Une bonne place pour commencer à acheter local, c’est à l’épicerie. La Presse propose une liste de choix locaux et éconos à déposer dans vos paniers.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Quelques mises en garde avant de vous lancer dans les allées, affublés de vos masques artisanaux. Nous passons forcément sous silence tout plein d’excellents produits locaux offerts à prix raisonnable, faute de place. Ensuite, nous appliquons une définition souple de « produits québécois ». Nous entendons essentiellement un produit fait au Québec. Les ingrédients peuvent venir d’ailleurs et la propriété de l’entreprise peut être étrangère, du moment que le lieu de production se trouve chez nous.

Prêts pas prêts, à vos chariots.

Fruits et légumes

Pommes de terre Mamzells, concombres Toundra, laitues Mirabel, salades Attitude fraîche, fraises Savoura… Encourager nos producteurs d’ici est aussi facile que de préparer du céleri comme collation.

« On est maintenant capables d’offrir des tomates à un prix qui ne dépasse pas de 15 % celui des tomates d’importation, sauf exception », assure Jacques Demers, PDG de Productions horticoles Demers, mieux connues sous le nom de Serres Demers.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Jacques Demers, PDG de Productions horticoles Demers, mieux connues sous le nom de Serres Demers

« En utilisant ne serait-ce que 4 % des surplus d’électricité d’Hydro-Québec pour éclairer nos serres à prix avantageux et moyennant des investissements de 250 à 300 millions pour accroître les superficies, nous pourrions nourrir tous les Québécois en fruits et légumes 12 mois par année », lance M. Demers à l’intention de nos dirigeants.

Pain, céréales et pâtes alimentaires

Il faut vraiment faire exprès pour ne pas acheter du pain tranché cuit au Québec. Multi-Marques (Pom, Bon Matin, Villagio), propriété du mexicain Bimbo, et le canadien Weston, qui détient la marque Gadoua, ont des usines sur le sol québécois. Pour des boulangeries à propriété locale, il faut se tourner vers St-Méthode, près de Thetford Mines, ou Auger, à Saint-Jérôme. « Nous fabriquons notre pain avec du blé cultivé du Québec, en provenance notamment des Moulins de Soulanges », explique Guillaume Talbot, 38 ans, président et copropriétaire d’Auger. Il vend principalement chez Walmart, Costco et Sobeys (IGA). Depuis l’acquisition de la marque Betty, à la fin de 2018, son entreprise a augmenté son effectif à 100 personnes, réparti sur deux quarts de travail.

Dans les céréales, c’est du made in Mississauga tout le long du linéaire ou presque. Le québécois se trouve dans l’allée des aliments naturels : Fourmi Bionique, Oat Box et SnackTonik. « Nous existons depuis à peine un an. Nous sommes présents dans 130 points de vente, mais on peut commander sur notre site où les commandes ont explosé avec le confinement », suggère Caroline Joubert, copropriétaire de SnackTonik avec sa sœur. Les produits qui se vendent le mieux : ses barres tendres aux framboises et ses céréales aux bananes. Son gruau à cuisson rapide, qu’elle a lancé le 6 avril, va faire un malheur, est-elle persuadée. L’usine de cinq employés de Beauport ensache 7500 portions par semaine. La production peut tripler si la demande est au rendez-vous.

En isolement forcé, le spaghetti a la cote. Catelli fabrique des pâtes à Montréal depuis 150 ans.

Confitures et beurre d’arachide

Les confitures DORA sont préparées avec amour à Sainte-Anne-des-Plaines, dans les Basses-Laurentides. Notre collègue Marie-Eve Fournier nous a révélé dernièrement que le beurre d’arachide Kraft et les Kraft Dinner vendus partout au pays étaient fièrement fabriqués par nos anges gardiens de l’usine Kraft Heinz de Mont-Royal.

