Lorsque je l’ai joint en milieu d’après-midi, le PDG du Groupe Sportscène était en train de travailler à l’élaboration de deux logos qui serviront à la dénomination des nouvelles activités de son groupe de restauration. « J’hésitais entre La Cage à domicile et La Cage chez vous pour identifier nos activités de livraison à domicile et de commandes à emporter pour nos restaurants La Cage — Brasserie sportive », m’explique-t-il, ambivalent. Comme tous les acteurs de l’industrie de la restauration, Jean Bédard est condamné à se réinventer.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Le Groupe Sportscène dévoile ce jeudi les résultats financiers de son deuxième trimestre terminé à la toute fin de février, avant que l’apocalypse ne survienne.

Les restaurants du groupe ont enregistré des résultats records qui laissaient présager une année historique en matière de revenus et de rentabilité, mais une prévision qui a été vite reléguée aux oubliettes en raison de la fermeture de toutes les salles à manger du groupe et de leur réouverture toujours incertaine à court terme.

L’industrie de la restauration représente une activité économique importante au Québec puisqu’elle génère des revenus annuels de 13,5 milliards et qu’elle emploie quelque 250 000 personnes.

« Le 12 mars dernier, je présentais à mon conseil d’administration notre nouvelle planification stratégique pour les trois prochaines années ainsi que les acquisitions que l’on était sur le point de réaliser. Le soir même, je devais partir en vacances pour la Floride. Tout ça a été annulé avec les premières mesures de confinement », relate Jean Bédard.

Les 50 restos-bars La Cage – Brasserie sportive ont dû fermer leurs portes et seule une quinzaine d’établissements ont été en mesure de maintenir une activité minimale de préparation de repas à emporter et pour la livraison.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Jean Bédard, PDG de Sportscène

On a essayé de garder ouverts des restaurants dans des marchés ciblés, parce qu’on ne voulait pas rompre la chaîne d’approvisionnement et qu’on souhaitait garder le plus de monde possible au travail.

Jean Bédard, PDG de Sportscène

Heureusement que les anciens établissements La Cage aux Sports, reconnus avant tout comme des lieux de rassemblement, avaient orchestré il y a cinq ans un repositionnement stratégique axé sur le développement d’un menu plus élaboré.

« On a dû se réinventer, et heureusement qu’on l’a fait. Les gens continuent de commander des plats chez nous et on va élargir notre offre en ouvrant la semaine prochaine certains de nos restaurants en région, notamment à Saint-Georges de Beauce, à Chicoutimi et à Alma.

« On continue de se réinventer en proposant maintenant des plats prêts à cuisiner que les gens peuvent préparer chez eux. Notre ambition est de devenir le prochain Goodfood de la fin de semaine », expose le PDG du groupe.

Un retour à la normale très progressif

Même s’il ne dispose d’aucune information privilégiée, Jean Bédard espère que le secteur de la restauration pourrait profiter d’un déconfinement au moins partiel au début de l’été, alors que les restaurants pourraient accueillir leurs premiers clients en respectant les règles de distanciation physique.

« Selon moi, la crise va se dérouler en trois étapes. On a connu la fermeture complète des salles à manger et on devrait dans un premier temps pouvoir opérer à 50 % de nos capacités. J’ai parlé à un collègue en Suède qui exploite une chaîne de restos-bars sportifs qui m’a confirmé que c’était possible d’assurer une belle expérience sécuritaire.

« Le retour à la normale viendra plus tard. Mais je pense qu’il faudra attendre au moins un an et demi avant que l’on puisse opérer comme on le faisait avant la crise. Et encore là, cela va dépendre de l’état de l’économie. Est-ce que les gens vont être en mesure de recommencer à dépenser pour une sortie au restaurant ? », s’interroge-t-il.

Le Groupe Sportscène, qui enregistrait des revenus de 3 millions par semaine, réalise aujourd’hui à peine 10 % de ces résultats avec ses opérations limitées.

Grâce notamment aux activités de son usine centrale où on fabrique des mets préparés et des sauces pour les établissements toujours ouverts et les épiceries.

« Une chose est certaine, le marché des repas à emporter et des plats prêts à cuisiner devrait continuer de se développer. Je pense que ce segment de marché va être en expansion au cours des cinq prochaines années », anticipe le PDG.

D’ici là, les propriétaires de restaurants La Cage — Brasserie sportive tout comme les autres opérateurs du secteur de la restauration devront faire affaire avec des propriétaires immobiliers accommodants, selon lui.

« On le voit partout au Québec. Les bailleurs immobiliers savent qu’ils doivent participer à la relance du secteur. Il est préférable pour eux d’avoir de bons locataires qui paient moins durant quelques mois que de se retrouver avec des locaux inoccupés durant des années. »