Il y a 10 ans, au moment de prendre la tête d’Alithya, Paul Raymond gérait 200 employés. Ce printemps, la firme montréalaise de consultation informatique dépassera le cap des 3000 employés, avec l’acquisition de R3D, confirmant ses ambitions internationales.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Il s’agit en fait de la 11e acquisition de l’entreprise sous la gouverne de M. Raymond, la cinquième depuis son entrée au NASDAQ en 2018. Le chiffre d’affaires d’Alithya a grimpé à un rythme soutenu, avec des revenus de 279 millions US (350,7 millions CAN) en 2020, en hausse de 33 % par rapport à l’année précédente.

Mais au-delà des chiffres, Paul Raymond se montre particulièrement inspiré par l’approche d’Alithya, dont le nom signifie « vérité » en grec. « Mon père était policier, raconte-t-il en entrevue. Quand j’étais jeune, il me disait : “Si tu dis la vérité, tu n’as pas besoin de te rappeler des histoires.” Quand les clients nous posent des questions, ils s’attendent à ce qu’on leur dise les vraies choses, ce qu’on sait… et ce qu’on ne sait pas. »

La techno avec modération

Grandir au rythme où Alithya l’a fait depuis une décennie était incontournable pour sa survie, estime le PDG. « Quand je suis arrivé, la première chose que j’ai faite a été de demander aux clients ce qui nous manquait. À l’unanimité, ils nous ont répondu qu’on n’était pas assez gros. Maintenant, notre masse critique nous donne accès à de plus grands projets. Depuis ce temps-là, j’écoute toujours mes clients. »

Comme consultant informatique, Alithya est souvent l’architecte des transformations numériques de ses clients, qui souhaitent par exemple recourir à l’infonuagique, utiliser l’apprentissage machine pour l’analyse des données ou installer une plateforme de gestion, les fameux « progiciels de gestion intégrée » connus sous le sigle anglais ERP. On s’attendrait à ce que le PDG d’une firme spécialisée dans ce domaine soit un défenseur à tout crin de la technologie et de l’industrie 4.0.

C’est loin d’être le cas.

« Il y a beaucoup de nouveaux buzzwords, un cycle de trois ou quatre ans où on annonce que ça va tout changer. […] Tu serais surpris du nombre de PDG qui m’appellent parce qu’ils ont des projets qui ne vont nulle part. Ma recommandation, c’est souvent d’arrêter le projet. S’il n’y a pas une raison d’affaires, ne le faites pas ! Il y a de vieilles technologies qui fonctionnent encore très bien. »

Alithya a même refusé des clients pour lesquels « les conditions gagnantes n’étaient pas alignées », souligne-t-il. La première condition, c’est une adhésion entière de l’équipe de direction. La seconde est que la transformation numérique s’insère bien dans les activités et les façons de faire de l’entreprise.

« Il y a beaucoup d’accompagnement là-dedans, précise-t-il. On dit qu’on est dans la technologie, mais on est plus dans l’accompagnement de l’humain. »

Choisir sa niche

Familiprix, la Société des alcools du Québec, Stokes… La Presse a rapporté à de multiples reprises ces dernières années les difficultés d’implantation de ces ERP. Sans les nommer, M. Raymond reconnaît qu’il voit souvent dans l’actualité des « exemples parfaits de tout ce qu’il ne faut pas faire ».

Alithya, souligne-t-il, privilégie certaines niches, notamment les ERP pour les industries alimentaire et pharmaceutique, et la solution infonuagique d’Oracle dans les domaines de la santé et de la finance.

« On s’est spécialisés dans certaines industries où on a des templates, des outils qu’on maîtrise, explique-t-il. Quand on fait des implantations, on recommande au client de rester le plus près possible de son modèle. […] Souvent, le client arrive et veut une solution précise. Nous, on lui demande pourquoi, si ce qu’il fait aujourd’hui est optimal… »

Cette façon de procéder se reflète également dans le choix des acquisitions d’Alithya. La dernière en lice, la montréalaise R3D Conseil, apportera des revenus anticipés de 600 millions sur 10 ans, mais surtout 600 professionnels chevronnés, en plus de susciter l’embauche de 350 employés. « Ce qu’on regarde vraiment, c’est le fit culturel, dans quelle mesure cette entreprise va bien avec nous. La meilleure façon de créer de la valeur, c’est avec une intégration réussie. On veut s’assurer que les gens veulent travailler avec nous, qu’ils veulent grandir. »