(Montréal) Important client de Bombardier, la société d’avions d’affaires VistaJet prétend constater une augmentation notable de la demande pour ses services dans le contexte de la pandémie de COVID-19, un signal de bon augure pour l’avionneur québécois, selon un analyste.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

L’entreprise, qui propose des vols privés selon une structure tarifaire modulée en fonction des trajets, a offert un portrait de la situation, mardi, en confirmant être derrière la commande de 10 Challenger 350 annoncée en décembre dernier et évaluée à 267 millions US selon les prix catalogue. Elle a aussi reçu les deux premiers de ses 12 Global 7500 — le luxueux jet d’affaires sur lequel Bombardier mise grandement pour retrouver le chemin de la rentabilité.

VistaJet a également dit avoir observé une augmentation de l’intérêt des entreprises pour ses services de l’ordre de 50 % depuis juillet dernier. Les heures de vol vendues ont augmenté de 23 % au premier trimestre par rapport à il y a un an et le nombre de nouveaux membres a bondi de 90 %.

« Nous continuons de constater une accélération rapide du nombre de nouveaux membres, stimulée par la demande des entreprises et des dirigeants pour nos offres de mobilité d’affaires », a fait valoir le fondateur et président de VistaJet, Thomas Flohr, dans un communiqué.

Bombardier a complété son recentrage vers l’aviation d’affaires — un secteur plus vulnérable aux aléas de l’économie — à la suite d’une série ventes d’actifs qui s’est notamment soldée par une sortie de l’aviation commerciale et la vente de sa division ferroviaire à Alstom.

Pour l’analyste de RBC Marchés des capitaux Walter Spracklin, les données fournies par VistaJet témoignent que la crise sanitaire a stimulé l’intérêt pour les voyages jugés plus sûrs dans des jets d’affaires.

« Nous croyons que Bombardier est bien positionnée pour profiter de cette tendance à l’avenir, a écrit l’analyste dans une note envoyée à ses clients par courriel. VistaJet a offert des perspectives optimistes sur les tendances de la demande dans le segment super intermédiaire. »

L’avionneur québécois a par ailleurs connu une séance positive à la Bourse de Toronto, où son action de catégorie B s’est envolée de 4,1 %, ou quatre cents, pour clôturer à 1,01 $. C’est la première fois depuis le 4 mars 2020 que l’action clôture au-delà du seuil de 1 $.

Vers la fin de 2022, la flotte de VistaJet devrait compter 90 jets d’affaires des différents modèles des familles Challenger et Global de Bombardier. L’entente annoncée en décembre dernier avait été présentée comme l’une des « plus importantes commandes d’avions d’affaires de 2020 ».

Dans le cadre de sa journée des investisseurs, le 4 mars dernier, Bombardier avait estimé que les livraisons de jets d’affaires devraient grimper de 2 % en 2021 à la suite d’une contraction l’année dernière. Le président et chef de la direction Éric Martel avait également expliqué que la croissance annuelle d’environ 10 % du nombre de milliardaires dans le monde — qui ont les moyens de s’offrir de luxueux jets d’affaires — devrait également soutenir la demande.

En 2020, une année marquée par la pandémie et des interruptions temporaires de production, Bombardier a livré 114 avions d’affaires, en baisse de 28 % par rapport à l’année précédente.

Dans le but de réaliser des économies annuelles récurrentes estimées à 400 millions US d’ici 2023, l’avionneur avait annoncé, en février dernier, le licenciement de 1600 employés ainsi que la fin de la production de la famille Learjet, jugée non rentable, avant la fin de l’année.

Avec une dette nette estimée à 4,7 milliards US, Bombardier ambitionne de générer des revenus de 7,5 milliards US en 2025. Son bénéfice d’exploitation devrait être de 1,5 milliard US alors que sa marge d’exploitation ajustée devrait s’établir à 20 %.

Fondée en 2004, VistaJet se présente comme « la seule compagnie aérienne mondiale » qui a transporté des passagers dans plus de 1900 aéroports à travers le monde et dans la quasi-totalité des pays.