Bombardier prévoit une hausse de 34 % de son chiffre d’affaires d’ici 2025 et des flux de trésorerie positifs dès 2022.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Bombardier a présenté son plan pour les cinq prochaines années à ses investisseurs jeudi matin. L’entreprise montréalaise de construction d’avions d’affaires misera sur des réductions de dépenses et une augmentation importante de ses activités de service après-vente pour compenser la stagnation prévue des commandes d’appareils neufs.

En 2025, Bombardier prévoit réaliser un chiffre d’affaires de 7,5 milliards US (près de 9,5 milliards CAN), en hausse de 1,9 milliard US par rapport à 2020, et dégager un bénéfice d’exploitation de 1,5 milliard US.

Il s’agit d’un plan « conservateur », a répété Éric Martel, PDG de Bombardier, lors d’une téléconférence avec les investisseurs jeudi, la première depuis que l’entreprise se concentre de nouveau seulement sur la production d’avions d’affaires. « Avec un vent dans le dos, nous pourrons dépasser ces objectifs », a-t-il ajouté.

Quatre piliers pour le retour à la profitabilité

Pour réaliser ce plan quinquennal, l’équipe de direction mise sur une importante augmentation de ses revenus dans le secteur des services après-vente, le remboursement d’une partie de sa dette, une réduction des coûts de production de ses appareils Global 7500 et une réduction récurrente de dépenses de 400 millions annuellement dès 2023.

Les services après-vente, qui représentent 18 % des revenus de Bombardier, sont appelés à générer 2 milliards US d’ici 2025, soit environ 27 % des revenus. Il s’agit d’une augmentation d’environ 10 % par année.

Cette augmentation de l’importance des services après-vente s’appuiera sur une présence accrue à Singapour, à Londres, à Miami et à Melbourne, dans des installations qui seront achevées dans les deux prochaines années. L’entreprise veut notamment augmenter sa présence dans le marché asiatique.

Pour réduire le coût de son service de la dette, l’entreprise entend utiliser l’argent de la vente de la division Bombardier Transport à la française Alstom, somme d’environ 3,6 milliards US, pour rembourser plusieurs prêts arrivant à échéance d’ici 2023. La dette de l’entreprise est de 4,7 milliards US aujourd’hui.

La chaîne de production du Global 7500, plus gros appareil de la flotte, devrait commencer à dégager des bénéfices dès 2021. Entre le 1er et le 50e appareil, les coûts de production ont déjà baissé de 40 %, et Bombardier compte sur une autre réduction de 20 % au 100e avion produit, qui devrait être prêt en 2022. Le carnet de commandes pour le Global 7500 est complet jusqu’en 2023.

Cette meilleure productivité entraîne une réduction du personnel de 500 employés sur la production du 7500. Ces mises à pied font partie des 1600 déjà annoncées en janvier.

Finalement, Bombardier espère également réduire ses frais d’exploitation de 400 millions en supprimant des postes dans l’administration et en rapatriant son siège social dans ses installations de l’arrondissement de Saint-Laurent. D’autres économies devraient pouvoir être réalisées grâce à la simplification de la structure de l’entreprise, qui s’est départie de ses divisions des transports, des avions régionaux ainsi que de l’ancienne C Series et qui mettra fin à la production des appareils Learjet d’ici la fin de 2021.

Positif à court et à moyen terme, incertain à long terme

« J’ai trouvé que c’était un plan assez conservateur », note Mehran Ebrahimi, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. « Il y a beaucoup d’argent dans les services après-vente, c’est une tendance dans toute l’aviation. »

M. Ebrahimi considère « réaliste et atteignable » l’objectif de faire croître les services après-vente de 10 % par année.

Là où M. Ebrahimi s’inquiète, c’est sur le succès à long terme de l’entreprise, lorsque son portefeuille de produits devra être mis à jour.

Le Global 7500 a une supériorité technologique aujourd’hui, mais dans 10 ans, [Bombardier] n’aura plus cette position.

Mehran Ebrahimi, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal

Sans aide gouvernementale, l’entreprise n’aura alors probablement pas l’argent nécessaire pour développer de nouveaux produits afin de rivaliser avec les nouveaux appareils de ses compétiteurs.

« C’est un bon plan », a estimé Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, en entrevue avec La Presse Canadienne. « Mais il y a tellement d’éléments liés à l’économie qui pourraient venir tout changer. Bombardier fait tout ce qu’elle peut pour améliorer ce qu’elle contrôle. »

INFOGRAPHIE LA PRESSE

L’analyste a souligné que certains signaux qui témoignaient généralement de la vigueur du marché sont mitigés. Par exemple, les profits des entreprises et le prix des matières premières, des indicateurs qui profitent aux jets d’affaires, ne sont pas tout à fait au rendez-vous.

Les analystes de Desjardins et la Banque Scotia s’entendent pour dire que le plan dévoilé témoigne de perspectives positives pour Bombardier.

Avec un bénéfice d’exploitation de 1,5 milliard sur des revenus de 7,5 milliards, l’entreprise se situerait dans le haut du spectre de rentabilité pour le secteur des avions d’affaires, analyse Benoit Poirier, de Desjardins Marché des capitaux.

« Les marchés devront déterminer si cette nouvelle équipe chez Bombardier peut atteindre ses objectifs à long terme, là où l’équipe précédente a échoué », a écrit l’analyste de la banque américaine Citi Stephen Trent.

Après avoir fait du surplace toute la journée, jeudi, l’action de Bombardier a bondi en toute fin d’après-midi à Toronto, en hausse de 6,7 %, à 0,65 $.

Avec La Presse Canadienne