Les muffins distribués aux employés, l’organisation d’un 5 à 7 virtuel, les commentaires bienvenus pour le travail accompli… Et si ce n’était pas que les patrons qui avaient la tâche d’appuyer moralement leurs salariés ? En pandémie, qu’on soit en télétravail ou non, que ces petites attentions incombent à tous peut assurer de préserver la santé mentale des troupes et les garder mobilisées.

Publié le 15 mars 2021
Isabelle Massé
Isabelle Massé La Presse

« Les gestionnaires représentent de 10 % à 15 % tout au plus d’une organisation, note Julie Lajoie, directrice principale d’Altrum Reconnaissance. Or, on veut de la fréquence en reconnaissance, et le gestionnaire fait ce qu’il peut ! Qui de mieux placé qu’un collègue pour voir ce qui se passe ? Il est aux premières loges des bons coups. »

En temps normal, on ne devrait pas être avare de compliments ou d’attentions. Mais l’éloignement physique causé par le télétravail peut rendre les choses plus compliquées. « La reconnaissance est plus difficile, car beaucoup de choses se passent loin de nos yeux, dit Julie Lajoie. Comme le télétravail crée beaucoup d’isolement, reconnaître nécessite un effort. Mais c’est toujours important de connecter avec les gens et de rester à l’affût. Il faut se mettre dans l’action, sauter sur les occasions, avoir des outils, comme un fil de reconnaissance à l’interne. »

Nombre d’employeurs auraient toutefois pris en considération le bien-être de leurs employés en temps de pandémie. Selon un sondage CROP sur la santé psychologique au travail pour le compte de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, 70 % des travailleurs sont satisfaits de la reconnaissance reçue. « La reconnaissance peut provenir de l’organisation, du gestionnaire, mais aussi des pairs, une source trop souvent oubliée, lit-on parmi les données. Tous peuvent jouer un rôle pour souligner les résultats atteints, mais aussi les efforts déployés et les personnes elles-mêmes. »

À la base, on ne parle que d’un petit geste pour se sentir soutenu, faire plaisir : un appel, un remerciement, des félicitations.

PHOTO FOURNIE PAR ALTRUM RECONNAISSANCE

Julie Lajoie, directrice principale d’Altrum Reconnaissance

Reconnaître des résultats qui ont été atteints, c’est bien, mais on ne peut faire que ça. Sinon, l’employé n’est défini que par ça.

Julie Lajoie, directrice principale d’Altrum Reconnaissance

Une véritable culture

Les entreprises qui atteignent le mieux leur cible quand vient le temps de soutenir le travail de leurs employés sont celles qui ont mis en place une véritable culture de bienveillance et de reconnaissance. « Et on ne développe pas une telle culture en un mois, mais sur un horizon de trois ans, affirme Julie Lajoie. Ça prend des comportements de gestion alignés. »

« De telles initiatives partent d’en haut, ajoute Nancy Turcotte, vice-présidente, ressources humaines et administration, de la Société Mondo America. Si on n’y croit pas, ça ne fonctionnera pas. Je travaille chez Mondo, une entreprise très familiale, depuis 17 ans. S’il n’y avait pas eu de reconnaissance, je n’y serais plus. Ça fait partie de son ADN. »

Les 50 employés de l’entreprise de recouvrement de sol établie à Laval savent qu’ils peuvent sans gêne faire un appel pendant leurs heures de travail pour soutenir un employé qui ne va pas bien, sans se faire reprocher un manque de productivité ! « Je ne peux tout voir », indique Nancy Turcotte.

La bienveillance fait d’ailleurs partie des objectifs que les employés doivent avoir atteints lors de leur évaluation de rendement, rebaptisée il y a deux ans « appréciation du rendement ». « On n’a personne en détresse actuellement », affirme Nancy Turcotte.

Les gens s’entraident énormément. On fonctionne à plein régime.

Nancy Turcotte, vice-présidente, ressources humaines et administration, de la Société Mondo America

En ce qui a trait à la reconnaissance plus spécifiquement, Mondo dit aller plus loin depuis un an, soit depuis que son service des ressources humaines a fait passer un test de personnalité à ses employés pour connaître leurs valeurs et intérêts. Les réponses ont ensuite été diffusées à tous. Car si l’intention compte beaucoup, viser dans le mille l’est davantage. « Puisque les gens ne sont pas tous mobilisés par les mêmes moyens de reconnaissance, il faut bien les connaître afin d’agir sur ce qui a de la valeur pour eux », dit Manon Poirier, directrice générale de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

La reconnaissance entre pairs, imbriquée dans une solide culture, aplanit par ailleurs la hiérarchie. Cela dit, les gestionnaires ne doivent pas être tenus à l’écart pour autant. « La culture de reconnaissance, c’est généralement d’être dans une posture où on regarde autour de soi, explique Julie Lajoie. Si on est à l’affût des bons coups, on peut en voir tous les jours. C’est un petit geste qui fait la différence. C’est porteur. La personne complimentée va avoir tendance à continuer de bien faire. Le renforcement positif en éducation, c’est la même chose. »