(Ottawa) De nouvelles turbulences secouent les transporteurs aériens. Après WestJet la semaine dernière, Air Canada annonce une réduction de ses effectifs et du nombre de liaisons qu’elle assure à cause des nouvelles exigences imposées par le gouvernement Trudeau en matière de dépistage de la COVID-19.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

En tout, 1900 personnes seront affectées par la décision d’Air Canada et ses partenaires régionaux. Dans le cas de WestJet, ce sont 1000 employés qui ont été mis en congé forcé et mis à pied de façon temporaire.

Ces annonces surviennent dans la foulée de la décision d’Ottawa d’exiger de tous les voyageurs âgés de 5 ans et plus d’avoir en main un résultat négatif d’un test de dépistage de la COVID-19 mené trois jours avant d’embarquer dans un avion pour rentrer au pays.

Cette exigence est entrée en vigueur le 7 janvier, après la colère provoquée par le départ de plusieurs Canadiens vers des destinations soleil alors que la seconde vague de la pandémie continue de faire des ravages.

Les grandes compagnies aériennes avaient demandé en vain un délai d’une dizaine de jours avant l’entrée en vigueur de cette mesure.

Ces annonces surviennent aussi alors que le premier ministre Justin Trudeau a nommé un nouveau ministre, Omar Alghabra, au ministère des Transports et que l’on attend toujours une aide financière spécifique au secteur aérien de la part du gouvernement fédéral.

La réduction de service de l’ordre de 25 % — qui n’épargne pas le Québec — annoncée mercredi par Air Canada entraînera aussi la fin du service dans six aéroports des provinces de l’Atlantique, l’élimination de liaisons intérieures ainsi que de destinations aux États-Unis et à l’international.

Quelque 1700 travailleurs d’Air Canada et 200 autres chez ses transporteurs Air Canada express perdront leur gagne-pain.

« Depuis la mise en œuvre par les gouvernements fédéral et provinciaux de ces restrictions de voyage renforcées […], nous avons constaté des répercussions immédiates sur les réservations à brève échéance », a indiqué la vice-présidente générale et chef des affaires commerciales d’Air Canada, Lucie Guillemette, dans un communiqué.

Elle a aussi affirmé que l’obligation de quarantaine toujours en vigueur ainsi que les confinements provinciaux nuisent à la vente de billets pour le transporteur. Vendredi dernier, WestJet avait critiqué Ottawa pour son « manque de cohérence », avant d’annoncer une réduction de ses effectifs.

Le gouvernement Trudeau « déçu »

Au bureau du nouveau ministre Omar Alghabra, on déplore la décision des transporteurs. « Nous sommes déçus par les décisions des compagnies aériennes d’annuler un plus grand nombre de liaisons régionales. L’accessibilité de toutes nos régions est importante et les liaisons aériennes sont essentielles au développement économique et à la prospérité des régions », a indiqué Allison Saint-Jean dans un courriel à La Presse.

Elle a tenu à rappeler que le gouvernement Trudeau s’est engagé à investir 1,1 milliard de dollars au cours des prochaines années afin d’assurer le maintien de services de transport aérien dans les régions du pays.

Quant à une aide financière spécifique au secteur aérien, Mme Saint-Jean a rappelé que les transporteurs doivent respecter certaines conditions avant de toucher de l’argent sonnant d’Ottawa. En premier lieu, les compagnies aériennes doivent rembourser les consommateurs qui ont acheté un billet et qui n’ont jamais pu voyager à cause de la pandémie.

« Nous sommes pleinement conscients des conséquences de la pandémie sur le secteur aérien. […] Les discussions sont toujours en cours. Toutefois, avant de dépenser de l’argent des contribuables pour les compagnies aériennes, nous veillerons à ce que les Canadiens obtiennent leurs remboursements, que les communautés régionales conservent leurs liaisons aériennes avec le reste du Canada et que les transporteurs aériens canadiens conservent leur statut de clients clés de l’industrie aérospatiale canadienne », a-t-elle dit.

Avec les réductions du premier trimestre, Air Canada — qui avait procédé à quelque 20 000 mises à pied au printemps dernier — estime que sa capacité équivaudra à environ 20 % des vols qu’elle exploitait au premier trimestre 2019.

Air Canada n’a pas précisé à quels endroits au pays se feraient les coupes dans le personnel. Parmi les employés touchés, on retrouve du personnel de la compagnie dans les aéroports, des pilotes ainsi que des agents de bord.

Le syndicat qui représente les agents de bord d’Air Canada et d’Air Canada Rouge a précisé que 830 de ses membres seraient affectés.

En ce qui a trait à la situation au Québec, la liaison entre Québec et Toronto sera éliminée. Depuis Montréal, Air Canada cessera d’offrir des vols vers des villes américaines comme Denver (Colorado), Houston (Texas) et Orlando (Floride). À l’international, 10 destinations, comme la Barbade et Casablanca, disparaîtront.

– Avec La Presse Canadienne