Face à une situation exceptionnelle, une réaction exceptionnelle s’est imposée à Hydro-Québec. La société d’État déposera à l’automne un nouveau plan stratégique pour remplacer celui qui n’a pas encore un an et qui devait guider l’entreprise jusqu’en 2024. La présidente-directrice générale, Sophie Brochu, nous donne un aperçu de cette nouvelle feuille de route.

Publié le 20 févr. 2021
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

L’idée n’est pas de jeter par-dessus bord le plan 2020-2024 élaboré par Éric Martel, assure Sophie Brochu. « Il ne s’agit pas de faire une mise à plat du plan précédent, assure-t-elle. Il y a là-dedans des choses qu’on veut accélérer et d’autres qu’on veut retarder », précise-t-elle lors d’un entretien avec La Presse.

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Sophie Brochu, présidente-directrice générale d’Hydro-Québec

Parmi ce qui doit être accéléré, il y a l’efficacité énergétique, illustre-t-elle. Parmi ce qui doit être retardé, c’est l’investissement à l’international, une intention déjà mise sur la glace en raison de la pandémie, qui ne fait plus partie des plans à court terme.

L’actuel plan quinquennal d’Hydro-Québec fixe aussi des objectifs économiques et financiers qui ne tiennent plus. La société d’État a rapporté en 2020 une rare chute de ses profits, qui ont été de 2,3 milliards, en baisse de 620 millions par rapport aux 2,9 milliards encaissés en 2019.

Sophie Brochu croit que le plan stratégique reste un exercice nécessaire pour Hydro-Québec, qui se poursuivra sous sa gouverne. Mais cette année, un changement de cap s’imposait, selon elle, parce que trop de choses ont changé.

Il y a la pandémie, évidemment, mais aussi du changement dans nos sociétés. Les gens sont de plus en plus conscients et préoccupés par les changements climatiques.

Sophie Brochu, présidente-directrice générale d’Hydro-Québec

Le nouveau d’action d’Hydro-Québec en tiendra compte, assure-t-elle.

La réduction des GES et l’électrification

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L’électrification des transports est l’une des priorités de la nouvelle feuille de route d’Hydro-Québec.

La réduction des gaz à effet de serre et l’électrification des transports viennent en tête de liste. « Nos sociétés en veulent. Ça implique une demande accrue d’électricité dans l’avenir », résume-t-elle.

Après avoir nagé dans l’abondance pendant des années, Hydro-Québec commence à planifier de nouveaux approvisionnements. « Il faut fournir plus d’électricité sans en faire augmenter le prix. C’est là que l’efficacité énergétique prend son importance. »

L’énergie la moins coûteuse reste celle qu’on ne consomme pas, répète-t-elle. « On en parle souvent, mais c’est un outil extrêmement puissant. »

« Entre 2013 et 2019, le Québec a économisé 10 térawattheures grâce aux mesures d’efficacité énergétique. C’est l’équivalent du contrat d’exportation avec le Massachusetts, le plus important conclu par Hydro-Québec. »

On peut faire plus, reconnaît Sophie Brochu, qui précise que l’objectif sera de doubler les cibles d’efficacité énergétique pour libérer de l’électricité pour les nouveaux usages et les exportations.

De nouveaux approvisionnements

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Le contrat avec Terre-Neuve pour l’énergie de Churchill Falls, 5000 mégawatts entièrement achetés par Hydro-Québec, se termine dans 20 ans, en 2041.

À long terme, les économies d’énergie ne seront pas suffisantes, reconnaît Sophie Brochu. « Éventuellement, il faudra de la puissance. »

La PDG n’écarte rien. Les grands barrages, qu’il faut planifier des décennies à l’avance, et les énergies plus « agiles », comme le solaire et l’éolien, peuvent faire partie de la solution. Elle n’écarte surtout pas les capacités des réseaux voisins, comme celles de Terre-Neuve avec Churchill Falls et son mégaprojet en construction, Muskrat Falls.

