L’ère des carnets de commandes débordants et de la pénurie de main-d’œuvre criante est terminée pour les PME du secteur aéronautique québécois. À la place s’ouvre peut-être une ère longuement attendue de consolidation.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« On le dit depuis longtemps qu’il faut une masse critique pour aller chercher des mandats plus importants auprès des grands donneurs d’ordres. Là, c’est le temps de le faire », avance la présidente-directrice générale d’Aéro Montréal, Suzanne Benoit.

« La consolidation est un incontournable, estime Jacques Cabana, fondateur de FDC Composites. C’est ça que les clients veulent. Moi, je ne cherche pas la consolidation, je cherche des clients. Et eux veulent des fournisseurs plus intégrés, avec plus de moyens, plus de capacité. »

Dans son cas, c’est finalement en se joignant à un groupe français qu’il a réussi à atteindre cette masse critique.

Même si cette demande des clients est connue depuis des années et qu’Aéro Montréal a mis sur pied un programme, l’Accélérateur 360, spécialement destiné à cet objectif, les regroupements ont été peu nombreux au sein de l’industrie québécoise, où l’on compte encore jusqu’à 200 PME.

« Ça doit faire 10, 15 ans, mais force est d’admettre qu’il n’y en a pas eu tant que ça », constate Hugue Meloche, président de l’une des plus importantes entreprises du lot, Meloche.

Au moins deux raisons peuvent expliquer ces réticences. D’abord, l’industrie a vécu une forte croissance au cours des dernières années.

« Faire des consolidations quand le marché est en croissance, c’est difficile, note M. Meloche. Les entreprises vont bien, tout le monde se gonfle un peu le torse, les prix sont très élevés. »

À cela s’ajoutent des raisons plus personnelles.

« Il y a une réticence à cause de l’appartenance des PME, juge Jean Blondin, président d’Abipa Canada. Souvent, ce sont des entreprises familiales bâties par le père il y a 60 ans, au sein desquelles œuvre une partie de la famille. [Les gens] se disent que même s’ils sont limités dans leur croissance, l’entreprise fait vivre une partie de la famille, et que c’est ce qui est important. C’est vrai aussi qu’on se heurte à des dirigeants qui aiment avoir le contrôle de leur organisation. »

Consolidation forcée

La crise actuelle pourrait fissurer certaines de ces résistances, estime M. Meloche.

« Dans un marché en décroissance, il va y avoir des consolidations presque forcées. Il va y avoir des PME en difficulté. Il y en a qui avaient déjà des problèmes avant la crise. J’espère qu’elles vont lever la main avant qu’il soit trop tard, pendant qu’elles ont encore leur main-d’œuvre et de bons contrats. »

Cela dit, la crise sert aussi de frein. Meloche était « dans les derniers miles » d’une acquisition aux États-Unis qui a été reportée.

« Tant que l’on est dans cette zone où l’on ne voit pas très clair en avant, c’est difficile de bien des façons », note M. Meloche, à commencer par la détermination d’un prix et l’obtention d’un financement.