La vente de Transat A. T. à Air Canada a donné lieu, mardi, à un échange de remontrances entre le voyagiste et Pierre Karl Péladeau sur des informations ayant circulé au cours des derniers jours à propos des propositions de l’homme d’affaires, qui souhaite voir Ottawa bloquer la transaction dans le but d’acquérir l’entreprise.

Julien Arsenault
La Presse Canadienne

De l’avis de la société mère d’Air Transat, la plus récente offre de Gestion MTRHP, la société d’investissement de l’actionnaire de contrôle de Québecor, ne s’appuyait pas sur un « financement ferme et engagé » et ne peut répondre à ses besoins financiers pour l’année en cours, évalués à environ un demi-milliard de dollars.

Par ailleurs, si la transaction avec Air Canada avorte en raison d’une décision défavorable des autorités réglementaires au Canada ou en Europe, la proposition de M. Péladeau serait de 5 $ par action, et non 6 $ par titre, a fait valoir Transat A. T., mardi, dans un communiqué publié après la fermeture des marchés.

« Cette offre, qui a été soumise sans preuve de financement ferme, semble avoir été faite dans le but d’influencer négativement le processus d’approbation réglementaire en suggérant qu’il existe une solution de rechange si les autorités de réglementation choisissent de rejeter l’arrangement », a fait valoir le président du comité spécial du conseil d’administration de Transat A. T. Jean-Yves Leblanc.

Selon lui, passer sous l’aile d’Air Canada demeure la « meilleure option » pour l’avenir du voyagiste.

D’après des lettres envoyées à l’ex-ministre fédéral des Transports Marc Garneau au cours des dernières semaines, dont le contenu a été éventé par le « Globe and Mail », M. Péladeau, qui évoquait des enjeux de concurrence pour les consommateurs, exhortait le gouvernement Trudeau à empêcher la vente du voyagiste. Si ce scénario se concrétisait, une offre d’achat à 5 $ par action serait sur la table pour une durée de 24 heures suivant l’annonce d’Ottawa.

« Contrairement à ce qui est indiqué dans le communiqué de Transat, la totalité du montant pour l’acquisition […] est financée de façon ferme et engagée », a répliqué l’homme d’affaires, quelques heures plus tard, dans un communiqué.

L’offre révisée d’Air Canada est de 5 $ pour chaque action du voyagiste. L’arrangement permet également aux actionnaires de Transat A. T. d’obtenir 0,2862 action d’Air Canada. Mardi, la valeur de cette option oscillait aux alentours de 6,62 $.

Cette proposition avait obtenu, le 15 décembre dernier, l’appui de 91 % des actionnaires de Transat A. T.

Tout juste avant l’assemblée, le voyagiste avait fait savoir que son conseil d’administration avait rejeté une proposition – sans préciser qu’elle émanait de M. Péladeau – qu’il n’avait pas jugée supérieure. Selon l’entreprise, l’offre était initialement de 5 $ par action et a ensuite été bonifiée à 6 $ l’action.

Or, selon l’homme d’affaires, une lettre « accompagnée d’une offre contraignante » de 6 $ par action avait été transmise le 11 décembre. Celui-ci a dit avoir été informé du rejet « quelques heures seulement » avant la tenue du vote sur l’arrangement révisé avec Air Canada.

« L’offre comprenait toute la documentation de financement nécessaire et requise pour appuyer et soutenir les obligations de paiement, et était supplémentée de réponses à de nombreuses questions posées par Transat à ce sujet », a souligné M. Péladeau.

Pour l’homme d’affaires, cette proposition « rencontrait toutes les conditions d’une proposition supérieure » puisqu’elle était « supérieure de 20 % au prix offert comptant par Air Canada et qu’elle était entièrement financée ». De plus, elle n’était pas assujettie à l’approbation des autorités réglementaires au Canada et en Europe, a-t-il fait valoir.

À la Bourse de Toronto, mardi, l’action du voyagiste a clôturé à 5,45 $, en hausse de cinq cents, ou 0,93 %.