Les bars comme le Terminal n’ont pas accès à l’aide d’urgence parce que les canaux de distribution sont fermés aux entreprises dont plus de 50 % des revenus proviennent de la vente d’alcool.

Marc Tison Marc Tison
La Presse

La conversation téléphonique devait se tenir en début d’après-midi, vendredi. « Je vais attendre le point de presse du PM à 13 h et je vous appelle ensuite », a avisé Jacob Warren par texto. Ce rendez-vous quotidien est incontournable : il espère toujours entendre l’un ou l’autre premier ministre annoncer une aide mieux adaptée aux restaurants et bars. En vain.

Autre texto à 13 h 45 : « Je vous appelle dans 20 minutes, je dois aller voir au bar, le système d’alarme est parti. »

Fausse alarme, heureusement. Mais Jacob Warren demeure alarmé.

Il est copropriétaire du café-bar Le Verre bouteille, directeur du bar Le Terminal, et copropriétaire de la salle de spectacle Terminal Comédie Club, qui niche au-dessus du précédent.

Ses établissements ont fermé leurs portes et mis à pied leurs quelque 35 employés dès le 15 mars. « On les a presque tous aidés un à un à faire leur demande d’assurance chômage », dit-il.

Hélas, pour ce qui concerne l’aide d’urgence aux entreprises, les bars tombent entre deux tabourets, déplore l’entrepreneur.

« Une fois que les programmes d’aide ont été annoncés, j’ai tout de suite appelé à la BDC et à Entreprises Canada, pour me faire répondre que les entreprises dont 50 % et plus des revenus étaient reliés à l’alcool n’auraient pas droit à l’aide », explique-t-il.

Historiquement, la BDC n’aide pas ce qui est relié à l’alcool, tout simplement. Le Canada a octroyé énormément d’argent, ce qui est une très bonne chose, mais tout passe par la BDC, et nous, on tombe dans une faille du système.

Jacob Warren

Il entrevoit un peu d’espoir dans un éventuel prêt garanti par Investissement Québec, mais « encore là, on n’est pas certains ».

Ce n’est pas faute de rentabilité.

« Au Terminal, on a rénové la salle de spectacle, le bar au complet, la chambre froide et la cuisine dans le but d’être encore plus rentable », informe-t-il.

Les travaux ont totalisé 250 000 $. La nouvelle décoration du Terminal rappelle une gare – une troublante évocation de voyage, par les temps pandémiques qui courent.

Mais le décor a plu, avant la crise.

« Cette année, on a eu une augmentation de 40 % de notre chiffre d’affaires. On arrive dans la phase où on va pouvoir rembourser tout ce qu’on a investi dans le commerce. »

La COVID-19 a bouleversé ce programme. « La problématique pour les bars, c’est qu’on entre dans la période la plus importante de l’année. C’est là qu’on a les meilleures ventes et on compte sur cette période-là pour remplir nos coffres. »

Survivre

Jacob Warren craint que plusieurs commerces comme les siens ne survivent pas à la crise. « Ça atteint dramatiquement notre cash flow. En fait, il n’y a plus de cash flow. »

Cette crise de liquidité ne tarit que de l’alcool, diront certains.

« On est quand même des entreprises importantes qui participent à la vie de quartier, défend Jacob Warren. Tant le Terminal que Le Verre bouteille participent énormément à la culture. »

Les deux établissements présentent chacun une demi-douzaine de spectacles chaque semaine.

Le manque à gagner va être terrible, sans parler des pertes côté nourriture. On a fait des sacs de bouffe pour nos employés.

Jacob Warren

Au Terminal, le contenu des tonnelets déjà branchés est perdu, pour 6000 $ à 7000 $ de perte sèche – si on peut dire.

Les employés et quelques importants fournisseurs ont été payés, mais des comptes totalisant 30 000 $ n’ont pu être honorés, faute de fonds. « Le Terminal fait affaires avec plein de microbrasseries québécoises qui auraient besoin de ces sous-là », se désole Jacob Warren.

« Il y a beaucoup de propriétaires de bar comme moi qui sont extrêmement inquiets », conclut-il sobrement.

« Si ça dure trois ou quatre mois, je vois mal comment on va être capables de s’en sortir. »

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