Le gouvernement Legault a choisi d'encourager l'investissement dans la machinerie pour augmenter la productivité de nos entreprises, note le milieu des affaires, qui déplore du même souffle la minceur des mesures s'attaquant à la pénurie de main-d'oeuvre.

ANDRÉ DUBUC
ANDRÉ DUBUC LA PRESSE

Le budget met de l'avant un crédit d'impôt à l'investissement et à l'innovation (C3i) pour la fabrication, la transformation, le matériel informatique et les progiciels de gestion. Il variera entre 10 et 20 % de l'investissement, selon la région où l'entreprise est située. Le crédit sera remboursable pour les PME.

Une entreprise qui investit 1 million dans un nouvel équipement aura droit à un crédit de 100 000 $ si elle est située à Montréal ou à Québec, 150 000 $ à Drummondville et 200 000 $ en région éloignée.

Cette mesure coûtera un demi-milliard d'ici 2024-2025. Le gouvernement prévoit que jusqu'à 10 000 entreprises se serviront du crédit chaque année, ce qui contribuera à hausser les investissements des entreprises de 1,3 milliard.

Commercialiser les innovations

Depuis toujours, Québec cherche à encourager la commercialisation des innovations développées au Québec. Le gouvernement crée la déduction incitative pour la commercialisation des innovations (DICI). Le but est de proposer un taux d'imposition de 2 % sur les revenus tirés de la commercialisation d'une innovation locale. Le taux général d'imposition des entreprises est de 11,5 %, les PME profitent d'un taux réduit.

« C'est un incitatif à investir au Québec pour développer et commercialiser de la propriété intellectuelle », se réjouit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Pour un revenu de 8 millions imposé au taux général, l'avantage fiscal dépassera les 50 %, ou 475 000 $.

« La mesure, qui entre en vigueur seulement en 2021, est passablement compliquée », dit le fiscaliste Stéphane Leblanc, d'EY, qui émet des doutes sur sa future popularité. Le gouvernement garde la porte ouverte à une formule simplifiée pour les PME. Québec prévoit que jusqu'à 15 000 entreprises y auront recours.

Investir dans les jeunes pousses

Le gouvernement veut favoriser le maillage entre les grands donneurs d'ordres et leurs fournisseurs innovants. Il instaurera le 1er janvier 2021 un crédit d'impôt capital synergie de 30 % pour inciter la grande entreprise à souscrire au capital-actions d'une PME dans les domaines des technologies vertes, des technologies de l'information, des sciences de la vie, du manufacturier innovant et de l'intelligence artificielle. Un investisseur admissible aura droit à un crédit maximal de 225 000 $ par an.

COVID-19

« C'est un budget qui ne semble pas tenir compte du fait que le COVID-19 est à nos portes et qu'il a un impact sur le secteur manufacturier », déplore Véronique Proulx, PDG de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), qui souhaite que le gouvernement élabore un programme de subvention d'urgence ou encore de réduction des taxes sur la masse salariale.

Déception

À l'unisson, le milieu des affaires déplore la minceur des mesures avancées pour répondre au défi de la pénurie de main-d'oeuvre. Il y a 212 millions de plus sur 5 ans. « On aurait voulu voir davantage d'argent pour le recrutement des travailleurs étrangers et dans la formation », dit Mme Proulx, des MEQ.

« C'est très timide en termes d'investissement dans la main-d'oeuvre », renchérit Charles Milliard, PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Il veut voir plus d'argent en formation continue.

« C'est la plus grande interrogation qu'on a, ajoute Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec. Est-ce que la main-d'oeuvre va être disponible ? Il y a très peu de choses comme mesures. » M. Dorval aurait aimé un assouplissement des taxes sur la masse salariale pour aider les employeurs à attirer et retenir les talents.

On entend le même son de cloche du côté des PME. Elles souhaitaient une diminution du fardeau fiscal pour investir les économies dans les salaires aux employés, explique François Vincent, vice-président, Québec, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.