Crise et innovation vont souvent de pair, et l’entreprise montréalaise MEDFAR en a fourni une illustration particulièrement convaincante. En mobilisant d’urgence ses 70 employés, de tous les services, elle a réussi à implanter en 48 heures un nouveau service de vidéoconférence maintenant offert gratuitement aux 600 cliniques et 12 000 professionnels qui utilisaient déjà sa plateforme, MYLE.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Depuis sa création, il y a trois semaines, l’outil de vidéoconférence qui lie patients et médecins a été utilisé 5000 fois, indique Elias Farah, cofondateur et PDG de MEDFAR. Il s’attend à ce qu’à court terme, près d’un millier de personnes par jour l’utilisent. « On parle ici de patients qui auraient dû attendre de deux à trois mois pour rencontrer un médecin », précise-t-il.

Sondage et demandes

MYLE est une plateforme dite de « télésoins », offrant ce qu’on appelle un dossier médical électronique, homologuée par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec en 2013, et la plus utilisée dans la province depuis 2016. Elle permet notamment de consigner toutes les données médicales du patient, qui peuvent ensuite être partagées entre professionnels de la santé, de gérer les rendez-vous et de faciliter les communications grâce à une messagerie sécurisée. Elle coûte entre 165 et 315 $ par mois.

« Dès que le virus a commencé à être présent, nous avons envoyé un sondage à tous nos clients en leur demandant quels étaient leurs besoins pour rester opérationnels, dit M. Farah. Quatre cents cliniques ont répondu. On a mobilisé toute l’équipe, arrêté tout ce qui était en cours pour les satisfaire. »

La première mission : créer un outil de vidéoconférence qui serait simple d’utilisation. « Non seulement ça n’existait pas dans notre plateforme, mais ce n’était même pas sur la planche à dessin, ce n’était pas dans notre ligne de mire », indique Patrick Issid, cofondateur de MEDFAR et directeur des produits.

Certains professionnels de la santé utilisent déjà des outils de vidéoconférence, qui doivent être ultrasécurisés, mais ceux qui ont répondu au sondage estimaient que leur installation était trop compliquée pour le patient. « Le premier critère, c’est qu’il y ait vidéoconférence sans besoin de téléchargement, explique M. Farah. On a réussi ! Le médecin n’a qu’à envoyer un lien, ça ressemble à Google Hangouts, mais c’est notre propre technologie. »

Projet mobilisateur

L’autre demande pressante des cliniques concernait la transmission d’informations – dossier et ordonnances, notamment – vers les pharmacies et les laboratoires. « On a bonifié beaucoup de choses, résume le PDG. Par exemple, les médecins voulaient transmettre non seulement des prescriptions, mais également des formulaires. »

Le résultat, se réjouissent les deux cofondateurs, fait maintenant de MYLE « la seule solution complète de soins virtuels au Québec ». Les 70 employés – décidément très polyvalents – ont ensuite été déployés pour former les médecins dans les 600 cliniques utilisatrices de la plateforme MYLE. « On parle dans le dernier mois d’environ 225 000 télécopies qui se sont faites électroniquement, sans échange de papier, et de 200 000 documents envoyés par voie sécurisée, dit Patrick Issid. Ce sont des méthodes concrètes qui sont très efficaces. »

Il note par ailleurs l’effet très mobilisateur de ce projet pour le personnel de MEDFAR, en télétravail depuis six semaines et qui s’est rallié autour de cet objectif commun. « Les 70 employés sont devenus des agents d’implantation pour former les médecins et les cliniques, dit Elias Farah. On est très contents d’avoir réussi à rendre ces solutions disponibles. On ne pouvait pas laisser tomber nos clients. »