Près de trois PME québécoises sur cinq réclament de pouvoir utiliser les tests de dépistage rapide proposés plus tôt cette semaine par le gouvernement Legault, afin de pouvoir réduire le risque d’éclosions en milieux de travail et d’éviter de devoir fermer boutique.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

C’est du moins ce que démontrent les résultats d’un sondage publié vendredi matin par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), et réalisé auprès de 3290 répondants. Au total, 58 % des entreprises québécoises sondées se disent prêtes à utiliser ces tests ; à l’échelle du Canada, ce chiffre est encore plus élevé et atteint 63 %.

L’appui à la mesure semble d’ailleurs plus marqué dans certains secteurs, dont les services sociaux (71 %), l’hébergement et la restauration (69 %) ainsi que le commerce inter-entreprises (69 %). L’industrie de la construction, les services personnels et d’esthétique ainsi que les arts et loisirs soutiennent sont aussi disposés, dans une proportion de 66 %, à utiliser les tests rapides.

Mais pour y arriver, il faudra leur fournir des outils, prévient l'organisme. « Dans les grandes entreprises, c’est facile d’administrer les tests sur place avec des gens formés pour le faire. Ce n’est pas le cas dans une petite business de huit à dix salariés. On a besoin d’une infrastructure, comme par exemple d’utiliser les pharmacies ou les laboratoires privés pour tester les employés », explique à La Presse le vice-président aux affaires nationales de la FCEI, Jasmin Guénette.

Le confinement ne peut pas être la seule politique publique pour lutter contre la pandémie. Ça fait longtemps qu’on a ces tests, maintenant il faut accélérer le déploiement et minimiser la lourdeur administrative.

Jasmin Guénette, VP aux affaires nationales de la FCEI

La FCEI souligne aussi « qu'à force de confiner et de reconfiner, les PME et leurs employés ont subi de lourdes conséquences ». « Au Québec, les PME représentent quand même la très grande majorité des entreprises. Et si cette majorité n'a pas accès à ces tests-là, je pense qu’on rate la cible. Tant et aussi longtemps que la vaccination ne sera pas terminée, on a besoin d'alternatives », conclut M. Guénette.

Des critères stricts

Mercredi, le gouvernement avait annoncé mettre à la disposition des entreprises privées les tests rapides envoyés par le fédéral. Le gouvernement en possède 2,6 millions, mais se montre très prudent quant à leur utilisation, soulignant qu’ils « étaient moins fiables » que les tests « réguliers ».

« Nous sommes très satisfaits de l’intérêt et de l’enthousiasme que les PME québécoises démontrent envers l’utilisation de tests rapides pour leurs travailleurs essentiels. D’ailleurs, le cabinet du ministre s’est entretenu avec la FCEI à ce sujet », a indiqué vendredi l'attachée de presse du ministre de la Santé, Marjaurie Côté-Boileau.

Québec dit s'être assuré de « mettre en place un mécanisme dans lequel les entreprises bénéficient d’un suivi et d’un accompagnement de la Santé publique régionale ». « Le Québec est doté d’une capacité de test et de laboratoires excessivement performante, et des cliniques mobiles peuvent être déployées lors de fortes éclosions [dans les PME] », rappelle Mme Côté-Boileau.

Rappelons qu'une entreprise qui le souhaite peut adresser une demande au ministère de la Santé, afin d’obtenir une trousse de tests et constituer un stock. Une évaluation sera ensuite effectuée pour déterminer si l’entreprise respecte certains conditions et critères.

« L’entreprise devra également démontrer que toutes les mesures de prévention et de contrôle des infections sont déjà en place et respectées rigoureusement », a précisé le ministère, en soulignant que « la pertinence, la faisabilité du projet et la vulnérabilité du milieu » seront évaluées. Le milieu devra aussi avoir accès à un professionnel de la santé « dûment habilité pour faire les prélèvements ».

Cela dit, la FCEI n'est pas le seul organisme à s'inquiéter que les tests rapides soient réservés uniquement aux grandes entreprises. « Généralement, la PME n’a pas nécessairement du personnel médical sur le site. Néanmoins, ça permet quand même à ceux qui ont de grands volumes de travailleurs d’y avoir accès », avait précisé mercredi la PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx.

En janvier, un comité d’experts créé par le gouvernement Legault avait recommandé de déployer progressivement, dans certaines circonstances, les tests rapides, qui « peuvent avoir une place de choix dans le contrôle de la pandémie ».