À partir de ce samedi, les débardeurs du port de Montréal ne déchargeront plus de bateaux pendant la fin de semaine, dans le cadre de leur grève partielle annoncée cette semaine. Cette situation fait craindre aux PME qu’un port qui fonctionne au ralenti n’entraîne des coûts et des délais supplémentaires et ne menace la relance économique post-pandémie.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

« L’impact qu’on a avec l’augmentation des prix du bois, la crainte de ne pas recevoir notre matière et les clients qui pourraient ne pas livrer leurs produits, ça ajoute à l’inquiétude » liée à la pandémie, explique Jason Wheeler, président de Herwood, au bout du fil.

L’entreprise fabrique des palettes de bois à Windsor en Estrie. Ses principaux clients sont dans l’industrie des pâtes et papier et l’agroalimentaire. Ils sont nombreux à exporter leur production en utilisant les palettes de Herwood.

M. Wheeler craint de voir ses coûts de production augmenter encore et de ne pouvoir fournir à la demande de ses clients, plus élevée que jamais en ce début de relance économique, si la matière première qu’il doit maintenant importer d’Europe tarde à arriver.

Les gouvernements ont tellement travaillé à avoir de bonnes ententes, des relations de presque libre-échange pour des produits entrant et sortant de l’Europe. Les marchés sont créés, les produits voyagent. Là, on va mettre un frein à ça !

Jason Wheeler, président de Herwood

Chez Valgui Transport, établi à Lachine, le président Christian Grothé ne veut pas revivre les délais causés par la dernière grève des débardeurs du port de Montréal, l’été dernier.

La dernière grève avait fait en sorte que beaucoup de conteneurs étaient déchargés à Halifax avant de prendre le chemin de Montréal en train, entraînant des retards importants.

« Nos chauffeurs passaient quatre à cinq heures à attendre pour charger des conteneurs au Canadien National l’an passé », se souvient M. Grothé.

Son entreprise s’occupe notamment de transport de matériel pharmaceutique, y compris des tests de dépistage de COVID-19. M. Grothé rappelle que la plupart des tests arrivent en avion, mais qu’une certaine quantité arrive par bateau.

En conférence de presse, lundi, le syndicat des débardeurs a annoncé que ses membres continueraient de décharger tout le matériel nécessaire pour combattre la pandémie de COVID-19.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Murray, conseiller syndical SCFP, syndicat des débardeurs du port de Montréal

Les débardeurs « sont sur une autre planète »

« La situation est difficile pour les PME partout au pays », affirme Jasmin Guénette, vice-président des affaires nationales à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

Il rappelle que « 56 % des PME sont ouvertes. Parmi celles-ci, seulement 29 % d’entre elles ont retrouvé un niveau de vente normal », précise-t-il.

Un port qui fonctionne au ralenti est un risque important pour la relance de l’économie, selon lui.

Les débardeurs « sont sur une autre planète, s’exclame M. Guénette. Ce n’est pas le moment d’avoir des délais supplémentaires et des coûts supplémentaires pour des entreprises qui ont déjà un genou à terre ».

Négos toujours en cours

La grève de week-end des débardeurs du port de Montréal s’ajoute à la grève des heures supplémentaires lancée plus tôt cette semaine. Cette grève aura lieu les samedis et les dimanches pour une durée illimitée.

Les discussions entre l’Association des employeurs maritimes et le syndicat des 1150 débardeurs du port de Montréal ne sont cependant toujours pas rompues.

Des représentants des deux parties se sont rencontrés, jeudi, en présence des trois médiateurs déjà affectés au dossier par le ministère fédéral du Travail.

« Tout le monde souhaite qu’il y ait une résolution négociée au conflit, acceptée de bonne foi par les deux parties. Pour qu’on puisse enfin passer à autre chose, a commenté M. Guénette. Ce n’est jamais idéal d’avoir des lois spéciales ou des arbitrages. »

Vendredi, les parties étaient en réunion dans leur camp respectif pour faire état des travaux, a fait savoir le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), affilié à la FTQ, qui représente ces débardeurs.