Newmont, nouveau propriétaire de la mine Éléonore, a radié 1,7 million d’onces d’or des réserves et des ressources de la deuxième mine d’or en importance au Québec.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

La perte de profit potentiel atteint le milliard de dollars américains, si l’on tient compte que l’or se vend 1600 $US l’once et que les coûts de production à Éléonore se sont élevés à 1000 $US l’once lors des neuf premiers mois de 2019.

Newmont est devenue propriétaire d’Éléonore quand elle s’est associée à Goldcorp en avril 2019. Elle a publié une mise à jour des réserves de ses lieux d’extraction la semaine dernière. Elle publie ses résultats du quatrième trimestre 2019 ce jeudi. 

« La mine souterraine Éléonore d’Eeyou Istchee–Baie-James, Québec (342 000 onces de production et production prévue en 2020 de 355 000 onces) a connu une diminution considérable de ses réserves et de ses ressources minérales. Les réserves et les ressources totales s’élèvent à 2,25 millions d’onces. Triste », a écrit l’analyste minier Éric Lemieux, d’EBL Consultants, sur son profil LinkedIn à l’annonce de la nouvelle.

Situé à 350 kilomètres au nord de Matagami, le gisement a été découvert par André Gaumond, alors à la tête de Mines Virginia, au début des années 2000.

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Cette mine, qui a nécessité des investissements de plus de 2 milliards US pour atteindre le stade de l’exploitation, a dorénavant 1,28 million d’onces de réserves et 0,99 million d’onces de ressources. Contrairement aux réserves, les ressources sont les onces d’or pour lesquelles une extraction rentable n’est pas encore démontrée.

Au 31 décembre 2018, son ancien propriétaire Goldcorp estimait les ressources et les réserves à 3,95 millions d’onces. La société minière de Vancouver avait dû prendre une radiation de 1,4 milliard US sur la valeur de la mine Éléonore dans ses résultats du quatrième trimestre 2018. Déjà, en juin 2018, Goldcorp avait réduit les réserves de sa mine Éléonore de 3,8 millions d’onces d’or à 3,25 millions d’onces.

Cette nouvelle réduction de 1,7 million d’onces correspond à une diminution de 43 % des réserves et des ressources.

Réduction significative

« C’est effectivement une réduction significative, écrit dans un courriel le professeur Michel Jébrak, du département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM. Il faut comprendre que les réserves correspondent à la partie du minerai exploitable économiquement. Il est clair que le gisement est moins rentable qu’espéré, et que certaines parties du gisement ne peuvent pas être exploitées avec profit. Ces anciennes réserves sont donc abandonnées. »

Comment expliquer un changement aussi draconien ? avons-nous demandé à l’universitaire. 

Goldcorp avait choisi une méthode d’exploitation qui coûtait cher et il faut que le minerai puisse supporter des coûts d’exploitation élevés. Le fait que Goldcorp n’ait pas été capable de produire ce qui était prévu démontre que les réserves avaient été surestimées, compte tenu de la méthode de production.

Michel Jébrak, du département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM

Cette révision se traduira aussi par un raccourcissement de la durée de vie de la mine. À son inauguration en 2015, la mine devait vivre jusqu’en 2030. Avec des réserves et des ressources de 2,25 millions d’onces, le gisement sera tari en 2026 si la production annuelle se maintient à 350 000 onces.

Dommages collatéraux

Le nouveau calcul de Newmont a déjà un impact sur la société montréalaise Redevances aurifères Osisko, qui détient une redevance pouvant varier de 2 à 3,5 % sur la production de la mine Éléonore. En publiant ses résultats du quatrième trimestre, hier, Osisko a déclaré une charge de dépréciation de 27 millions sur sa royauté sur Éléonore. En 2017, l’entreprise avait dû prendre une radiation de 89 millions, après une première révision à la baisse de la production annuelle de la mine Éléonore. Osisko a enregistré une perte nette de 155 millions au quatrième trimestre, essentiellement en raison de dépréciations d’actifs.

Pour leur part, les Cris ont touché 1,4 million en provenance d’Éléonore en 2018, selon la déclaration annuelle de paiement rédigée par Goldcorp en mai dernier.

Il a été impossible de parler à un porte-parole d’Osisko, ni du Grand Conseil des Cris.

Pour M. Jébrak, tout n’est pas noir cependant. « Newmont continue avec Éléonore, souligne-t-il. Plusieurs spécialistes du milieu envisageaient qu’après la fusion Goldcorp-Newmont, cette dernière revende les mines les moins rentables, dont Éléonore fait partie. Cela ne semble pas être le cas. Il faut dire qu’il y a un bon potentiel autour de ce gisement et que le Québec est une juridiction sûre. Le prix de l’or aide certainement ce type d’exploitation souterraine en milieu isolé. »

Pour ce qui est de l’état des réserves, M. Jébrak garde espoir qu’elles puissent remonter un jour. « Dans de nombreuses mines, fait remarquer le professeur Jébrak, les géologues trouvent chaque année de nouvelles réserves. C’est ce que fera Newmont, bien sûr. »