(Montréal) Kruger est une fois de plus épaulée par Québec, qui met environ 200 millions en prêts et participation à la disposition de la papetière pour financer son expansion dans le papier tissu à Sherbrooke et soutenir les activités d’une usine à Trois-Rivières. Ces projets coûteront plus de 386 millions.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

L’entreprise obtiendra dans un premier temps un prêt de 165 millions d’Investissement Québec (IQ) afin de pouvoir déployer 240 millions pour permettre à sa filiale Produits Kruger d’implanter deux chaînes de transformation — une consacrée au papier hygiénique et l’autre au papier-mouchoir — ainsi qu’une nouvelle machine à papier tissu.

Renaissance d’une usine et de 165 emplois

Ce projet verra le jour sur le site de Brompton, où la production de papier journal avait cessé pour de bon en septembre dernier.

« Il accentuera la présence de Kruger dans un marché en croissance et peu affecté par les cycles économiques », a fait remarquer le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, vendredi, au cours d’une conférence de presse à laquelle participait la haute direction de Kruger.

L’élargissement de la production devrait engendrer la création de 169 emplois d’ici 2025. Les premières embauches devraient avoir lieu l’année prochaine.

De plus, à titre de partenaire de Produits de spécialité Kruger, IQ contribuera à hauteur de 34,8 millions à une injection de capital d’environ 146 millions pour l’usine de papier couché Wayagamack située à Trois-Rivières, dont les activités ont été durement touchées par la crise sanitaire.

Une partie de l’argent servira également au redémarrage de la centrale de cogénération de l’usine de Brompton. Environ 295 emplois à Trois-Rivières et Brompton seront maintenus.

« Il fallait trouver les prochains investissements, notamment pour bonifier la capacité dans le papier tissu, a expliqué le chef de la direction financière de Kruger, David Angel. Si l’occasion n’était pas à Brompton, l’investissement allait se faire ailleurs. »

Protestation du syndicat au sujet de l’emploi

L’annonce a par ailleurs soulevé l’ire du Syndicat des travailleurs et travailleuses des pâtes et du papier de Brompton, affilié à la CSN, qui a souligné qu’il n’y avait « pas de retour à l’emploi » pour ses 270 membres qui ont perdu leur gagne-pain en avril dernier lorsque la production de papier journal a cessé à Brompton.

Dans un communiqué, il a affirmé que si les employés licenciés veulent travailler dans le secteur du papier tissu, ils « perdent leur ancienneté, leurs avantages sociaux et, surtout, ils encaissent une perte salariale ».

À Sherbrooke, l’entreprise, qui est propriétaire de marques comme Cashmere et SpongeTowels, avait procédé au démarrage, à la fin janvier, de son usine dont la construction avait été annoncée en 2018 au coût de 575 millions, mais avec un prêt de 105 millions du bras financier de l’État québécois. Cela devrait se traduire par l’embauche de 180 personnes.

Prêts de 141 millions et de 105 millions à oublier ?

Dans le passé, Kruger a bénéficié à plus d’une reprise du soutien financier de l’État québécois, qui n’a pas toujours pu récupérer les sommes prêtées. Québec avait par exemple renoncé à un prêt de 141 millions visant à soutenir la conversion des usines Wayagamack et Brompton vers les papiers de spécialité.

« Le gouvernement va accorder des prêts remboursables, avec un taux d’intérêt qui va au moins équivaloir aux niveaux des fonds du gouvernement, a dit M. Fitzgibbon, lorsqu’interrogé sur le sujet. Je pense que c’est un bon projet parce que nous sommes un créancier dont le rang vient juste après les créanciers séniors, les banques. Nous sommes très près des actifs, qui sont neufs. »

Dans la mise à jour économique automnale, Québec avait signalé ne pas nécessairement s’attendre à revoir les 105 millions prêtés à Kruger dans son projet d’usine de fabrication de papiers tissu à Sherbrooke. M. Angel a affirmé qu’il s’agissait d’une « erreur » et que la somme serait remboursée en bonne et due forme.

Kruger, dont le siège social est établi à Montréal, compte plus de 5000 employés, dont au moins 2600 au Québec. La compagnie exploite 20 sites, 12 dans la province, sept dans le reste du pays et un autre situé aux États-Unis.