Transférer la propriété d’une entreprise avec la volonté première d’en assurer la pérennité ne passe pas nécessairement par la relève familiale. Les proches collaborateurs d’un entrepreneur, ceux qui ont participé de près au façonnage d’une réussite industrielle ou commerciale, sont souvent des candidats de premier choix – et aussi extrêmement motivés – pour pousser plus loin encore le développement d’une entreprise.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Le Centre de transfert d’entreprises du Québec estimait, il y a trois ans, à plus de 60 000 le nombre d’entrepreneurs baby-boomers québécois qui allaient prendre leur retraite d’ici 2023, et on prévoyait alors enregistrer un sommet de transactions au cours de l’année 2020. Le déclenchement de la pandémie a dû toutefois décaler dans le temps le pic des départs.

C’est donc cette année, en 2021, que l’on devrait observer le plus grand nombre de transferts de PME québécoises d’un propriétaire-fondateur à un repreneur, qu’il soit issu de la relève familiale, des membres de la direction, d’une coopérative de travailleurs ou qu’il s’agisse simplement d’une autre entreprise.

C’est cette dernière voie qu’aurait pu emprunter la jeune entreprise Technostrobe, spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de balisage lumineux pour la navigation aérienne et maritime.

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Technostrobe, spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de balisage lumineux pour la navigation aérienne et maritime.

Technostrobe a été fondée en 2001 par l’ingénieur électrique Guy Buisson. L’histoire classique de l’entreprise née dans le garage de la résidence familiale d’un entrepreneur déterminé à commercialiser l’innovation technologique qu’il a développée.

M. Buisson n’avait pas peur des hauteurs et il était souvent sollicité pour installer ou réparer des systèmes de balises lumineuses au sommet de tours de télécommunication. C’est là qu’il se rend compte qu’il serait beaucoup plus avantageux de dissocier le système électrique de puissance pour l’installer à la base des tours pour hisser seulement le système de lumières à leur sommet.

Rapidement, son procédé gagne en popularité. Il installera ses systèmes sur toutes les tours de radiodiffusion de la Société Radio-Canada de Halifax à Regina.

En 2008, Guy Buisson, qui compte sur une petite équipe pour assembler ses systèmes dans ses locaux de Coteau-du-Lac, veut prendre de l’expansion et souhaite exporter sa technologie. Il embauche Francis Lacombe comme vice-président au développement des affaires.

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Francis Lacombe

« Ce que je fais, lui, il haït ça. Ce que lui fait, moi, je ne le comprends pas », explique Francis Lacombe pour résumer les 13 dernières années que les deux hommes ont passées ensemble à collaborer pour faire croître Technostrobe.

L’entreprise compte aujourd’hui 60 employés, dont une dizaine en recherche et développement, et vend ses systèmes de balisage lumineux au Canada, aux États-Unis et au Mexique, ainsi qu’en Europe depuis l’acquisition de la firme néerlandaise ITO Navaids, spécialisée en balisage maritime.

Francis Lacombe a racheté la semaine dernière Technostrobe à son partenaire Guy Buisson pour devenir l’unique actionnaire de l’entreprise.

Le nid dans la niche

« Cela faisait 20 ans que Guy travaillait sept jours sur sept pour l’entreprise qu’il a fondée. En février de l’an dernier, il m’a annoncé qu’il était prêt à passer le flambeau. Il souhaitait vendre et prendre sa retraite. On a pris le temps de planifier un rachat et je tenais à assurer la pérennité de l’entreprise », m’explique Francis Lacombe.

Technostrobe aurait pu être mise en vente. La demi-douzaine de concurrents qui sont dans le même secteur d’activité en Amérique du Nord aurait été intéressée par une acquisition de l’entreprise, tout comme des divisions spécialisées de certaines multinationales.

« J’ai été voir nos partenaires financiers et on a demandé des propositions pour le financement de la transaction. C’est Fondaction qui nous a fait la meilleure proposition avec un prêt qu’on prévoit rembourser en six ans », précise le repreneur.

Francis Lacombe entend poursuivre le développement de Technostrobe, en particulier dans le secteur des éoliennes où l’entreprise est déjà reconnue à l’échelle nord-américaine.

« On a déjà installé nos balises dans des parcs éoliens qui totalisent 5500 mégawatts de puissance installée, et là on mise beaucoup sur le développement des parcs éoliens maritimes qui vont se construire tout le long de la côte est des États-Unis. On a la technologie pour les balises en hauteur et aussi pour la navigation maritime. On anticipe beaucoup de potentiel sur ce marché », expose Francis Lacombe.

L’entrepreneur-repreneur va continuer d’assurer le développement des affaires du groupe, mais il veut aussi poursuivre l’impulsion d’innovation que Guy Buisson a donnée à Technostrobe.

« On a une bonne équipe et on a toujours investi dans l’innovation, jusqu’à 50 % de nos revenus en 2009 et 2010, en pleine crise économique, pour implanter notamment la technologie DEL dans nos systèmes. Les ampoules à incandescence qui consommaient 1400 watts ont été remplacées par des DEL qui consomment 20 watts. On a prolongé la vie de nos systèmes éoliens », souligne-t-il.

L’objectif que se donne Francis Lacombe est de doubler d’ici cinq ans la taille de l’entreprise et de poursuivre son rayonnement à l’international dans un marché de niche peut-être, mais dans lequel Technostrobe a résolument fait son nid.