Acquisition dans l’industrie de la télépharmacie. La plateforme et entreprise technologique Medzy met la main sur sa concurrente POSO+. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

« Son propriétaire, Martin Gilbert, et moi avons lancé nos pharmacies en ligne en même temps », raconte Sonia Boutin, présidente, cofondatrice de Medzy et pharmacienne indépendante. « Il m’a approchée pour que je la rachète. »

POSO+ compte 5000 clients à travers le Québec. Medzy, qui en compte autant, permet aux pharmaciens d’offrir des services gratuits à distance, tels des consultations avec un pharmacien par clavardage, téléphone ou courriel, le renouvellement d’ordonnances, l’emballage par doses et la livraison à domicile.

Jusqu’à présent, 1 million de dollars ont été investis dans la plateforme. Medzy s’appuie sur un investissement privé de 3 millions pour poursuivre son développement. « On investit dans les talents qui permettent de constamment développer des outils », dit Sonia Boutin, aussi propriétaire de sept pharmacies.

Une équipe de 20 personnes composée d’ingénieurs et de techniciens en laboratoire est dédiée à la plateforme. « Il y a environ dix personnes dans le groupe technologie, marketing et gestion de produits, explique Sonia Boutin. Et une équipe de laboratoire s’occupe de la préparation des médicaments. La technologie nous appartient, et on souhaite développer des solutions technologiques pour permettre à d’autres pharmaciens dans le monde d’offrir de tels services. On est donc aussi un laboratoire pour tester des solutions. »

Dans la foulée, Sonia Boutin, auparavant pharmacienne propriétaire affiliée à Groupe Jean Coutu, espère créer un mouvement et modifier un modèle d’affaires qui prévaut depuis 50 ans au Québec. « Le milieu est très lent à se moderniser, estime-t-elle. Plus il y aura d’utilisateurs, plus il y aura une évolution. Cette lente évolution vient peut-être du fait qu’on légifère par provinces. Par ailleurs, il y a près de 1900 pharmacies, dont 75 indépendantes, au Québec. Le présent modèle d’affaires est mené par les enseignes. Pour en lancer un autre, ça prend du courage et de la vision. »

Or, il existe une espèce de course contre la montre pour revoir la façon de servir des clients qui souhaitent moins faire la file en magasin, surtout depuis le début de la pandémie, et qui veulent être conseillés en toute confidentialité, selon Sonia Boutin, alors qu’on parle de plus en plus de l’arrivée d’Amazon dans les services de pharmacie.

« Quand ? On ne sait pas, dit Mme Boutin. Mais ça va bousculer notre marché, comme Uber a bousculé l’industrie du taxi. Les gens veulent une expérience-client simple et intéressante, un accès à un pharmacien sans souci. On veut leur permettre de ne pas penser au renouvellement de leurs médicaments, par exemple. »

D’où notamment l’acquisition de POSO+. « Elle nous fait faire des pas plus vite, sécurise notre position et réaffirme notre volonté de changement, énumère Sonia Boutin. Il faut être plus nombreux pour faire avancer les choses. Je souhaite que les pharmaciens d’ici puissent garder le marché ici. L’arrivée d’Amazon nous motive, mais nous fait réfléchir. Il faut être proactif et être capable de se transformer. Les nouveaux modèles n’arrivent pas d’un seul coup. »

Lancée il y a deux ans, Medzy est un projet que Sonia Boutin caressait depuis 2015 et qu’elle a pu concrétiser notamment avec l’appui de PME MTL. « Notre vision est de développer des solutions pour tout le monde, affirme-t-elle. La plateforme va donner différents outils. Un pharmacien pourra n’en vouloir que quelques-uns pour transformer son modèle d’affaires. »