Bombardier sabrera 1600 emplois, dont 700 au Québec, en plus de mettre fin à la production des avions d’affaires Learjet cette année et de diminuer l’empreinte de son usine de l'arrondissement Saint-Laurent à Montréal dans le cadre d’un nouvel effort visant à réduire ses coûts afin de traverser les turbulences provoquées par la pandémie de COVID-19.

Antoine Trussart Antoine Trussart
La Presse

Les 1600 nouvelles mises à pied s’ajoutent aux 2500 annoncées en juin dernier. D’ici la fin de l’année, l’avionneur s’attend à ce que son effectif compte quelque 13 000 salariés. En plus des 700 emplois coupés au Québec, l’Ontario en perdra une centaine et le site de production de Wichita au Kansas, où sont produits les Learjet, réduira son effectif de 250 personnes.

La plupart des emplois coupés au Québec seront parmi le personnel de bureau de l’entreprise, selon le président et chef de la direction de Bombardier, Éric Martel. Environ 75 des 150 employés du siège social de Montréal seront remerciés. « Très peu d’emplois sur le plancher seront affectés », a-t-il ajouté en conférence de presse jeudi matin.

En dévoilant ses résultats du quatrième trimestre, jeudi, l’entreprise québécoise a annoncé une série de mesures, qui comprennent la consolidation à Montréal des travaux de finition intérieure pour sa famille Global et de l’étude de ses options pour « remédier à la sous-utilisation » de ses hangars et usines au Québec.

L’objectif des mesures annoncées jeudi vise à réaliser des économies annuelles estimées à plus de 500 millions de dollars d’ici 2023. L’entreprise veut désormais être rentable avec une production autour de 110 à 120 appareils par année.

« Je sais que c’est une nouvelle difficile, mais c’est une excellente nouvelle parce que ça assure la pérennité de la compagnie à long terme. On va pouvoir arrêter de parler de mises à pied », a commenté M. Martel au sujet de ces efforts de restructuration.

L’entreprise prévoit de « réduire de façon significative la superficie » de son usine située dans l’arrondissement de Saint-Laurent à Montréal en vendant une partie de ses terrains. L’argent ainsi récolté servirait à financer la construction d’installations à proximité de l’aéroport Pearson, à Toronto, pour y construire le modèle Global 7500, son avion le plus récent.

Il n’aurait pas été possible de construire le Global 7500 du début à la fin dans les installations de Montréal, selon M. Martel, par manque d’espace et à cause d’une entente avec le gouvernement ontarien.

L’entreprise prévoit également de fermer son site de production de la rue Pitfield à Montréal. L’usine de Pointe-Claire, qui produit des meubles pour ses avions Global restera ouverte.

Avec la finalisation de la vente de son secteur ferroviaire à Alstom le 29 janvier dernier, Bombardier devient désormais une compagnie consacrée à la production d’avions d’affaires.

« Tout faire pour protéger le maximum d’emplois »

En conférence de presse jeudi matin, le premier ministre François Legault a déclaré vouloir « tout faire pour protéger le maximum d’emplois » chez Bombardier. « Mais on ne peut pas maintenir les emplois alors qu’il s’achète moins d’avions actuellement », tempère-t-il.

Plusieurs syndicats ont réagi jeudi en blâmant sévèrement le gouvernement fédéral qui n’en fait pas assez, selon eux, pour aider les entreprises du secteur de l’aérospatiale.

« C’est un reflet des difficultés dans lesquelles on se retrouve en ce moment dans l’industrie et de l’inaction totale du gouvernement fédéral pour soutenir le transport aérien et l’aérospatiale », commente David Chartrand, de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale.

« L’inaction du gouvernement fédéral, qui n’a toujours pas mis en place un plan de sauvetage crédible du secteur de l’aviation civile, n’est sûrement pas étrangère à cette décision, ajoute Daniel Boyer, président de la FTQ. Ça fait pratiquement un an que nous réclamons une aide importante d’Ottawa pour sauver cette industrie et les milliers d’emplois que cela représente. »

PHOTO PAUL TAGGART, BLOOMBERG

Un Learjet 40 XR

Fin du Learjet

En délaissant la production de la gamme des Learjet, qui sont passés dans le giron de Bombardier en 1990 et qui sont assemblés à Wichita, au Kansas, l’entreprise a dit vouloir se concentrer sur ses familles Challenger et Global, qui sont « plus rentables », ainsi que ses activités de service à la clientèle.

« Compte tenu de la dynamique de marché de plus en plus exigeante, nous avons pris cette difficile décision d’arrêter la production », a fait valoir M. Martel, en poste depuis avril dernier.

Le premier Learjet a été mis en service en 1964.

Le prochain exercice en sera donc un de transition, a expliqué Bombardier, qui a ajouté vouloir s’attarder à peaufiner la production de son Global 7500 et continuer à se pencher sur sa dette. M. Martel a affirmé vouloir profiter de liquidités de 6,9 milliards de dollars pour rembourser environ 3,8 milliards de dollars sur sa dette « assez rapidement ».

Au quatrième trimestre terminé le 31 décembre, Bombardier a affiché une perte nette de 428 millions, ou 23 cents par action, un résultat qui tient compte de ses activités de matériel roulant, qui appartiennent maintenant à Alstom. À la même période l’an dernier, la perte nette de la société s’était chiffrée à 2,2 milliards, ou 94 cents par action.

Ses revenus ont décliné de 3 %, à environ 3,1 milliards.

En 2020, Bombardier a livré 114 avions d’affaires, en baisse de 19,7 % par rapport à 2019, alors que la pandémie de COVID-19 a perturbé ses activités. La compagnie a remis 44 appareils à des clients au quatrième trimestre, dont un « nombre record » de 16 Global 7500, le jet d’affaires sur lequel elle mise grandement.

L’entreprise prévoit de dévoiler d’autres résultats à ses investisseurs le 4 mars prochain.

— Avec La Presse Canadienne