La pandémie lui donnait du temps libre. Il a décidé d’aider les entrepreneurs de son coin.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

Faire ses emplettes sur la place du marché du village, plutôt que dans le plus gros centre commercial de la région.

C’était un peu sa vision de l’achat local, quand Dany Boucher a créé J’aime Vaudreuil-Soulanges, son répertoire web des entreprises de la région, au début de la crise.

« Acheter local à la grandeur du Québec, oui, ça fonctionne, mais quand on sait que c’est notre voisin, directement dans notre communauté, on se sent plus impliqué », dit-il en référence au Panier bleu.

Dany Boucher est propriétaire de la petite agence de marketing web Éloqui, sur laquelle il ne veut pas insister.

« J’aime Vaudreuil-Soulanges est une initiative personnelle », indépendante de son agence, tient-il à souligner.

Comme tous les entrepreneurs, Dany Boucher avait subi l’effet de la pandémie, au printemps 2020.

« Il y a eu un petit creux », décrit-il sobrement.

« Je me suis dit : j’ai du temps libre, donc je vais aider la communauté. »

Ce lien de cause à effet ne semble pas inéluctable, mais il faut savoir qu’à l’époque où sa conjointe détenait une petite boutique de puériculture, il caressait déjà l’idée de faciliter le commerce local.

Il en avait soudain l’occasion.

« Je me suis dit : on va faire un site internet où il va être possible de chercher non seulement une entreprise, mais aussi des produits. C’était quelque chose que le Panier bleu n’offrait pas au départ. »

Il voulait renforcer les liens communautaires. Susciter l’adhésion. La colle locale, en quelque sorte.

Le pot et la confiture

Dany Boucher s’est procuré le gabarit de plateforme web approprié et l’a adapté. « On m’a fourni le pot, et j’ai fourni la confiture qu’on met dedans », illustre-t-il.

Pour confectionner cette confiture, il a demandé à Google l’autorisation d’utiliser certaines données provenant du service de référencement d’entreprises Google My Business.

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DU SITE DE J’AIME VAUDREUIL-SOULANGES

La page d’accueil de J’aime Vaudreuil-Soulanges

Résultat, le site J’aime Vaudreuil-Soulanges répertorie présentement quelque 3000 entreprises situées dans les 23 villes et municipalités de la région.

Quelques-unes vendaient déjà leurs produits en ligne. « Je leur ai proposé d’afficher leurs produits directement sur le site web J’aime Vaudreuil-Soulanges. »

Sa démonstration fait de nouveau appel à la confiserie : « Supposons qu’on veut acheter du caramel au chocolat… » – exemple alléchant qui attire instantanément l’attention.

« Tu cliques sur “Acheter en ligne” et tu es redirigé sur le site de Sel et caramel, et tu peux acheter le produit. »

Près de 1500 produits locaux sont ainsi proposés.

Curiosité : l’article le plus cher, à 895 $, est une statuette en résine des détectives Dupond et Dupont, de Tintin, en série limitée, proposée par un magasin de jouets.

Connaître Monsieur X

« Quand on est tombés en zone rouge et que les restaurants pouvaient seulement livrer, certains restaurants m’ont joint et j’en ai joint quelques-uns, poursuit-il. Je leur ai demandé une photo des propriétaires. »

Intégrée à leur fiche avec une courte présentation, la photo inspire un lien plus personnel, renforcé par la proximité.

L’homme de 45 ans a puisé l’inspiration dans ses jeunes années à Montréal, où « chaque quartier devenait un petit village ».

Sans qu’il ait un mot à prononcer, le propriétaire du dépanneur du coin lui tendait la bonne marque de cigarettes (il ne fume plus, précise-t-il).

C’est la même chose ici. C’est l’appartenance à la région. Je sais que c’est Monsieur X qui fait la pizza du coin. Quand je vais appeler le resto et que Monsieur X va me répondre, je vais avoir le sentiment de le connaître.

Dany Boucher

Son approche montre une sensibilité aux contacts humains, fussent-ils indirects.

« Quand j’étais jeune, je voulais être travailleur de rue, je voulais aider les gens, explique-t-il. Finalement, ça a bifurqué en informatique et ensuite en marketing web, mais j’ai toujours eu ce besoin d’aider les gens, la communauté. »

Gratuit, donc suspect

Les entrepreneurs répertoriés sont invités à « réclamer » leur fiche, pour la compléter avec une photo et d’autres renseignements, tout cela gratuitement.

Les propriétaires peuvent davantage bonifier leur fiche avec les outils supplémentaires que procure le forfait Symbolique, ainsi nommé parce qu’il coûte la somme impériale de 12 $ par année. « Donc, 1 $ par mois. Les entrepreneurs peuvent ajouter leur menu de resto, mettre des vidéos, etc. »

Jeff Bezos n’a pas encore à s’inquiéter : « J’ai 15 ou 20 entrepreneurs seulement qui ont opté pour cette solution. »

Il n’en tire donc qu’une vingtaine de dollars par mois, mais il cherche simplement à amortir certains frais. « Je fais ça bénévolement », assure-t-il.

Paradoxalement, la gratuité est peut-être un obstacle. Son plus grand défi, « c’est d’avoir les entrepreneurs qui embarquent. C’est très drôle parce que je pense que le gratuit fait peur. Ils se disent : où est l’arnaque ? »

Une petite pierre à l’édifice

Dany Boucher s’est également imposé la discipline de parler chaque jour d’une ou de deux entreprises sur la page Facebook de J’aime Vaudreuil-Soulanges.

Près de 7800 personnes s’y sont abonnées.

« Je sais que ça fonctionne », se réjouit-il.

Il a récemment écrit sur une potière de la région. « Elle m’a dit : il y a quelqu’un qui suit des cours avec moi [grâce à] ta publication. »

Il ajoute ainsi chaque jour sa petite pierre à l’édifice du commerce local.

Si je permets à un entrepreneur de faire 5 $, c’est peut-être 5 $ qui vont changer la donne à la fin du mois.

Dany Boucher

La somme est infime, reconnaît-il, mais une commande qui arrive à point nommé peut confirmer l’intérêt d’un produit ou procurer une petite étreinte d’encouragement virtuel.

Une étreinte d’autant plus significative qu’elle viendra d’un voisin.

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