(Montréal) Bombardier obtiendra encore moins d’argent en laissant aller sa division ferroviaire entre les mains d’Alstom, qui effacera le nom de sa nouvelle propriété — une décision, assure le géant français, qui n’a rien à voir avec ses intentions à l’égard de ses usines au Québec et en Ontario.

Mis à jour le 29 janv. 2021
Julien Arsenault La Presse Canadienne

La multinationale, qui s’est hissée vendredi au deuxième rang dans le secteur du matériel roulant à l’échelle mondiale en bouclant la transaction, est claire : tous doivent se ranger derrière la marque Alstom.

« Bombardier est une très belle marque, mais la société continue d’exister dans l’aviation et je ne peux pas proposer deux trains lorsqu’il y a un appel d’offres », a expliqué le président-directeur général d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, au cours d’une entrevue avec La Presse Canadienne où il a réitéré l’intention de respecter les engagements de la société au Québec.

Contrairement au secteur automobile, où plusieurs marques appartenant au même constructeur peuvent coexister, la situation est loin d’être la même dans le matériel ferroviaire, a-t-il ajouté.

La prise de contrôle de Bombardier Transport permettra à Alstom de générer des revenus annuels estimés à 19  milliards US, ce qui demeure toutefois loin du chiffre d’affaires de quelque 32  milliards US du géant chinois CRRC — le numéro un dans l’industrie. Alstom absorbe 36 000 employés répartis dans 63 sites à travers le monde.

L'action de Bombardier à 61 cents

Bombardier, dont les activités sont désormais axées exclusivement sur les jets d’affaires, obtiendra finalement 3,6  milliards US — ce qui tient compte d’une somme estimée à 600  millions US en actions d’Alstom. En septembre, l’entreprise s’attendait à toucher 4  milliards US et entre 4,2  milliards US et 4,5  milliards US il y a environ un an.

Cette nouvelle a semblé décevoir les investisseurs, puisqu’à la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a clôturé à 61 cents, en baisse de 13 %, ou 9 cents, dans un contexte d’une séance où les reculs ont été généralisés.

L’écart entourant le montant obtenu a été attribué à des flux de trésorerie moins élevés au quatrième trimestre chez Bombardier Transport ainsi qu’à des conditions de marchés qualifiées de défavorables par la compagnie québécoise.

« Ces ajustements sont habituels dans ce type de transaction, a dit M. Poupart-Lafarge. L’année a été difficile pour tout le monde à cause de la pandémie de COVID-19. Ce n’est pas une surprise qu’il y ait des ajustements. »

Au cours des dernières années, Bombardier Transport a été confrontée à d’importants problèmes d’exécution, qui ont miné la performance de l’entreprise. M. Poupart-Lafarge n’a pas caché qu’il y avait du travail à faire, en soulignant que « partout, il y avait des contrats difficiles ».

Bombardier, qui utilisera le produit de la transaction pour réduire sa dette à long terme de 10,1  milliards US — qui devrait éventuellement fléchir à environ 4,7  milliards US — a l’intention de contester certains ajustements de la transaction avec Alstom.

« C’était important pour nous de conclure la transaction, a dit un porte-parole de la société, Olivier Marcil. Il y a encore des points sur lesquels les parties ne s’entendent pas et il y a des mécanismes de prévus pour les régler. »

Bombardier pourrait aller chercher davantage d’argent si elle parvient à avoir gain de cause sur certains points.

« Bombardier prévoit terminer le quatrième trimestre avec 1,8  milliard US en liquidités, ce qui constitue une baisse notable par rapport à nos attentes de 2,15  milliards US », a écrit l’analyste Walter Spracklin, de RBC Marchés des capitaux, dans une note.

Toujours dans les plans

Outre l’implantation de son siège social nord-américain à Montréal — qui sera dirigé par un cadre d’Alstom actuellement à New York — l’entreprise française s’est dit bien consciente que plusieurs attendent de voir comment elle pourra amener du travail à l’usine de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, qui est en panne de contrats. Des inquiétudes similaires ont été exprimées à Thunder Bay, en Ontario.

« Le marché local du Québec est porteur, a dit le patron d’Alstom, en évoquant notamment le projet de tramway à Québec. Chaque site dépend de sa capacité à avoir des contrats. Il y a des projets en cours. »

Au pays, Bombardier Transport exploite six sites d’assemblage et d’ingénierie.

Invité à dire si l’usine de La Pocatière pourrait participer au contrat du Réseau express métropolitain (REM), dont les voitures sont construites en Inde, M. Poupart-Lafarge a répondu qu’il était « un peu tard » pour cette partie du contrat.

En revanche, a-t-il ajouté, pour les phases subséquentes du projet, Alstom aura à sa disposition « un outil qu’elle n’avait pas » dans le passé.

À La Pocatière, le président syndical Claude Michaud, qui représente environ 270 travailleurs, n’a pas caché que certains avaient un pincement au cœur dans l’usine.

« On change de chapitre, a-t-il dit, au bout du fil. Nous sommes optimistes. Les gens d’Alstom ont dit qu’il y avait un avenir à La Pocatière. »

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui détenait environ le tiers de Bombardier Transport, recevra 2,5  milliards US. La Caisse injectera cette somme dans Alstom et ajoutera 700 millions d’euros (près de 1,1 milliard de dollars canadiens) pour devenir son plus important actionnaire avec une participation d’environ 17,5 %.