Le grand patron des quincailleries BMR, Pascal Houle, s’apprête à quitter son poste. Ses six années auront été marquées par un mariage difficile, le départ de marchands, l’abandon de l’enseigne Unimat, le lancement du concept La Shop et une pandémie.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Fin février, lors de l’assemblée générale de Sollio, Pascal Houle deviendra officiellement chef de l’exploitation de la coopérative agricole. Il s’agit d’un nouveau poste qui relèvera directement du chef de la direction, Gaétan Desroches. Rappelons que Sollio est propriétaire de BMR depuis 2015.

Cet ajout dans l’organigramme s’explique par le fait que la coopérative « continue de grandir » et qu’elle a un « nouveau plan stratégique ambitieux », explique le porte-parole de Sollio, Stéphane Forget, sans vouloir en dévoiler les grandes lignes. Impossible pour le moment de savoir qui remplacera Pascal Houle. Son départ n’a pas été annoncé publiquement, mais son poste est affiché sur LinkedIn, depuis quelques jours.

L’offre d’emploi précise que BMR cherche « un leader dynamique et expérimenté ». Le candidat doit avoir « un intérêt envers le milieu coopératif agricole » et devra « accroître la profitabilité et la performance financière de l’entreprise ».

Il n’a pas été possible d’obtenir une entrevue avec le dirigeant pour faire le bilan de son passage chez BMR ; il ne parlera pas publiquement avant de prendre ses nouvelles fonctions. Mais pour se faire une idée, il est intéressant de retourner lire le communiqué de presse du 5 février 2015 annonçant la prise de contrôle de BMR par Sollio (alors appelée La Coop fédérée et propriétaire des quincailleries Unimat).

On y précisait que les ventes annuelles de BMR étaient « évaluées à plus de 1,4 milliard ». Aujourd’hui, le chiffre d’affaires est d’un peu plus de 1,3 milliard. « Il y a un certain nombre de marchands qui sont partis, ce qui a eu un impact sur les ventes », explique la porte-parole, Julie Crevier.

« Avec ce partenariat, nous devenons le deuxième joueur au Québec avec un total de 350 centres de rénovation et quincailleries », déclarait par ailleurs le président honoraire du Groupe BMR, Yves Gagnon, lors de l’annonce de la transaction. « Les deux marques Unimat et BMR continueront d’être mises de l’avant », ajoutait-on.

Aujourd’hui, on dénombre 303 BMR au pays, dont 253 au Québec. Et le nom Unimat a disparu.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Mariage laborieux et expansion

Le mariage n’a certes pas été un long fleuve tranquille. « La greffe des quincailleries BMR à l’univers de pensée et d’action coopératif n’était pas assurée. Il lui a fallu travailler fort pour faire entrer un rond dans un carré. Après un certain nombre de départs de marchands, sans doute inévitables, le groupe semble démontrer plus d’homogénéité », observe le DG de l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), Richard Darveau. Le départ des quincailleries de l’ex-président Yves Gagnon a été particulièrement médiatisé.

Pascal Houle a aussi fait croître BMR à l’extérieur du Québec. Et le plus grand défi de son successeur risque justement d’être la poursuite de ce chantier, selon M. Darveau. « Si l’ambition canadienne de BMR est maintenue, le prochain patron devra déployer un plan de match original, car en six ans, on ne peut pas dire que le marché hors Québec ait été conquis. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Un nouveau concept urbain appelé La Shop a été lancé dans le quartier Griffintown en 2018.

Un nouveau concept urbain appelé La Shop a été lancé dans le quartier Griffintown en 2018. Il vise une clientèle de milléniaux « friands de technologie » et « très sensibles à l’aspect local du commerce de détail ». Une seule autre succursale a été inaugurée depuis, à Mont-Royal.

Comme ses concurrents, BMR a fait face aux défis du commerce en ligne et aux conséquences de la pandémie. « C’est un secteur qui va tellement bien que c’en est gênant ! dit Richard Darveau, de l’AQMAT. Quand on regarde les statistiques, on voit des chiffres record. La construction et la rénovation vont très bien toutes les deux. »

Pascal Houle en bref

Pascal Houle a commencé à travailler pour La Coop fédérée (renommée depuis) en 1998, d’abord comme « directeur quincaillerie » à La Coop des Appalaches. Il possède un baccalauréat en administration des affaires de l’Université Laval et il est comptable en management accrédité, indique le site web de Sollio, la plus importante coopérative agricole au pays avec des revenus de 7,3 milliards et 15 000 employés.