La nouvelle grande patronne d’Hydro-Québec arrive en poste au moment où le monde vit une crise sans précédent, qui offre la possibilité de faire les choses différemment, selon elle.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Toutes les cartes sont dans les airs et on ne sait pas de quoi demain sera fait, constate-t-elle calmement, lors d’un entretien avec La Presse. Ça peut-être un levier formidable, on va tous changer ».

Sophie Brochu était en quelque sorte prédestinée pour cette fonction. « Après le départ de Thierry Vandal (en 2015) en m’avait offert le poste », rappelle-t-elle. Elle avait décliné l’offre, parce qu’elle était en plein milieu d’un plan stratégique chez Énergir et qu’elle préparait la relève.

Cette fois, l’offre est arrivée au bon moment pour elle, trois mois après son départ d’Énergir. Elle a pris du temps pour elle et se sent d’attaque. « Avec ce chamboulement de notre vie, de notre monde et de notre planète, je ne pouvais pas rester chez moi à regarder pousser mes choux », dira-t-elle.

Sophie Brochu entre officiellement en poste lundi, mais elle sera au siège social d’Hydro-Québec là demain (mercredi) sans savoir si elle pourra s’y installer ou travailler à distance. « Ces jours-ci, tout le monde redécouvre de nouvelles façons de travailler, alors on va trouver », dit-elle.

La nouvelle présidente-directrice générale de la société d’État a passé 12 ans chez Gaz Métro, devenu Énergir, une entreprise qui a été profondément transformée sous son règne. Les employés d’Hydro-Québec doivent-ils s’attendre à des bouleversements de leurs façons de faire ?

« Ce n’est pas tellement le changement que j’ai à cœur que l’innovation, corrige-t-elle. On va tous changer à cause de la crise actuelle. Il y a des choses qui ne pouvaient pas avant et qui sont possibles aujourd’hui ».

La diversification amorcée sous la présidence d’Éric Martel lui apparaît « très sain », et pourrait être poussée plus loin, selon elle. De même, l’ambition maintes fois répétée par l’ancienne administration de devenir « la batterie du nord-est du continent », lui convient. « C’est une ambition immense », s’exclame-t-elle.

Hydro-Québec est une grosse machine, convient-elle, qui vient avec une complexité et une culture qui lui sont propres. Elle n’arrive pas avec l’intention de faire table rase, mais avec celles de « pousser la réflexion » et de peut-être accélérer certaines choses ».

Le remplacement rapide d’Éric Martel a surpris beaucoup d’employés, qui pensaient que l’intérim d’un dirigeant vétéran, Jean-Hugues Lafleur, se poursuivrait en raison de la crise actuelle. M. Lafleur, qui a gardé ses responsabilités de chef de la direction financière et du risque, a toutefois fort à faire en pleine tourmente des marchés financiers.

À 56 ans, l’ancienne présidente-directrice générale d’Énergir devient la première femme à diriger la plus importante société d’État du Québec. Avec la présidente du conseil, Jacinthe Côté, Hydro comptera deux femmes aux commandes de l’entreprise.

« Le Québec se relèvera de la période très difficile que nous vivons et je suis convaincu qu’avec Mme Brochu à sa tête, Hydro-Québec jouera un rôle central dans cette relance », a commenté le premier ministre François Legault en annonçant la nomination de Sophie Brochu.