Alors que les supermarchés craignent une ruée de la clientèle en fin de journée, commerçants et restaurateurs ont salué l’autorisation du ramassage en bordure de rue et de la livraison de mets pendant le couvre-feu.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Qu’est-ce qui peut être plus sécuritaire que de ramasser une boîte sur le bord de la rue avec un masque sur le visage ? demande François Vincent, vice-président Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). On a quand même connu une vague importante d’achat local. Si une personne a besoin d’acheter un article non essentiel, comme des bottes d’hiver, elle va pouvoir le faire et encourager son commerce de proximité. »

Il rappelle que les petits détaillants québécois ont du mal à concurrencer les géants du web comme Amazon en matière de rapidité et de coûts de la livraison. La possibilité de simplement donner rendez-vous à leurs clients devant leur boutique leur permet d’utiliser leur avantage principal, leur localisation. « On va pouvoir concurrencer les géants du web. »

Même son de cloche du côté du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Son directeur général Stéphane Drouin y voit une occasion « de vendre un peu plus de stocks qui auraient été liquidés normalement dans les soldes d’après-Noël ». Il se réjouit de cette annonce qui ne semblait pas confirmée encore en début de semaine, selon les discussions qu’il a eues avec Québec.

Mais il ne s’agit pas d’un remède miracle qui va sauver une année désastreuse, précise-t-il. « C’est une bonne nouvelle dans une très mauvaise nouvelle. […] C’est une patch qui n’arrêtera pas l’hémorragie. »

Livraisons en tout temps

Les amateurs de pizza, de poulet ou de pad thaï pourront continuer à se faire livrer leurs plats préférés en tout temps, même pendant le couvre-feu qui entrera en vigueur samedi.

« C’est un enjeu dont on a beaucoup discuté depuis 24 heures, affirme François Meunier, vice-président aux affaires publiques de l’Association Restauration Québec (ARQ). On a beaucoup insisté pour que les services de livraison soient toujours permis, notamment en raison du fait qu’ils desservent une clientèle qui aura énormément de besoins dans les circonstances, comme les travailleurs des services essentiels, les travailleurs de nuit, les gens à mobilité réduite, les personnes âgées. Ça nous apparaît comme un service essentiel. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Le Conseil canadien du commerce de détail s’inquiète de voir les files d’attente s’allonger à l’extérieur, puisque les clients pourraient être nombreux à vouloir faire leurs emplettes avant la fermeture, à 19 h 30.

Par contre, les comptoirs de mets pour emporter et les services de commandes à l’auto devront cesser leurs activités à 19 h 30, comme les supermarchés et les dépanneurs. M. Meunier ne cache pas que son association aurait préféré qu’il soit possible pour les clients de pouvoir bénéficier de ces services au moins jusqu’à 20 h 30.

Le prolongement des mesures de confinement est également un coup dur pour l’ARQ. Rappelons que les salles à manger des restaurants sont fermées dans certaines régions, dont Montréal, depuis le début du mois d’octobre. « Pour nous, la mauvaise nouvelle, c’est le reconfinement pour quatre semaines, souligne M. Meunier. Ça reporte encore un plan de réouverture des salles à manger. On avait bon espoir que le début de janvier nous permettrait de convaincre le gouvernement de nous rouvrir. »

Files plus longues à l’épicerie

De son côté, le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente plusieurs grandes chaînes comme Metro, IGA, Loblaws, Walmart et Costco, assure qu’il comprend la décision du gouvernement de réduire les heures d’ouverture. Il ne cache toutefois pas que plusieurs supermarchés s’inquiètent de voir les files d’attente s’allonger à l’extérieur, puisque les clients pourraient être nombreux à vouloir faire leurs emplettes avant la fermeture, à 19 h 30. À noter que les consommateurs ne pourront pas se faire livrer leur commande d’épicerie à la maison pendant la période de couvre-feu, précise le CCCD.

« C’est clair qu’en réduisant les heures d’ouverture, on va concentrer de la clientèle dans une plus courte période, rappelle Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales et publiques du CCCD. On demande à la population de faire preuve de patience et surtout de déléguer un acheteur par foyer. »

M. Belleau a par ailleurs affirmé que le premier ministre François Legault avait « donné l’assurance » que les travailleurs d’épicerie qui effectuent des tâches de soirée et de nuit comme le nettoyage et le remplissage des tablettes pourront continuer à le faire après 20 h.