(Québec) Une entreprise québécoise épaulée par le fils de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, envisage d’établir une usine de recyclage de batteries de voitures à Baie-Comeau pour répondre à une demande qui doit exploser dans les prochaines années.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La Corporation éco-minière St-Georges espère profiter du port de la ville pour rejoindre les marchés étrangers. Elle a récemment reçu l’appui d’Innovation et développement Manicouagan.

« Il y a une urgence chez les manufacturiers de régler la problématique du recyclage et en même temps d’assurer l’approvisionnement en métaux spécialisés », explique François Dumas, directeur et chef des opérations de l’entreprise.

La Corporation éco-minière St-Georges est spécialisée en exploration minière. Mais elle a également breveté un processus de recyclage des batteries lithium-ion. Sa méthode est moins polluante que la technique par combustion, utilisée dans plusieurs usines actuellement, avance M. Dumas.

La filière Pelosi

L’idée d’installer une usine à Baie-Comeau est née lorsque l’entreprise a reçu un appel des États-Unis. Des investisseurs étaient intéressés par son procédé. L’un d’eux était Paul Pelosi fils, ancien président de la Commission de l’environnement de San Francisco. Il est également le fils de la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi.

L’Américain est devenu un important actionnaire de l’entreprise, en plus de présider la filière responsable du recyclage des batteries.

François Dumas est originaire de Baie-Comeau. Mais il explique que ça n’a rien à voir avec la décision d’y installer une usine. Ce sont des acteurs du développement économique de la région qui ont contacté l’entreprise, puis Paul Pelosi fils lui a demandé s’il connaissait la ville. « Je lui ai répondu : “un peu, oui !” »

La Côte-Nord proactive

Guy Simard, directeur du développement industriel à Innovation et développement Manicouagan, remarque que la Côte-Nord veut se positionner favorablement dans la filière de la batterie électrique.

La société de développement a donné son appui à la Corporation éco-minière St-Georges et entend l’aider dans son étude de faisabilité. « L’étude va servir à identifier le lieu, mais ce sera dans la zone industrialo-portuaire, donc près du port », explique M. Simard.

L’entreprise pense savoir l’été prochain si son procédé fonctionne à grande échelle et si une usine à Baie-Comeau est réalisable.

On parlerait dans un premier temps d’une quarantaine d’emplois stables après un an, un an et demi. On ne s’en vient pas recréer l’industrie de la forêt ! Mais ce sont de bons emplois.

François Dumas, directeur et chef des opérations de la Corporation éco-minière St-Georges

L’entreprise a annoncé le 22 février que des tests préliminaires démontraient que sa méthode permet de recycler 99 % du nickel et du cobalt contenus dans des batteries lithium-ion.

Un projet à Montréal

Cette entreprise n’est bien sûr pas la seule à se lancer dans cette filière prometteuse. La société québécoise Recyclage Lithion est plus avancée et exploite même une petite usine à Anjou pour tester ses procédés.

« La course mondiale est lancée. On est en avance sur pas mal tout le monde. La plupart n’ont pas opéré depuis un an une usine comme la nôtre », soutient Benoit Couture, président de Recyclage Lithion.

Si tout va bien, l’entreprise va construire sa première usine commerciale dans la région de Montréal dès 2022.

Puis, en 2024, on sera capables de recevoir des batteries et de produire des matériaux stratégiques de base pour réalimenter la chaîne d’approvisionnement des batteries lithium-ion.

Benoit Couture, président de Recyclage Lithion 

L’intérêt pour cette filière s’accroît avec l’électrification des transports. Le prix des matières premières utilisées pour fabriquer les batteries lithium-ion ne cesse d’augmenter, d’où l’intérêt de les récupérer. Le nickel atteint des sommets historiques, alors que le cobalt est à son plus haut en un an.

Un article de la revue Nature publié en novembre 2019 soulignait la complexité du recyclage de batteries lithium-ion. La profusion de modèles et de tailles de batteries, notamment pour les téléphones et les voitures, rend la standardisation difficile.

« La gestion prudente des ressources impliquées dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques, et leur recyclage, est certainement la clé du caractère durable de l’industrie automobile du futur », prévenaient les auteurs de l’étude.