(Québec) Le surplus du gouvernement du Québec fond de 600 millions de dollars d’un seul coup en raison de la perte de la valeur de son placement dans l’A220, le programme anciennement connu sous le nom de C Series duquel Bombardier vient de se retirer.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Québec avait investi 1,3 milliard de dollars dans ce programme. Ce placement vaut aujourd’hui 700 millions.

En vertu des règles comptables, le gouvernement doit inscrire dans ses livres une provision pour perte de 600 millions dès cette année, a expliqué le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon en conférence de presse jeudi.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Conséquence : le surplus budgétaire estimé à 1,7 milliard selon le dernier rapport mensuel des opérations financières du ministère des Finances passe à 1,1 milliard.

La provision pour perte de 600 millions, « c’est quand même beaucoup d’argent », a reconnu le premier ministre François Legault, qui blâme l’ancienne administration libérale d’avoir injecté des fonds dans la division de l’A220 plutôt que dans Bombardier. « J’espère qu’on va réussir à en récupérer une partie » des 600 millions.

Cette provision pour perte est « ponctuelle », a insisté M.  Fitzgibbon. Il se dit confiant, « sur une base personnelle », que le placement prendra de la valeur au cours des prochaines années.

Bombardier vient d’annoncer qu’il a cédé sa participation restante dans le programme à Airbus et au gouvernement québécois. La part du Québec passe de 16 % à 25 %, et le gouvernement n’a pas eu à débourser de sommes supplémentaires.

Il est maintenant prévu qu’Airbus rachète la totalité de la participation de Québec à une date fixe, le 1er janvier 2026. Cela remplace l’option d’achat qui était valide à partir du 30  juin 2023. « Ce report dans le temps permet d’espérer un rachat à une meilleure valeur considérant l’évolution de la croissance du programme », a soutenu Pierre Fitzgibbon.

Le ministre a ajouté qu’en vertu de la nouvelle entente, « le Québec renforce son secteur aérospatial, sans dépenser des sommes supplémentaires. Tous les emplois sont préservés ».

Au sujet du maintien des emplois, « les garanties sont verbales », a-t-il reconnu. Mais Airbus n’a aucun avantage de démobiliser des emplois selon lui. « C’est sûr qu’en ne mettant pas un sou de plus, on ne peut pas être trop exigeant », a dit de son côté François Legault, qui parle d’une « bonne transaction ». « Je suis optimiste pour avoir non seulement une protection des 3300 emplois, mais pour ajouter des emplois », a-t-il ajouté.

Une vente de la division Transport de Bombardier, spécialisée dans le matériel ferroviaire, à la société française Alstom fait toujours l’objet de discussions. « Il n’y a pas de transaction finalisée pour l’instant », a indiqué François Legault, ajoutant que son gouvernement « a eu des discussions avec la Caisse de dépôt », qui possède une part de 30 % dans Bombardier Transport.

Son objectif demeure de protéger les 1000 emplois et de profiter de la croissance attendue de ce secteur avec les projets de métro, de tramway et de train en Amérique du Nord.

« Au Québec, on a l’expertise à La Pocatière en soudure, une très belle expertise. On a une expertise à Saint-Bruno pour les ingénieurs. Moi, je suis convaincu que cette expertise-là va pouvoir être mise à contribution, que le Québec, peu importe ce qui va arriver avec Bombardier, va demeurer, d’après moi, un joueur important en Amérique du Nord dans cette industrie-là. Quelle va être la structure ? On ne le sait pas aujourd’hui », a indiqué Pierre Fitzgibbon.

Pour le chef intérimaire du Parti libéral Pierre Arcand, « on assiste à toutes fins pratiques au démantèlement de Bombardier ».

« François Legault a déchiré sa chemise de nombreuses fois pour des entreprises infiniment moins importantes », mais « qu’est-ce qu’il fait au niveau de la protection des sièges sociaux actuellement ? » a-t-il lancé. Le porte-parole en matière de finances, Carlos Leitão, a quant à lui défendu la décision du gouvernement Couillard d’investir dans l’A220, une décision qui s’avère meilleure selon lui que la proposition de François Legault.

« Ce n’est pas un grand jour pour le Québec, c’est une opération pour sauver les meubles. C’est le moins pire des mauvais scénarios », a réagi de son côté le porte-parole de Québec solidaire en matière d’économie, Vincent Marissal.

Il demande des « garanties écrites » pour assurer le maintien des emplois dans l’A220 et appelle le gouvernement à « récupérer nos billes éventuellement là-dedans ». Il réclame toujours que la direction de Bombardier s’explique publiquement pour, comme l’a dit le ministre lui-même, « comprendre où est allé l’argent ».

Pour le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, « on ne peut pas se réjouir de ce qui se passe avec Bombardier, avec notre investissement collectif, avec l’incertitude à La Pocatière » concernant la vente possible de la division Transport à Alstom. Selon lui, ce ne sont pas « les acteurs politiques et les gouvernements successifs qui sont les responsables » de la situation, mais bien « l’administration de Bombardier ».

« Il était avisé pour le gouvernement du Québec de ne pas réinvestir » dans le programme de l’A220. « Le maintien, des emplois, c’est aussi important, et on a un certain nombre d’assurances, mais bien sûr ce n’est pas sans penser au fleuron de Bombardier qui perd des pièces », a-t-il ajouté.