Ceux qui sont découragés par l’interminable durée de la crise que nous traversons devront s’y faire et surtout apprendre à développer des aptitudes à la résilience, pas que pour attendre le dénouement de la pandémie. Selon une étude réalisée par la firme Deloitte auprès de plus de 2000 dirigeants d’entreprise du monde entier, 60 % de ces derniers estiment que d’autres bouleversements semblables à ceux générés par la crise de la COVID-19 risquent de se produire occasionnellement ou régulièrement à l’avenir.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Oui, la COVID-19 frappe fort et elle le fait depuis très exactement un an au Canada puisque c’est le 26 janvier 2020 que le pays a diagnostiqué son premier cas de nouveau coronavirus. On sait donc quand la pandémie a débuté, mais on ne sait toujours pas quand on en viendra totalement à bout, même si on est en mesure d’en évaluer chaque jour l’étendue des coûts humains et financiers.

La pandémie mondiale qui sévit a aussi appris aux entreprises de partout dans le monde l’importance d’être bien outillées pour faire face à un évènement extraordinaire qui est venu perturber de façon foudroyante leur environnement habituel de travail.

Selon la firme Deloitte, qui a voulu mesurer quelles étaient les entreprises canadiennes et du monde entier qui avaient le mieux réussi à gérer les perturbations durant la COVID-19, ce sont les organisations résilientes qui ont le plus facilement réussi à émerger, celles qui ont adapté leurs processus décisionnels et opérationnels à la nouvelle réalité imposée par la crise.

Un des éléments de l’enquête menée auprès de 2000 hauts dirigeants d’autant d’entreprises, dont 150 au Canada, qui m’ont le plus surpris, c’est le fort pourcentage de dirigeants (60 %) qui anticipent une récurrence d’évènements disruptifs à l’avenir.

« Les dirigeants d’organisations ne s’attendent pas nécessairement à une prochaine épidémie qui aura la même ampleur que la COVID, mais ils appréhendent des crises ciblées liées à la cybersécurité, à la transformation numérique, aux changements climatiques et environnementaux, aux mouvements sociopolitiques comme on vient de le voir aux États-Unis », m’explique Jean-François Allard, leader national en matière de crise et de résilience chez Deloitte.

Ces vecteurs d’inquiétude démontrent, selon le consultant, toute l’importance pour les entreprises de bâtir une culture de résilience.

Des attributs gagnants

L’étude de Deloitte auprès de 2000 hauts dirigeants d’organisations met en évidence cinq attributs bien précis qui ont permis aux entreprises de mieux composer avec un environnement perturbé comme celui que l’on vit depuis le déclenchement de la pandémie de coronavirus.

La première caractéristique d’une entreprise résiliente est la préparation. Les entreprises qui ont une planification bien équilibrée entre le court et le long terme ont mieux réussi à passer à travers la crise que celles qui ont affirmé ne pas assurer un arbitrage bien balancé entre leurs différents objectifs.

Le deuxième attribut gagnant est celui de l’adaptabilité. Les entreprises dont les employés étaient les plus capables de polyvalence et de flexibilité affirment avoir mieux traversé la dernière année et elles comptent sur cet acquis pour affronter les prochaines crises.

La collaboration a aussi été un facteur déterminant pour relever les défis des 12 derniers mois.

La collaboration à tous les niveaux de l’organisation a permis d’accélérer la prise de décisions, de réduire le risque et de mettre de l’avant l’innovation. L’élimination des silos a été, selon l’avis des dirigeants, l’initiative stratégique la plus importante qu’ils ont prise avant et durant la pandémie.

La confiance est aussi un élément-clé pour passer à travers une crise de l’ampleur de celle que nous vivons. Le tiers des décideurs estime que leur organisation n’a pas réussi à développer un climat de confiance nécessaire entre leaders et employés.

À l’inverse, les entreprises qui ont misé sur une meilleure communication et une plus grande transparence entre les différentes parties prenantes ont mieux fait durant la crise tout en réussissant à générer une plus grande empathie à leur endroit.

Enfin, dernier attribut cardinal de la résilience, la responsabilisation. Près de 90 % des dirigeants qui estiment avoir établi un juste équilibre entre les attentes des parties prenantes – actionnaires, employés, communauté, clients et fournisseurs – sont convaincus qu’ils vont mieux pouvoir faire face à de nouveaux évènements perturbateurs.

L’étude de Deloitte conclut que les entreprises qui ont développé une culture résiliente ont été trois fois plus en mesure de répondre au contexte éminemment difficile de 2020 que les entreprises qui ont adopté une position plus réactive et immédiate à la menace qu’elles confrontaient.

On le sait, les menaces sont nombreuses et celles que laissent planer les changements climatiques seront probablement les plus destructrices pour le plus grand nombre. La résilience ne sera bientôt plus une option, mais bien la grande nécessité du siècle.