Huiles, vinaigrettes, moutardes, mayo

Les sœurs Bélanger de Maison Orphée parcourent les pays chauds, hors pandémie, pour vous garantir une « huile d’olive véritable ». Elles ne se vendront jamais 5,99 $ le contenant de 1,5 litre, mais, « en spécial », le flacon de 750 ml se détaille à 10,99 $, un prix somme toute raisonnable pour trouver la paix d’esprit. Si l’huile d’olive n’est pas un produit québécois, Orphée produit localement des mayos, des moutardes, des vinaigrettes, des vinaigres et d’autres huiles certifiés « Aliments du Québec » ou « Aliments préparés au Québec ».

Salaisons

« Les Québécois sont bien servis par plusieurs producteurs locaux », souligne Enrico Carpinteri, PDG des Cuisines Gaspésiennes. Olymel, Bilopage, Tour Eiffel, Belle Bretagne, Roma, la liste est longue. « Nous avons délaissé temporairement la production de produits exigeant plus de manipulation en espace restreint, pour concentrer nos efforts sur les autres », explique-t-il. Les ventes du célèbre creton Le Gaspésien sont en hausse de 25 % depuis un mois, conséquence du déplacement des ventes de la restauration vers les supermarchés.

Biscuits

Dites C-É-L-É-B-R-A-T-I-O-N ou, pour les visuels, les biscuits frappés de la silhouette du Château Frontenac. « Vous ne vous trompez pas avec la marque numéro un au Canada, ils sont tous cuisinés à Saint-Augustin », clame Marie-Josée Massicotte, directrice des communications chez Biscuits Leclerc, de Québec.

Et le Whippet, qui faisait jadis la fierté du quartier Viauville à Montréal ? Son proprio, Dare Foods, déménage la production en Ontario d’ici la fin de 2020.

Café

Les grains de café de marque Van Houtte sont torréfiés dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, alors que ceux de Tim Hortons le sont principalement à Ancaster, près de Hamilton. Quatre autres usines fournissent la marque canadienne emblématique, dont une à Rochester, dans l’État de New York.

Bières

Faites un effort, lâchez les Heineken et Corana importées. Molson et Labatt font vivre des centaines de familles avec leur installation montréalaise respective. Les micros de première génération fournissent une option de remplacement : Boréale (Blainville), McAuslan (quartier Saint-Henri) et Unibroue (Chambly). Pour les personnes atteintes de maladies cœliaques, Glutenberg (arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve) brasse une gamme de bières sans gluten maintes fois auréolées.

Eaux minérales, boissons gazeuses et chips

L’eau pétillante est encore la chasse gardée des importations avec Perrier et S. Pelligrino. Les eaux Eska, tirées de l’esker Saint-Mathieu-Berry à Saint-Mathieu-d’Harricana, en Abitibi, et la Montellier, puisée à Sainte-Brigitte-de-Laval, aux portes du parc national de la Jacques-Cartier, sont à ajouter à votre liste d’épicerie. « On lance notre eau gazéifiée à saveur de pamplemousse dans deux semaines », annonce Marc Coulombe, PDG de l’embouteilleur Alex Coulombe, à Québec.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

« On lance notre eau gazéifiée à saveur de pamplemousse dans deux semaines », annonce Marc Coulombe, PDG de l’embouteilleur Alex Coulombe, à Québec.

Parlant d’Alex Coulombe, c’est l’embouteilleur Pepsi du Québec, sauf dans la région montréalaise. Les multinationales Pepsico et Coca-Cola y exploitent en effet leur propre usine. Pour une boisson gazeuse brune au goût plus local, il y a le cola 1642.

Un peu de salé en duo avec votre boisson gazeuse ? Entreprise familiale de troisième génération, Croustilles Yum Yum est établie dans les Bois-Francs depuis plus de 60 ans. Elle compte 250 employés et deux marques : Yum Yum et Krispy Kernels. « La mission de l’entreprise : partager le plaisir. C’est ce que notre grand-père disait quand on lui demandait ce qu’il faisait. Il disait : “Je vends du fun !” », se remémore Renée-Maude Jalbert, directrice du marketing.

Avoir du fun tout en contribuant à la richesse collective, une belle « commande » en soi.