Les messages sont rentrés de partout : sur Facebook, par texto, par courriel, sur le téléphone de l’usine, sur WhatsApp, au siège social. Et par centaines au cours de la fin de semaine. Il n’y a pas de doute, les visières médicales créées par le détaillant de vêtements Tristan sont très demandées.

Marie-eve Fournier Marie-eve Fournier
La Presse

« On est dans un tourbillon ! On essaie de répondre à un besoin urgent. On ne savait pas trop dans quoi on s’embarquait », résume Lili Fortin, présidente de la chaîne de magasins Tristan.

Pendant la fin de semaine, précisément à 1 h 20 dans la nuit de samedi à dimanche, la femme d’affaires a reçu un courriel des autorités fédérales lui annonçant que son nouveau produit, créé en quelques jours seulement, était approuvé. Cela signifie qu’il peut être produit et distribué à ceux qui en font la demande.

Vendredi dernier, La Presse a publié un reportage sur l’histoire de la famille Fortin, qui a décidé de fabriquer des visières en plastique dans son usine de Cookshire-Eaton, en Estrie. Une centaine de personnes y cousent normalement des uniformes pour l’armée et la police.

Des lecteurs ont craint qu’Ottawa ne donne pas son feu vert au produit assez vite. Finalement, ce fut très rapide et au beau milieu de la nuit, pendant la fin de semaine de surcroît.

On a eu beaucoup de suivi et d’aide du fédéral. Il n’y a plus d’heure, plus de jours de la semaine.

Lili Fortin

Les centaines de demandes reçues jusqu’ici démontrent bien à quel point l’objet est convoité par une large gamme de professions. Tristan a été contacté par des médecins, des services ambulanciers, des usines dans le secteur agroalimentaire, des résidences pour personnes âgées, des pharmacies, des laboratoires, des hôpitaux, des services de pompiers, etc.

Bon nombre de visières seront données par l’entreprise, d’autres vendues.

Bientôt des charlottes ?

« Des médecins sont venus chez moi en fin de semaine nous donner des échantillons de vêtements, raconte la dirigeante. Ils ne se sentent pas assez bien protégés. On ne réalise pas ce qu’ils vivent. »

Certains aimeraient notamment que Tristan fabrique des chemises et des charlottes, ces chapeaux que porte le personnel dans les salles de chirurgie. Du travail sur d’éventuels patrons a déjà été fait. Mais il faut trouver le bon tissu.

« Il ne faut pas faire les choses n’importe comment. Il faut se concentrer sur certains produits et bien les faire, assurer une qualité », insiste Mme Fortin.

Avec ou sans logo ?

La dirigeante et son père, Gilles Fortin (qui a dirigé l’entreprise des années 70 jusqu’en 2017), ont par ailleurs beaucoup réfléchi à la question de leur logo et questionné leur entourage. Devaient-ils ou non le mettre sur leurs visières ?

Ils ne voulaient pas donner l’impression de se servir de leur nouveau produit pour faire de la publicité. Mais en même temps, il importe que les utilisateurs sachent d’où vient ce qu’ils portent, cela étant rassurant. La décision a été prise de laisser le logo, comme l’a aussi fait Bauer.

Mais plus important, les Fortin voulaient que leur slogan, la devise Unum sumus (Nous sommes un), y soit bien visible. Car il est particulièrement pertinent en ces temps de pandémie. « C’est un message d’unité, raconte Mme Fortin. On vous remercie [les professionnels de la santé] pour ce que vous faites. On est de tout cœur avec vous. »