La pandémie de COVID-19 a fait fondre de 600 à 800 millions US les coffres de Bombardier au premier trimestre, en dépit de l’aide de la Caisse de dépôt, et son impact pourrait être encore plus grand au deuxième trimestre. Malgré tout, son nouveau président, Éric Martel, estime qu’il ne sera pas nécessaire de démembrer davantage l’entreprise.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Au total, c’est environ 1,6 milliard US de liquidités qui ont disparu des livres de Bombardier au premier trimestre. Historiquement, à ce sujet, les trois premiers mois de l’année sont toujours durs pour Bombardier. Mais la baisse s’était limitée à 1 milliard à pareille date l’an dernier.

Dans un communiqué, Bombardier attribue l’écart à son « incapacité à livrer des avions après que le gouvernement a imposé des restrictions de voyage, les interruptions temporaires de la production dans plusieurs installations importantes et une baisse plus importante que prévu des nouvelles commandes attendues à la fois par Aviation et par Transport ».

Concrètement, Bombardier « s’est fait prendre avec quelques avions qu’[elle n’a] pas pu livrer pour des raisons logistiques » liées à la pandémie, a expliqué le chef de la direction John Di Bert. Ceux-ci sont en stock en attendant que les clients puissent se déplacer pour en prendre livraison et l’entreprise ignore quand il sera possible de les convertir en chèques.

L’impact sera aussi lourd, sinon plus, au deuxième trimestre, alors que Bombardier s’attend encore une fois à consommer environ 1,5 milliard de liquidités.

M. Martel estime toutefois que « la majorité » des liquidités disparues pourront être récupérées, justement au moment où ces avions – et trains – pourront être livrés. Pour cette raison, « nous n’avons pas besoin d’autres restructurations que celles qui sont déjà annoncées », a précisé M. Martel, en référence aux trois transactions de vente conclues avec Mitsubishi (CRJ), Spirit Aerosystems (Aérostructures) et Alstom (Transport).

La Caisse à la rescousse

La saignée des liquidités aurait pu être encore pire sans deux entrées de fonds inhabituelles, la vente des parts restantes dans l’A220 (531 millions US) et un nouvel investissement de 386 millions US de la Caisse de dépôt dans la division Transport.

Cet investissement fait passer à 36 % la part de la Caisse dans cette division. Il est assorti des mêmes termes que celui réalisé en 2016, a indiqué la direction de Bombardier. Celui-ci était assorti d’un rendement minimum annuel garanti de 15 %.

L’entreprise estime qu’elle pourra racheter ces parts avant la conclusion de la transaction avec Alstom ou à même cette transaction, sans affecter la somme qu’elle doit percevoir d’Alstom.

Mises à pied à venir ?

L’impact de la pandémie sur le marché des avions d’affaires, sur lequel doit à terme reposer l’entièreté de Bombardier après la cession de ses actifs, demeure par ailleurs incertain, a reconnu la direction. D’une part, les difficultés économiques pourraient décourager certains clients. D’autre part, des inquiétudes sanitaires pourraient en encourager d’autres à préférer un avion privé à des vols commerciaux.

À ce titre, l’entreprise réévalue actuellement les cadences de production de ses différents modèles. Les plus grandes répercussions pourraient se faire sentir sur la gamme Challenger, assemblée en bordure des pistes de l’aéroport Montréal-Trudeau. Comme plusieurs analystes et concurrents, l’entreprise entrevoit une diminution des livraisons allant de 30 % à 35 % par rapport à l’année dernière.

Elle n’a toutefois pas encore statué quant à savoir si la baisse de cadence serait du même ordre et quelles seraient les conséquences sur sa main-d’œuvre, le cas échéant.

Bombardier a enregistré une perte nette de 200 millions US, comparativement à un gain de 239 millions à pareille date l’an dernier. Ses revenus ont progressé de 5 % pour atteindre 3,7 milliards.

Aide gouvernementale

Dans un communiqué, Bombardier dit être en « dialogue permanent avec les gouvernements des pays où [elle a] des activités importantes sur des programmes de soutien supplémentaires ». M. Martel a précisé que cette aide, si Bombardier devait en avoir besoin, ne serait que temporaire. « Nous avons déjà eu ça par le passé, c’est d’avoir quelqu’un qui paie l’avion en attendant que le vrai client puisse le prendre. »

Changement de culture

L’entrée en poste de M. Martel, le 6 avril, aurait difficilement pu se produire dans un pire contexte, mais il n’éprouve aucun regret d’avoir quitté la tête d’Hydro-Québec pour y parvenir, a-t-il indiqué. L’expression « changement de culture » est apparue régulièrement dans ses communications jusqu’à présent. « Une attente que j’ai communiquée à l’interne et sur laquelle je veux mettre beaucoup d’effort, c’est de s’assurer que notre opération performe et est prévisible », a-t-il indiqué.

Salaire

Bombardier doit publier la semaine prochaine sa circulaire en vue de l’assemblée annuelle de ses actionnaires, actuellement prévue pour le 18 juin. On devrait y voir les sommes versées au président précédent, Alain Bellemare, après son départ, mais aussi le salaire du nouveau, Éric Martel, a promis ce dernier. La hausse de rémunération de M. Bellemare et de ses plus proches collaborateurs après que Bombardier eut reçu l’aide de Québec avait causé un fort émoi au Québec en 2017.