On le sait, la COVID-19 peut entraîner une perte d’odorat. Mais la pandémie n’empêche pas la firme montréalaise Stimulation Déjà Vu, qui développe des « expériences olfactives de destination », d’ouvrir une succursale à Avignon, en France.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Dès avril, son bureau, doté d’un petit laboratoire, proposera aux offices et entreprises touristiques du Midi de créer des fragrances à la fois significatives et évocatrices.

Ce pont vers Avignon a été jeté par Audrey Bernard, présidente de la petite entreprise fondée en 2017.

« Je suis une passionnée de l’odorat depuis que je suis jeune », lance la femme de 39 ans qui, enfant, collectionnait déjà les parfums et les flacons.

Après des études en gestion et un passage dans la fonction publique, elle a renoué avec sa passion de jeunesse et la tradition entrepreneuriale de sa famille en créant Stimulation Déjà Vu avec une anthropologue et un spécialiste en technologie de l’information.

« Au départ, on faisait de la recherche dans le domaine de la santé », dit-elle.

Plutôt qu’à l’aromathérapie, l’entreprise s’intéressait aux odeurs comme génératrices d’émotions et de souvenirs.

Mais un nouvel univers lui est apparu en 2018, lors d’une conférence donnée par l’incubateur d’innovations en tourisme et culture MT Lab sur l’importance de créer des souvenirs et des émotions à l’égard des destinations touristiques.

Le fait de raconter une destination, de pouvoir se projeter, de pouvoir la vivre à distance, de pouvoir rehausser l’émotion, je trouvais qu’il y avait là un potentiel énorme.

Audrey Bernard, présidente de Stimulation Déjà Vu

Le lien avec MT Lab lui a ouvert des portes auprès de plusieurs partenaires de l’incubateur. Pour Tourisme Montréal, par exemple, Stimulation Déjà Vu a conçu un coffret de cinq fragrances distribuées aux congressistes – Ville aux 100 clochers, Food Truck Festival, par exemple.

Audrey Bernard n’est pas née nez, « mais j’ai des formations de base », dit-elle. « Je suis à la recherche de thématiques et je travaille avec la biométrie et des gens qui sont nez. »

Dans un mandat typique, l’entrepreneure établira d’abord avec son client une trame narrative autour de l’expérience touristique, que la parfumeuse de son entreprise traduira ensuite en fragrance.

« Parfois, c’est très près de la référence, et parfois on ajoute un côté idyllique, pour créer de nouveaux souvenirs. Et parfois, on veut replonger les gens dans un souvenir qui n’est plus là. »

PHOTO FOURNIE PAR STIMULATION DÉJÀ VU

Un test biométrique réalisé dans le laboratoire de Stimulation Déjà Vu

Les parfums sont ensuite testés en laboratoire par des volontaires dont les réactions font l’objet de mesures biométriques – pulsation cardiaque, sudation, etc.

Les liens étroits que le MT Lab maintenait avec les milieux touristiques français ont permis à Stimulation Déjà Vu d’établir rapidement des contacts outre-mer.

Pour un mandat avec l’Office de tourisme de Marseille, c’est Audrey Bernard qui s’est rendue sur place pour s’imprégner de la cité phocéenne.

Je suis allée chercher toute cette expérience touristique et on a travaillé ensemble à développer une création qui est unique à Marseille.

Audrey Bernard, présidente de Stimulation Déjà Vu

« Oui, il y a des référents qu’on reconnaît, mais ça ne sent pas le savon de Marseille. »

Ni la bouillabaisse.

Elle le sentait venir

Audrey Bernard est revenue de Marseille le 11 mars 2020, juste à temps pour assister au Gala Distinction Tourisme Montréal, où son entreprise a remporté le prix Innovation.

« Je sentais la tension », exprime la spécialiste en olfaction.

À raison : trois jours plus tard, toute l’industrie touristique était paralysée.

« En 48 heures, 90 % de nos projets ont été mis sur pause, et 10 % annulés », raconte-t-elle.

« On est une petite équipe, on est très agiles. J’ai dit : “Écoutez, je garde les postes.” J’ai sécurisé l’entreprise. Je me suis assurée d’avoir assez de fonds pour trois mois pour être capable de créer. »

Mais créer quoi ?

Les désinfectants étaient dans l’air du temps. Stimulation Déjà Vu a décidé de leur conférer une odeur agréable.

Dans l’impossibilité de procéder aux tests habituels, l’entreprise a puisé dans son bagage olfactif pour proposer trois thématiques : Ballade en hiver, De retour de mon jardin et Un voyage de ma fenêtre.

Ils ont été offerts sous forme de vaporisateurs et de gels antibactériens, fabriqués par un laboratoire montréalais.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Coffrets proposés par Stimulation Déjà Vu

Audrey Bernard en a profité pour lancer une campagne de relations publiques qui a eu un impact foudroyant – dont des commentaires bien sentis sur le plateau de Tout le monde en parle.

« Les ventes ont explosé. On n’avait pas de site transactionnel, on en a fait un. Il a crashé. »

Les ventes retombaient deux jours après les apparitions médiatiques.

Qu’à cela ne tienne, son équipe a lancé un autre projet en apparence incongru : les odeurs à distance.

L’équipe a créé des ateliers olfactifs animés sur l’internet, avec des « boîtes sensorielles » expédiées aux participants.

C’est dans ce contexte que le projet d’une succursale dans le sud de la France s’est ranimé.

À Avignon

En pleine pandémie, comment Audrey Bernard a-t-elle réussi à se pointer le nez à Avignon ?

En fait, elle n’y a pas mis les pieds.

« Étonnamment, on a continué à discuter avec la France, explique-t-elle. La pandémie a fait que les gens avaient du temps pour réfléchir. »

Elle a obtenu une subvention qui lui permet d’installer ses bureaux et son laboratoire biométrique dans « un très bel emplacement », assure-t-elle sans l’avoir constaté sur place.

Elle a engagé un représentant et une parfumeuse – à distance toujours. Un choix basé sur le flair, sans doute.

« On ne peut pas travailler sur une destination s’il n’y a pas un membre de l’équipe qui est allé sur place et qui a vraiment vécu, qui a mangé, qui a visité, constate-t-elle. En ayant quelqu’un en France sur le terrain, on va pouvoir poursuivre cette partie de notre travail. »

Stimulation Déjà Vu veut notamment approfondir la voie des boîtes sensorielles et des expériences touristiques gérées à distance, en les contrôlant à partir de sa plateforme technologique.

« Le siège social reste à Montréal, c’est vraiment une filiale qu’on ouvre là-bas », précise-t-elle.

Le nom sonne bien : Stimulation Déjà Vu France.

« Ce qui me fait le plus chaud au cœur, c’est que la France nous donne des mandats parce qu’on amène quelque chose de différent. C’est quand même le royaume de la parfumerie ! »

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