(Montréal) Héroux-Devtek est en bonne posture pour élargir sa relation d’affaires avec Boeing — l’un de ses principaux clients — malgré la pandémie de COVID-19, puisqu’elle vient en quelque sorte d’entrer dans les bonnes grâces du géant américain.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

Le nom du fabricant québécois de composantes d’aéronautique et de trains d’atterrissage figure maintenant sur la liste des fournisseurs privilégiés de la multinationale américaine qui représente environ 20 % de ses activités.

Héroux-Devtek en a fait l’annonce vendredi, en dévoilant ses résultats du troisième trimestre qui ont dépassé les attentes et fait décoller le cours de son action à la Bourse de Toronto, où elle a clôturé à 15,40 $, en hausse de 8,68 %, ou 1,23 $.

« Nous sommes contents de nous faire dire qu’on fait une bonne job et qu’on sera considéré favorablement pour de nouvelles occasions par rapport à un fournisseur qui n’a pas cette certification, a lancé son président et chef de la direction, Martin Brassard, au cours d’un entretien téléphonique. C’est une belle publicité. »

Selon lui, un contrat est à l’origine de cette décision : celui pour la fabrication des trains d’atterrissage géants destinés aux gros porteurs 777 et 777X de Boeing.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE HÉROUX-DEVTEK

L'ensemble de trains d'atterrissage du Boeing 777 fabriqué par Héroux-Devtek.

En un peu plus de deux ans, Héroux-Devtek, dont le siège social se trouve à Longueuil, a investi d’importantes sommes pour implanter des usines au sud de la frontière, notamment dans la région de Seattle, près des installations du géant américain, a souligné M. Brassard.

« Boeing a pris beaucoup de risques en nous confiant ce contrat, a-t-il lancé. Ils n’ont pas été déçus. »

Héroux-Devtek a toutefois été contrainte de s’ajuster à la baisse de la cadence de production des appareils. De plus, l’entrée du 777X a une fois de plus été retardée d’une année. Les répercussions de ce report seront mineures pour la compagnie, a dit son président.

Héroux-Devtek ne s’attend pas à obtenir immédiatement de nouvelles ententes de la part de Boeing, alors que la crise sanitaire continue de paralyser l’aviation commerciale. Les choses pourraient toutefois changer rapidement, selon M. Brassard.

« C’est sûr que les volumes doivent revenir, a-t-il dit. En revanche, si des fournisseurs trébuchent et que Boeing doit relocaliser (du travail), nous sommes maintenant positionnés au bon endroit. »

L’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, a souligné, dans une note, que le vote de confiance obtenu par Héroux-Devtek témoignait « de la valeur qu’elle apporte à ses clients et de sa solide relation » avec Boeing.

Grâce à la défense

Au troisième trimestre terminé le 31 décembre, les activités de Héroux-Devtek dans le secteur de la défense ont permis de contrebalancer une partie du déclin observé du côté civil.

PHOTO ADRIANO MACHADO, REUTERS

Un Gripen E de Saab dans sa déclinaison brésilienne F39E.

L’entreprise a engrangé un bénéfice net de 8,5  millions, ou 24 cents par action, en recul de 2,3 % par rapport à il y a un an. Ses revenus trimestriels se sont contractés de 4,45 %, à 150,3  millions.

Grâce à une accélération des livraisons pour des programmes comme ceux des avions de chasse Boeing F-18 et Gripen E de Saab ainsi que de l’hélicoptère militaire CH-53 de Sikorsky, les ventes du secteur de la défense ont bondi de 21,1 %, à 101,8  millions. Du côté civil, les recettes se sont établies à 48,5  millions, en baisse de 33,7 %.

« Les deux tiers du carnet de commandes de 739  millions sont liés à la défense », a observé l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, dans un rapport, en soulignant que cela était de bon augure pour les revenus de la compagnie.

Sur une base ajustée, Héroux-Devtek a engrangé un bénéfice ajusté de 26 cents par action au troisième trimestre, en hausse de 8 % par rapport à il y a un an.

Les analystes s’attendaient en moyenne à un bénéfice ajusté de 16 cents par action et à 140  millions de revenus, selon la société de données financières Refinitiv.