Le distributeur de pièces pour réparateurs et carrossiers d’automobile Uni-Sélect a encore été très malmené en Bourse, jeudi, après l’annonce de résultats de premier trimestre plus touchés que prévu par la crise de pandémie.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

La divulgation d’un aperçu des ventes en chute annualisée de 50 % pour le seul mois d’avril et d’une « certaine stabilisation » durant les premiers jours d’affaires en mai n’a rien fait pour réconforter les marchés.

Les dirigeants d’Uni-Sélect ont indiqué qu’ils tentaient de conclure un refinancement à court terme auprès de « certains prêteurs » et des autorités gouvernementales afin de rehausser des liquidités mises à mal par la crise économique. Dans ce contexte, il n’en fallait pas plus aux investisseurs en actions d’Uni-Sélect pour manifester leur inquiétude en les laissant choir de plus de 10 % pour la deuxième séance de suite, jeudi à la Bourse de Toronto.

Ayant atteint seulement 3,25 $ par action, ou 137,7 millions en tout, la valeur boursière attribuée à Uni-Sélect se retrouve recalée à son plus bas niveau en presque… 20 ans !

« C’est un monde très différent dans lequel nous nous retrouvons en ce moment, et nous gérons certainement nos affaires pour nous assurer que nous avons réduit les coûts de manière significative », a indiqué Brent Windom, président et chef de la direction d’Uni-Sélect, lors de la présentation des résultats du premier trimestre.

3000 mises à pied

Parmi ces réductions de coûts, M. Windom a mentionné « la fermeture temporaire du tiers [des] magasins et la mise à pied de la moitié [des] effectifs » (6000 employés avant la pandémie), une « réduction de 20 % des heures de travail et de la rémunération des employés et dirigeants ». Le président d’Uni-Sélect a aussi souligné la « suspension [du] dividende » aux actionnaires parmi les mesures de préservation des liquidités.

Dans ses résultats de premier trimestre, Uni-Sélect rapporte des ventes en baisse annualisée de 2,9 % à 407,6 millions US; une baisse survenue en fin de trimestre avec les premiers impacts du Grand Confinement.

En dépit des mesures de réduction rapide des coûts, les résultats nets d’Uni-Sélect au premier trimestre ont subi un choc encore plus marquant : bénéfice d’exploitation atrophié de 29 % à 15 millions US, perte nette trimestrielle multipliée par cinq à 6,7 millions US.

Aux États-Unis, la division de produits de peinture automobile FinishMaster, qui regroupe 175 magasins d’entreprise, a subi une baisse de 2 % de ses ventes à 202,2 millions US, en comparaison annualisée.

Au Canada, son réseau de 75 magasins d’entreprise et de 1000 grossistes principaux a subi une baisse de 3,7 % des ventes, à 108,9 millions US. Enfin, les activités d’Uni-Sélect au Royaume-Uni et en Irlande, constituées de 175 magasins Parts Alliance, ont subi un recul des ventes de 5,7 % à 95,6 millions US.

Un deuxième trimestre difficile

Le deuxième trimestre s’annonce encore très difficile chez Uni-Sélect avec la chute de 50 % des ventes observée durant le mois d’avril par rapport à l’an dernier.

« Les ventes ont connu une certaine stabilisation et une légère amélioration pendant les premiers jours de mai par rapport au mois d’avril. Néanmoins, l’incertitude économique au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni demeure telle que l’impact de la crise atteindra son apogée au cours du deuxième trimestre », a indiqué Eric Bussières, vice-président exécutif et chef de la direction financière d’Uni-Sélect, lors de la téléconférence trimestrielle avec les analystes.

« Dans ce contexte, nous prévoyons que la demande pour les produits de Uni-Sélect pourrait retrouver progressivement des niveaux plus normaux à partir du troisième trimestre de 2020 [de juillet à septembre]. Par conséquent, nos revenus et nos résultats devraient revenir aussi à des niveaux plus normaux à un certain moment en 2021. »

Mais du point de vue de l’analyste Zachary Evershed, de la Financière Banque Nationale, Uni-Sélect « n’est pas au bout de ses peines » pour contenir les dommages à ses résultats financiers, en attendant un « retour plus lent que prévu à un niveau d’activité normal, mais seulement vers la fin de 2020. »

Entre-temps, aussi, Uni-Sélect devra confirmer la conclusion de ses discussions qu’elle dit arrivées à « un stade avancé avec des prêteurs et des institutions gouvernementales afin de refinancer certaines dettes et d’augmenter ses liquidités ».

En date du 12 mai, Uni-Sélect a, selon ses dirigeants, 110 millions US de liquidités disponibles. Si elle parvient à conclure un refinancement, l’entreprise prévoit de doubler ses liquidités aux environs de 210 millions US.

De l’avis de l’analyste Benoit Poirier, chez Desjardins Marché des capitaux, « même si certains investisseurs peuvent voir ces discussions de refinancement d’un œil favorable, je préfère attendre d’en connaître les conditions avant de revoir mon évaluation d’Uni-Sélect ».