Alors que le gouvernement Trudeau exigera un test négatif à la COVID-19 pour entre au pays dès le 7 janvier prochain, le transporteur québécois Air Transat exhorte les gouvernements à adopter une position cohérente vis-à-vis les voyageurs du Sud. L’entreprise juge que le fait de permettre les vols, mais de déconseiller les voyages, est néfaste pour les transporteurs aériens.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Si les gouvernements veulent annuler tous les vols, qu’ils le disent et qu’ils nous aident à passer le cap. Mais s’ils veulent des vols, il faut qu’il y ait des clients, sinon les compagnies aériennes perdent d’immenses sommes », déplore Christophe Hennebelle, vice-président aux ressources humaines et aux communications d’Air Transat.

M. Hennebelle s’explique mal, par exemple, que le gouvernement fédéral tienne à maintenir l’offre des vols, alors que le gouvernement provincial dissuade tant la population à voyager. « C’est difficile à comprendre », admet-il. En 2020, la compagnie aérienne a enregistré des pertes financières catastrophiques, de l’ordre des 500 millions $. Les risques de faillite plus présents que jamais, cette nouvelle croisade lancée contre les voyageurs du Sud depuis quelques jours est peut-être la goutte de trop.

Partout à travers le monde, comme en Europe, les gouvernements ont mis en place des programmes pour soutenir le secteur aérien. Ici, il n’y a rien, aucune aide. Et en plus, ils veulent qu’on vole sans passager !

Christophe Hennebelle, vice-président aux ressources humaines et aux communications d’Air Transat

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

En 2020, Air Transat a enregistré des pertes financières catastrophiques, de l’ordre des 500 millions $.

Une responsabilité supplémentaire

En fin d’après-midi, jeudi, le ministre des Transports, Marc Garneau, a confirmé que la date d’entrée en fonction des nouvelles mesures dans les aéroports se fera à partir du 7 janvier. Plus tôt, mercredi, le gouvernement Trudeau avait annoncé que toute personne entrant au Canada devra fournir un test négatif à la COVID-19 datant de moins de trois jours avant son arrivée au pays.

« La documentation d’un résultat négatif à un test effectué en laboratoire doit être présentée au transporteur aérien avant l’embarquement sur un vol à destination du Canada. Le test doit être effectué au moyen d’un test d’amplification en chaîne par polymérase (test PCR) », a indiqué le cabinet du ministre Garneau, dans un communiqué, réitérant qu’un test négatif ne vient en rien remplacer la quarantaine de 14 jours, qui demeure obligatoire au retour d’un voyage.

Ces nouvelles mesures offriront un autre niveau de protection aux Canadiens et aux Canadiennes, alors que nous continuons d’évaluer les risques pour la santé publique et que nous travaillons à limiter la propagation de la COVID-19.

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

Mais cette nouvelle mesure, qui concerne tous les passagers de cinq ans et plus, M. Hennebelle et les autres acteurs du secteur aérien l’ont appris en même temps que tout le monde, lors d’une conférence de presse.

« Évidemment, nous n’avons pas été consultés. Pourtant, on a un savoir-faire, on est capable de trouver des solutions. Mais là, tout le monde est pris au dépourvu. On est dans le noir. » C’est que le contrôle des tests incombe aux compagnies aériennes, qui doivent vérifier les tests des passagers au moment de l’embarquement. Dans certains pays où l’accès aux tests est difficile, comme au Mexique, par exemple, c’est aussi elles qui doivent guider les voyageurs vers les ressources nécessaires.

D’ailleurs, Air Transat est rapidement entré en contact, hier, avec les autorités locales de leurs destinations vacances afin de trouver des solutions rapidement. La crainte ? Que des voyageurs restent coincés faute d’accéder à un test. « On espère que ça n’arrive pas, mais c’est possible », s’inquiète M. Hennebelle.

Trois députés conservateurs ont aussi dénoncé jeudi la « confusion » créée par l’annonce du gouvernement Trudeau sur les tests de dépistage. « De nombreuses juridictions utilisent des protocoles de tests après l’arrivée afin de réduire les exigences de quarantaine. Les libéraux refusent de considérer les modèles fondés sur des preuves déjà utilisés par d’autres pays du G7, préférant imposer des exigences de tests avant l’arrivée qui sont confus, difficiles à appliquer et à vérifier, et qui semblent être faits au hasard », ont dénoncé dans une déclaration conjointe Michelle Rempel Garner, Stéphanie Kusie et Pierre Paul-Hus.

« L’absence de justification et de clarté de l’annonce mal pensée du gouvernement libéral crée une confusion totale chez les travailleurs aériens et les Canadiens qui sont à l’étranger », ont-ils aussi déploré.

Baisse drastique du transport aérien

Selon des statistiques de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), les arrivées aux aéroports ont baissé de 91 % entre le 21 et le 27 décembre derniers, par rapport à la même période l’an dernier. Ce chiffre est de 87 % pour les passages à la frontière terrestre.

Pendant cette même semaine, le nombre de camionneurs entrant au Canada, lui, a bondi de 54 % par rapport à 2019. « Il importe de souligner qu’aucune mesure n’a été introduite pour restreindre les expéditions commerciales ou rendre certains produits non essentiels et que rien n’indique des problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement pour les produits essentiels qui entrent au Canada, y compris la nourriture et l’équipement médical », précise l’ASFC à ce sujet.

Par ailleurs, entre le 21 mars, soit la date du début des restrictions de voyage à la frontière entre le Canada et les États-Unis, et le 27 décembre, les services frontaliers ont recensé 1 141 640 citoyens canadiens et résidents permanents qui sont entrés au pays par mode aérien. Cela représente 56 % de tous les voyageurs aériens à l’échelle du Canada.

Plus tôt cette semaine, des images diffusées par La Presse de voyageurs québécois faisant fi des consignes sanitaires une fois les pieds dans le sable ont suscité l’inquiétude sur la colline Parlementaire.

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, avait alors pressé Ottawa de mettre sur pied « une obligation de se faire tester avant de prendre son avion de retour au Québec. » L’annonce du fédéral avait été accueillie avec soulagement de part et d’autre du Québec, tant par les politiciens que par les experts.