Le contrat avec Terre-Neuve pour l’énergie de Churchill Falls, 5000 mégawatts entièrement achetés par Hydro-Québec, se termine dans 20 ans, en 2041. Vingt ans, c’est comme demain et le Québec aura encore besoin de cette énergie, laisse-t-elle entendre. « Il y a des discussions. On ne peut pas effacer 5000 mégawatts. »

Le monde de l’énergie change et le système fonctionnera différemment, ajoute-t-elle. Il est permis de penser que l’énergie ne voyagera plus du nord vers le sud, comme avant, mais aussi du sud vers le nord, selon les variations de la demande. Il y aura du stockage. Les capacités de production de Terre-Neuve, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse pourraient être mises en commun.

Le casse-tête est complexe « et il y a plein d’endroits où on va s’enfarger », prévoit déjà la dirigeante. Il faut s’assurer de faire les bonnes choses.

« L’objectif, c’est de servir l’augmentation de la demande de la façon la plus efficace et la moins coûteuse possible. On nous reproche d’avoir des surplus, mais on n’a pas le droit d’arriver en retard. »

Les relations avec les autochtones

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François Néashit, chef des Atikamekw de Wemotaci, en Haute-Mauricie, a dénoncé des travaux réalisés par Hydro-Québec à la centrale du Rapide-Blanc sans l’accord de sa communauté, lors d’une manifestation en juin dernier.

« On est chez eux tout le temps et on aimerait qu’ils soient aussi chez nous », dit Sophie Brochu à propos des relations souvent problématiques d’Hydro-Québec avec les communautés autochtones.

Hydro a des relations de longue date avec les autochtones, certaines plus faciles que d’autres. Ces relations doivent évoluer. « C’est bien de leur donner du travail, mais pas seulement dans l’entretien ménager », illustre-t-elle.

En plus de faire plus de place aux autochtones dans ses rangs, l’entreprise peut favoriser la création d’entreprises locales à qui elle pourrait confier du travail en sous-traitance, selon Sophie Brochu. « On veut bâtir des relations moins transactionnelles avec les communautés autochtones. Ce n’est pas pour être dans l’air du temps », assure-t-elle.

Ce n’est pas non plus parce que certaines d’entre elles font valoir leurs revendications aux États-Unis, dans les marchés cibles d’Hydro-Québec, assure-t-elle.

Nouvelles activités

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Avec Hilo, Hydro fait plus que de la domotique, plaide Sophie Brochu. « Ça nous aide à faire de l’efficacité énergétique et à gérer la pointe. Il y a une valeur pour nous là-dedans. »

Hydro-Québec se lance dans la production d’hydrogène. Deux nouvelles filiales explorent de nouveaux marchés, Hilo, dans la domotique, et Evlo, dans le stockage d’énergie. Où s’en va la société d’État avec ces nouvelles activités qui ne sont pas son principal métier ?

L’idée, selon Sophie Brochu, c’est de participer activement à la transition énergétique. « On ne veut pas être les plus gros producteurs d’hydrogène vert. Mais on a la capacité d’en produire stratégiquement, à certaines périodes, quand la demande d’électricité est faible, pour le stocker et l’utiliser au besoin. »

Le stockage est devenu une nécessité. « C’est le nerf de la guerre pour les énergies renouvelables », dit-elle. Les batteries de grande capacité d’Evlo, qu’Hydro-Québec a développées pour ses propres besoins, sont maintenant recherchées sur le marché des producteurs et des distributeurs d’énergie dans le monde. Hydro pourra en vendre.

Avec Hilo, Hydro fait plus que de la domotique, plaide Sophie Brochu. « Ça nous aide à faire de l’efficacité énergétique et à gérer la pointe. Il y a une valeur pour nous là-dedans. »

La société d’État ne prendra pas la place des entreprises privées qui veulent une part de ces nouveaux marchés énergétiques. Elle peut se contenter de mettre de l’eau dans la pompe, dit Sophie Brochu.

« On n’a pas l’intention de respirer tout l’air. On ne veut pas être un leader, on veut être un catalyseur. »