Après le remaniement de sa haute direction entamé l’an dernier, la Banque Laurentienne peaufine toujours sa nouvelle orientation stratégique, mais elle a déjà conclu qu’un redressement était nécessaire dans le segment des prêts hypothécaires résidentiels.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

En affichant mercredi une performance supérieure aux attentes pour le premier trimestre, ce qui faisait grimper le cours de son action à la Bourse de Toronto, la septième banque en importance au pays a signalé qu’elle comptait réévaluer certaines de ses façons de faire pour tenter d’inverser la tendance actuelle en matière de prêts hypothécaires.

« Bien que l’industrie ait connu une croissance au cours des 12 derniers mois, nous n’en avons pas profité », a reconnu la présidente et chef de la direction de la Laurentienne, Rania Llewellyn, au cours d’une conférence téléphonique avec les analystes financiers

En date du 31 janvier, la valeur du portefeuille hypothécaire de la banque était estimée à 16,1 milliards, en recul de 1,5 % comparativement au quatrième trimestre de l’exercice précédent. De plus, au cours de la dernière année, celui-ci est demeuré relativement stable.

Interrogée par les analystes, Mme Llewellyn, en poste depuis le 30 octobre, a expliqué que la banque souhaitait réduire les délais pour obtenir une réponse ainsi que le nombre d’étapes du processus, de manière à améliorer l’expérience de la clientèle et des courtiers.

La [situation à la Laurentienne] est différente de ce que nous avons observé dans les grandes banques. Est-ce que la Laurentienne perd des parts de marché dans le segment des prêts hypothécaires résidentiels ? Il semblerait que ce soit le cas.

Doug Young, analyste de Desjardins Marchés des capitaux, dans une note

L’annonce de la banque est survenue au lendemain de la publication des statistiques de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) ayant relevé une baisse des ventes résidentielles dans la région métropolitaine de Montréal en février pour la première fois en six ans.

Au premier trimestre, la Laurentienne a affiché une croissance de 39 % de son bénéfice net, qui s’est établi à 44,8 millions, ou 0,96 $ par action. Ce résultat a été attribué à l’apport du secteur des marchés des capitaux, la reprise de la croissance du côté des services bancaires commerciaux et une réduction des dépenses.

Les revenus ont grimpé de 3,6 %, à 247,4 millions.

Sur le parquet de Bay Street, l’action de la banque a temporairement atteint un sommet des 52 dernières semaines, à 40,45 $. Le titre a clôturé à 40,15 $, en hausse de 3,62 $, ou environ 10 %.

Même si l’institution financière a amorcé l’exercice du bon pied, Mme Llewellyn s’est montrée prudente en signalant que « cette année de transition » pourrait être parfois sinueuse.

« Il y a beaucoup de travail à faire pour positionner la banque », a-t-elle dit.

Le contrôle des dépenses sera un thème récurrent dans le cadre de la révision stratégique en cours, a expliqué Mme Llewellyn. La dirigeante de la banque a expliqué que la montée en flèche du télétravail dans le contexte de la pandémie de COVID-19 offrait des occasions pour évaluer l’empreinte immobilière.

Pour leur part, les provisions pour mauvaises créances se sont établies à 16,8 millions, par rapport à 14,9 millions au premier trimestre l’an dernier. La hausse est essentiellement attribuable aux prêts commerciaux.

Abstraction faite des éléments non récurrents, le bénéfice ajusté de la Laurentienne s’est établi à 47,6 millions, ou 1,03 $ par action, en hausse de 29 % par rapport à il y a un an.

Les analystes attendaient en moyenne un profit ajusté de 74 cents par action, selon la société de données financières Refinitiv.

Des preuves à faire

Malgré un premier trimestre au-delà des attentes, l’analyste Meny Grauman, de la Banque Scotia, a rappelé, dans un rapport, qu’il y avait encore beaucoup de questions sans réponse à la Laurentienne.

« Avec le renouvellement de l’équipe de direction et la réalisation d’un examen stratégique approfondi, nous savons que nous aurons bientôt des réponses, mais nous demeurons sur les lignes de côté jusqu’à ce que ce plan soit révélé », a-t-il écrit.

Mme Llewellyn n’a offert aucun commentaire à propos du vote sur le maintien de l’accréditation syndicale de quelque 600 syndiqués – qui représentent environ 20 % de l’effectif total de la banque – qui doit débuter lundi prochain.