C’était un retour attendu, ou du moins annoncé depuis plus d’un an déjà. Fondée à Montréal en 2012 avant de déménager à San Francisco en 2017, la société techno-immobilière Sonder, qui a conçu une plateforme spécialisée dans la location de logements pour voyageurs, a confirmé mardi la réimplantation d’un centre décisionnel dans la métropole, ce qui devrait entraîner la création de 700 nouveaux postes d’ici cinq ans. Des emplois bien rémunérés comme les aime le premier ministre Legault.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Cela fait des mois que les cofondateurs de Sonder, Francis Davidson et Martin Picard, préparent leur retour à Montréal. En décembre de l’an dernier, mon collègue André Dubuc avait dévoilé que le groupe immobilier venait de signer un contrat conditionnel de location de deux étages de l’édifice situé au 425, avenue Viger Ouest.

PHOTO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CANADIENNE

Le coprésident de Sonder, Francis Davidson (sur écran), le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, et le premier ministre du Québec, François Legault, écoutent le coprésident de Sonder, Martin Picard, lors d’une conférence de presse mercredi.

Et c’est tout juste à côté, dans l’édifice des Archives nationales, au 435, avenue Viger Ouest, que le premier ministre François Legault, accompagné du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a confirmé mercredi matin que Sonder avait choisi Montréal pour y implanter un nouveau centre décisionnel qui supervisera notamment la croissance internationale du groupe.

Cela faisait des mois que le gouvernement québécois tentait de rapatrier les activités de Sonder à Montréal. Le premier ministre Legault est même allé visiter l’entreprise à San Francisco en décembre dernier pour convaincre les deux cofondateurs québécois de venir établir une antenne forte à Montréal plutôt qu’à Toronto ou à Vancouver.

Pour faciliter le processus décisionnel, Investissement Québec a consenti un prêt de 30 millions à l’entreprise « québéco-californienne », dont une portion de 5 millions pourra ne pas être remboursée si Sonder génère la création des 700 emplois promis d’ici cinq ans.

« On a fondé l’entreprise à Montréal, en 2012, lorsqu’on étudiait à McGill, mais en 2017, on a décidé de nous implanter à San Francisco parce qu’on voulait se rapprocher des investisseurs en capital de risque et recruter des gens qui avaient l’expérience de la gestion de forte croissance », m’a expliqué Martin Picard, cofondateur et vice-président immobilier de Sonder.

Ironiquement, la dernière des cinq rondes de financement réalisées par Sonder et qui a permis de récolter 200 millions US a été menée par la firme montréalaise iNovia, secondée par le groupe Fidelity de Boston.

« Les choses ont vraiment changé à Montréal. Avant, on ne pouvait pas réaliser de financement de croissance. Il y avait du capital de démarrage, mais après, ça devenait compliqué. L’écosystème financier a évolué et Montréal a beaucoup de talents dans l’économie numérique », souligne Martin Picard.

Au fil des ans, Sonder a réussi à lever 600 millions US de capitaux, ce qui lui confère aujourd’hui une valorisation de 1,4 milliard US.

Croissance soutenue

Sonder prévoit investir 182 millions au cours des cinq prochaines années pour le développement de ses activités à Montréal. L’entreprise, qui conservera son siège social de San Francisco, dirigera depuis Montréal ses activités immobilières, de finances, le développement de l’ingénierie informatique et enfin l’expansion internationale.

« Notre vice-président, projets spéciaux et expansion internationale vient de déménager à Montréal. Moi, je suis ici depuis avril pour préparer notre implantation. On veut beaucoup développer l’Europe, ça va être plus facile de Montréal.

« On compte embaucher 700 personnes, dont une centaine de spécialistes de l’IA et 150 personnes additionnelles à notre centre d’appels et de services à la clientèle qui est localisé dans le Mile-Ex. On va faire beaucoup d’embauches pour des postes en finances, aux opérations et en informatique au centre de décision de l’avenue Viger », précise Martin Picard.

Il faut souligner que Sonder croît à vive allure depuis quatre ans, avec un taux de croissance annuel de 100 %. L’entreprise, qui a réalisé des revenus de 200 millions l’an dernier, prévoit de terminer 2021 avec des revenus de 450 millions et de 1 milliard en 2022.

Sonder loue à long terme des édifices de logements afin de sous-louer leurs unités aux voyageurs pour des séjours à court terme. L’entreprise dispose d’un parc de 5000 unités de logement dans 35 villes réparties dans sept pays – le Canada, les États-Unis, le Mexique, l’Italie, l’Irlande, l’Angleterre et à Dubaï, aux Émirats arabes unis.

Le groupe projette de hausser son parc immobilier à plus de 20 000 logements d’ici 2022 tout en élargissant son empreinte à 60 villes dans le monde avec des ouvertures imminentes en France, en Espagne et aux Pays-Bas avec un coût moyen de 170 $ la nuitée.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE SONDER

Sonder loue à long terme des édifices de logements pour sous-louer leurs unités aux voyageurs pour des séjours à court terme.

« On prévoyait devenir rentable en 2021, mais la pandémie a repoussé cette étape à 2022. Malgré la COVID-19, on réussit à afficher un taux d’occupation de nos logements de 80 %. Contrairement aux hôtels qui peinent à trouver des clients, nous, on offre une grande autonomie à nos voyageurs.

« Ils ont un accès direct à leur bureau, leur cuisine et évidemment leur chambre, et on leur offre un service de conciergerie. Ils ont accès à tout cela sans contact humain, juste en utilisant leur téléphone. Les séjours moyens sont de 7 à 10 jours », explique Martin Picard.

Le salaire annuel moyen pour les emplois que projette de créer Sonder à Montréal sera de 67 000 $, alors que l’entreprise prévoit d’embaucher plus d’une centaine de spécialistes à un salaire annuel moyen de 140 000 $.

TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE SONDER

Sonder loue à long terme des édifices de logements pour sous-louer leurs unités aux voyageurs pour des séjours à court terme.