Les dirigeants d’entreprise vivent des jours sombres et leur moral est au plus bas. Ainsi, 35 % d’entre eux n’écartent pas la fermeture définitive de leur entreprise ou d’un point de service comme une usine ou un magasin.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Ça frappe fort », dit Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) qui a coordonné le sondage auprès de 600 dirigeants d’entreprise, un échantillon qui donne une représentation fidèle, selon lui, de l’état d’esprit qui règne dans le monde des affaires du Grand Montréal.

L’enquête s’est terminée mardi dernier, soit avant la fermeture quasi complète de toutes les entreprises. La situation financière des entreprises ne s’est pas améliorée depuis.

Parmi les constats du sondage, on apprend que :  

81 % des dirigeants soutiennent que la crise a un impact allant de modéré à important sur la baisse des revenus ;

75 % vivent un impact négatif de modéré à important sur les liquidités ;

70 % font face à un risque de modéré à important de suspension ou d’annulation de contrats ;

49 % éprouvent des difficultés de modérées à importantes à payer leurs frais fixes.

Hausse des demandes chez Investissement Québec

Selon nos informations, les entreprises n’ont jamais été aussi nombreuses à contacter Investissement Québec (IQ) pour s’enquérir des programmes d’aide. La CCMM a d’ailleurs offert à IQ les services de ses six agents de centre d’appels pour aider l’organisme gouvernemental à répondre à la demande ces derniers jours.

La Presse a demandé au cabinet du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le nombre d’entreprises s’étant adressées à Investissement Québec dans les derniers jours. « On ne donne aucun chiffre, a répondu Mathieu St-Amand, attaché de presse. La population du Québec s’attend à ce que l’on aide les entreprises, pas à ce que l’on compile des statistiques. » Le premier ministre Legault, un comptable de formation, se targue d’être un gars de chiffres.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Il y a beaucoup de désespoir, nous rapportent nos agents. Les dirigeants, notamment ceux des petites entreprises, ont l’impression qu’ils n’arriveront pas à passer au travers.

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

« Nous sommes là pour donner de l’information sur les programmes mis en place, mais il faut d’abord leur remonter le moral. Ils sont en état de choc », poursuit M. Leblanc. 

« Urgence économique »

La Presse a demandé au président et chef de la direction de la Chambre de donner une note de 0 à 10 à la situation actuelle de l’économie : 0 étant une l’économie en train de s’écrouler et 10, le nirvana du plein emploi. « Aujourd’hui, jeudi soir, nous sommes entre 2 et 3. »

Nullement paniqué, mais conscient de la gravité de la situation, Michel Leblanc demande au gouvernement du Canada de considérer l’urgence économique dans sa réponse à la crise. Il se dit tout à fait d’accord avec les choix qui ont été faits jusqu’à présent et applaudit aux réponses qu’Ottawa a données à l’urgence sanitaire et sociale. « Mais on n’a pas encore vu une réponse d’Ottawa à l’urgence économique. » La CCMM, ainsi que d’autres organisations du milieu des affaires, de même que des centrales syndicales, réclament de toute urgence un programme de subventions salariales.

Pour ce qui est du gouvernement provincial, M. Leblanc se dit satisfait de la réponse économique de l’équipe Legault avec le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), lequel propose des garanties de prêt d’un minimum de 50 000 $ par le truchement d’Investissement Québec. Il déplore néanmoins que la petite entreprise de 5 employés ou moins soit laissée à son triste sort, du moins pour le moment. Il garde espoir que le gouvernement y verra dans les prochains jours.

Jeudi, Québec disait à la population de ne pas avoir honte d’aller chercher de la nourriture aux banques alimentaires et exhortait les citoyens en santé de moins de 70 ans à donner du temps comme bénévoles à ces mêmes banques alimentaires.