La pandémie de COVID-19 a bousculé la demande pour les produits fabriqués par Saputo, ce qui oblige le transformateur laitier à faire des pieds et des mains pour s’adapter à une nouvelle dynamique où la majorité des consommateurs sont confinés dans leur domicile.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Si les ventes ont bondi du côté des services offerts aux détaillants comme les chaînes d’alimentation, les commandes sont en forte baisse du côté des entreprises spécialisées dans les services alimentaires, dont les activités sont freinées en raison de la propagation du nouveau coronavirus.

« Nous constatons un déplacement massif de la production », a expliqué le président et chef de la direction de Saputo, Lino Saputo fils, jeudi, au cours d’une conférence téléphonique visant à faire le point sur l’incidence de la COVID-19 sur les activités de la multinationale.

Les usines de la compagnie qui fabriquent les produits destinés aux supermarchés fonctionnent à plein régime, a-t-il souligné, alors que les consommateurs fréquentent de plus en plus les épiceries pendant que la plupart des restaurants sont fermés. Au Canada, la demande est particulièrement plus vigoureuse pour les fromages et le lait, selon Saputo.

Toutefois, le portrait est différent du côté des autres sites exploités par la société.

À l’exception du secteur de la restauration rapide, qui peut continuer à offrir des plats pour emporter par l’entremise du service au volant, la demande est pratiquement au neutre du côté des services alimentaires.

« Des commandes ont été annulées », a dit aux analystes M. Saputo fils.

Il y a encore de la demande du côté des entreprises qui préparent des plats surgelés, a expliqué la haute direction de Saputo, mais chez d’autres compagnies, par exemple celles qui préparent des vinaigrettes destinées aux restaurants, les activités ont temporairement cessé.

Tout peut rapidement changer, a souligné le chef de l’exploitation Kai Bockmann, qui a estimé que la récente demande dans le secteur du détail pouvait notamment être attribuée à la ruée des consommateurs dans les supermarchés pour faire des provisions.

« Nous allons devoir patienter quelques semaines afin de déterminer quelles sont les habitudes », a-t-il dit.

Certaines usines spécialisées dans les secteurs industriel et alimentaire, où la demande est en baisse, mettent l’épaule à la roue afin d’aider les autres sites lorsque cela est possible.

Si Saputo n’est pas en mesure d’écouler ses stocks, l’entreprise tentera notamment d’offrir ce qui n’est pas expiré à des banques alimentaires dans le cadre d’un effort visant à éviter le gaspillage, a expliqué son grand patron.

Interrogée par les analystes financiers, la direction de Saputo n’a pas chiffré l’impact de la pandémie de COVID-19 sur sa performance financière, se limitant à dire qu’il y aurait une incidence négative. Le transformateur laitier risque fort probablement de devoir inscrire une charge de dépréciation à l’égard des stocks qui auront dépassé leur date de péremption, a-t-on précisé.

Par ailleurs, la situation actuelle, qui pourrait perdurer si la pandémie du coronavirus se poursuit, pourrait faciliter la réalisation d’acquisitions, a expliqué M. Saputo fils.

« Avant que cette crise ne survienne, certains de nos concurrents se trouvaient au bord du précipice, a-t-il expliqué. Je crois que notre posture est enviable parce que nous pourrons choisir (les transactions) qui vont correspondre à notre stratégie. »

Grâce à un « bilan financier solide », l’entreprise a les reins suffisamment solides pour bouger, a estimé M. Saputo fils, en ajoutant qu’il était possible d’ajouter jusqu’à 2 milliards à la dette de la compagnie.

Les États-Unis, l’Europe et la Nouvelle-Zélande sont parmi les marchés où la société a les yeux tournés.

Au cours des deux dernières décennies, Saputo a réalisé 24 acquisitions au Canada, aux États-Unis, en Argentine, en Australie ainsi qu’en Europe pour asseoir sa croissance, a souligné l’analyste de RBC Marchés des capitaux Irene Nattel dans une note envoyée à ses clients.