À l’approche du couvre-feu qui réduira les heures d’ouverture des supermarchés, quelques aliments se font plus rares sur les tablettes. Mais ce qui préoccupe surtout les supermarchés, ce sont les files d’attente, en plein hiver. Ils espèrent donc que la clientèle reprendra ses bonnes habitudes du printemps.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

En réduisant les heures d’ouverture des supermarchés, « c’est clair clair clair » que « l’achalandage à l’heure va augmenter », dit Jean-François Belleau, porte-parole du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente toutes les grandes chaînes d’alimentation.

Afin d’éviter des files d’attente interminables au froid, l’association suggère à ses membres de remettre en place la règle d’une personne par famille, comme au printemps 2020. Cela est d’autant plus pertinent maintenant que les commerces doivent faire respecter une capacité maximale (une personne/20 m2, depuis le 4 décembre).

L’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA) est entièrement d’accord. Elle aurait même « aimé que François Legault renforce ce message auprès de la population » dans sa conférence de presse de mercredi, souligne son porte-parole Stéphane Lacasse. « Deux parents avec trois enfants, on ne devrait pas voir ça. Si j’ai cinq clients pour un panier, ça ralentit tout. »

Les supermarchés ont un autre message à lancer à la population : « On essaie de faire l’épicerie une fois par semaine, demande M. Belleau. On ne vient pas faire des achats quotidiens pour le repas du soir. »

Pour réduire la pression sur les magasins, l’ADA espère par ailleurs que les supermarchés et les dépanneurs pourront, comme les restaurants, effectuer des livraisons passé 19 h 30. Pour le moment, la directive de Québec à ce sujet n’est pas claire, signale M. Lacasse.

Bond d’achalandage préannonce

Jeudi après-midi, La Presse s’est rendue chez Costco, Walmart, Super C, IGA et Maxi pour voir s’il y avait des tablettes vides et quel était l’état d’esprit des consommateurs à 48 heures de l’entrée en vigueur du couvre-feu. Sur les réseaux sociaux, des photos de rupture de stock ont déjà commencé à circuler. Mais il s’agirait uniquement de cas isolés, soutiennent les détaillants.

Au Costco de Candiac, par exemple, il a manqué de poulet mercredi. « C’était une anomalie à cause du bond de la clientèle de mardi et du congé du 1er janvier dans les abattoirs », nous a assuré Pierre Riel, vice-président principal et directeur national de Costco Wholesale Canada, au cours d’un entretien.

Dans toutes les provinces, rapporte-t-il, dans les heures qui précèdent une annonce du gouvernement au sujet de la pandémie, Costco observe une hausse notable du nombre de clients. C’est exactement ce qui s’est produit mardi et mercredi au Québec. Dans certains cas, cela a pu vider quelques tablettes et réfrigérateurs, mais de façon très temporaire.

« Il n’y a pas d’enjeux d’approvisionnement, mais encore des enjeux de remplissage des tablettes », résume Jean-François Belleau, du CCCD. Il précise aussi que les consommateurs se tournent vers « les mêmes produits qu’au printemps, la farine, les légumineuses, les bouillons et le papier de toilette ».

  • Les sacs de farine tout usage manquaient au Costco de Candiac…

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Les sacs de farine tout usage manquaient au Costco de Candiac…

  • … tout comme les emballages de certaines pâtes alimentaires au Walmart de la même ville.

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    … tout comme les emballages de certaines pâtes alimentaires au Walmart de la même ville.

  • Des étagères de pains vides au Costco de Candiac

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Des étagères de pains vides au Costco de Candiac

  • Des étagères dégarnies de farine tout usage au Walmart de Candiac

    PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

    Des étagères dégarnies de farine tout usage au Walmart de Candiac

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Inutile de stocker le papier de toilette

Une femme rencontrée dans le stationnement du Costco n’avait pas moins de trois immenses emballages de papier de toilette dans son chariot. « Ce n’est pas pour moi. C’est pour des personnes âgées qui ont peur. Il en reste, mais dépêche-toi ! », nous a-t-elle lancé. À l’intérieur, nul besoin de faire du karaté comme dans le Bye bye pour s’en procurer ; les étalages étaient remplis.

Le fabricant Cascades confirme avoir « amplement de capacité pour répondre à la demande » et son porte-parole, Hugo D’Amours, tient à répéter « qu’il n’y a aucune raison de stocker ». « Les pénuries ne sont pas provoquées par l’industrie, mais par le comportement des consommateurs, précise-t-il. Si pour une raison ou une autre les consommateurs achètent du papier de toilette en grande quantité, ça crée une distorsion. »

Le stationnement du Maxi était assez occupé, un employé nous a dit qu’il y avait « clairement plus de monde », ce qu’un habitué des lieux les jeudis après-midi a nié.

Chose certaine, des clients prévoyants y faisaient leurs emplettes. « Je suis venue aujourd’hui, car je suis certaine que ça va être le bordel demain et samedi ! », s’est exclamée une femme. S’il manquait de soupes en conserve, de bouillons et de farine, c’était « davantage le résultat du réapprovisionnement intense suivant la période des Fêtes que l’impact du couvre-feu à venir », nous a indiqué la porte-parole de Maxi et Provigo, Johanne Héroux.

Chez Walmart, seul le bouillon de poulet se faisait très rare. La clientèle était peu nombreuse et n’en sortait pas avec des chariots débordants. Du côté d’IGA et de Super C, c’était une journée des plus normales.