effet d’accélérer la conclusion d’une entente.

« Une loi de retour au travail si nécessaire, mais pas nécessairement une loi de retour au travail », a-t-on résumé à Ottawa. Mais les prochaines 24 à 48 heures dicteront la formule que retiendra le gouvernement Trudeau.

Chose certaine, plusieurs redoutent les effets du conflit de travail au port de Montréal. « Notre industrie ne peut pas faire face à une nouvelle grève sans qu’il y ait d’importantes mises à pied. Cela représente un impact économique majeur pour nos entreprises », a indiqué à La Presse dimanche Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec (ACQ).

« Notre organisation n’a jamais pris parti à savoir qui avait raison ou qui avait tort autour de la table. Par contre, nous en payons les frais d’au-delà de 30 mois de tentatives de négociations. Tout a été épuisé de ce côté-là », a-t-il ajouté.

Vendredi, de nombreuses organisations ont demandé au gouvernement Trudeau de mettre fin à l’incertitude qui plane sur les activités du port de Montréal.

« Le port de Montréal est un maillon essentiel de l’ensemble des chaînes d’approvisionnement au Québec, de l’industrie lourde jusqu’au matériel médical. Alors qu’il est question de survie pour plusieurs entreprises, pour nous, il ne fait aucun doute que le port est un service essentiel qui ne peut s’arrêter de fonctionner, surtout en pleine pandémie. Le gouvernement canadien a tous les outils pour agir maintenant. Qu’il le fasse. Cette situation s’étire depuis plus de 30 mois, l’incertitude a assez duré », a notamment déclaré Karl Blackburn, président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec.

avec Alice Girard-Bossé, La Presse