Les investisseurs n’en savent pas plus que la semaine dernière au sujet de ces énigmatiques « allégations » visant le restaurateur MTY. Tandis que la valeur des actions a continué, mardi, de dégringoler à la Bourse de Toronto, des experts en gouvernance croient que la transparence sera nécessaire pour mettre fin à l’incertitude.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

En deux séances, les actions de l’entreprise montréalaise qui chapeaute plus de 7000 restaurants (Valentine, Sushi Shop, Bâton Rouge et Thaï Express, etc.) ont perdu 11 % de leur valeur.

Mardi, elles ont terminé la journée à 53,12 $, en baisse de 3 %, après un recul de plus de 8 % vendredi. Lundi, la Bourse était fermée en raison d’une journée fériée en Ontario.

L’entreprise montréalaise a annoncé le 14 février le report de la publication de ses résultats financiers du quatrième trimestre en raison d’un « prétendu employé lanceur d’alerte ». MTY n’a fourni aucun détail sur la nature des « allégations » reçues, se limitant à les qualifier de « sans fondement et frivoles ».

« Il fallait vraiment que ce soit sérieux. Dès que vous reportez vos états financiers, la machine à rumeurs s’emballe. Ils le savaient très certainement que ça aurait des conséquences », commente le professeur de comptabilité et titulaire de la Chaire de gouvernance Jarislowsky de l’Université Concordia, Michel Magnan.

Dans son communiqué, MTY avait écrit que « par extrême précaution », le conseil d’administration avait décidé de prendre « le temps requis pour traiter la question de manière appropriée ».

Les résultats financiers devaient être publiés mardi. Aucune nouvelle date de publication n’a encore été annoncée.

« Pas juste un détail »

Le directeur général de l’Institut sur la gouvernance (IGOPP), Michel Nadeau, s’attend justement à ce que MTY donne plus de détails sur les informations reçues lors de la divulgation des résultats.

Autrement, croit-il, l’entreprise prend le risque que le dénonciateur contacte les médias pour dévoiler lui-même publiquement les renseignements dont il dispose. « Si le lanceur d’alerte croit que les états financiers ne sont pas exacts, il ne lâchera pas le morceau ! », lance Michel Nadeau.

Mais d’ici là, « on est dans l’inconnu », résume l’expert qui a tendance à croire que les informations reçues ne sont « pas juste un détail, mais quelque chose de substantiel ». Ce qui ne veut pas dire, insiste-t-il, qu’elles sont véridiques.

Qu’on reporte la sortie des résultats financiers laisse présumer que ça touche les systèmes comptables ou les états financiers.

Michel Magnan, professeur de comptabilité et titulaire de la Chaire de gouvernance Jarislowsky

Cela dit, à ce stade-ci, MTY « n’a probablement pas grand-chose » à dévoiler à ses parties prenantes puisque l’alerte « doit être documentée ».

Cotée en Bourse, MTY « ne peut pas dire n’importe quoi », rappelle le professeur. L’entreprise se doit de mener une enquête à l’interne « pour voir si l’alerte est fondée ou justifiée ». Par la suite, l’aide d’experts externes – avocats et juriscomptables – pourrait être requise, surtout si les « allégations » touchent le PDG ou le vice-président aux finances, par exemple.

Ensuite, le franchiseur devra « confirmer ou infirmer la chose », croit Michel Magnan. « Ce serait bon pour eux qu’ils le fassent, car leur titre a souffert. »

Ébranler la confiance

Une chose est certaine, la décision de reporter la publication d’états financiers n’est jamais une mince affaire.

« Ça crée de l’incertitude dans le marché. On a vu l’impact que ça a eu sur la cote, souligne Michel Magnan. Si MTY a des transactions en cours ou des financements en cours, ça crée aussi une certaine inquiétude. »

À l’interne, les employés ne sont pas épargnés, poursuit le professeur. « Même si on n’a peut-être rien dit, ça crée des rumeurs. Qui a parlé ? Qu’est-ce qu’il a dit ? Ça ébranle la confiance. »

Michel Nadeau partage entièrement cet avis. « Moi, je n’achèterais pas d’actions [présentement] », lâche-t-il.