Une autre entreprise québécoise fait le saut en Bourse. Les actions de Haivision, un fournisseur de solutions pour la diffusion vidéo en continu, commencent à s’échanger ce mercredi matin à la Bourse de Toronto.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Haivision, dont le siège social est installé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, dans l’île de Montréal, se présente comme un consolidateur dans un marché fragmenté en forte croissance. La décision d’entrer en Bourse s’est prise cet automne parce que les investisseurs sont réceptifs et favorables aux entreprises du secteur technologique. Mais aussi parce que l’entreprise a le vent dans les voiles et que le moment est opportun de garnir les coffres en vue d’acquisitions.

« La pandémie a accéléré la décision de dirigeants à investir dans le travail à distance, la production à distance et la diffusion à distance. Ça va continuer. Ça change la façon d’opérer pour de nombreuses entreprises. On le voit », dit le fondateur et PDG de Haivision, Mirko Wicha.

Une croissance rentable est présentée aux investisseurs. Le chiffre d’affaires est passé de 55 millions en 2017 à 74 millions l’an passé, et devrait dépasser les 80 millions pour l’exercice 2020. La marge brute est demeurée relativement stable autour de 75 % durant les trois derniers exercices financiers et un bénéfice net est généré depuis 2015. Le profit net de l’exercice 2019 s’est élevé à 3,7 millions.

« Notre ambition est de grossir plus rapidement que le marché, qui croît de 15 % par année et dont la taille est évaluée à plus de 15 milliards US », dit le PDG.

L’objectif avoué de Mirko Wicha est de tripler les revenus, à 250 millions. « Quand cela se produira exactement dépend de la vitesse à laquelle nous pourrons grandir, et des entreprises que nous allons acheter », dit-il.

« Nous avons atteint 80 millions en revenus après avoir levé seulement 8 millions de dollars en capitaux depuis la création de Haivision. Je n’ai jamais vu une autre entreprise de technologies en dire autant. Habituellement, c’est le contraire : une entreprise obtient 80 millions en financement et espère générer 10 millions en revenus », dit l’entrepreneur de 59 ans et principal actionnaire de Haivision avec une participation de 13 %.

Clients prestigieux

Haivision compte des clients dans plusieurs industries. Comcast, Microsoft, Riot Games, ESPN, le Pentagone et la NASA sont tous des exemples de clients de Haivision. La LNH, la NFL, la NBA, la NCAA et le baseball majeur utilisent également tous la technologie de Haivision pour les reprises vidéo notamment, dit Mirko Wicha.

Il explique que pour les clients, la fiabilité de la vidéo est critique à la prise de décisions. « Pensez par exemple à un chirurgien. L’image doit être parfaite et rapide », précise-t-il.

Haivision est la référence dans le marché militaire de l’intelligence, de la surveillance et de la reconnaissance (ISR), soutient l’homme d’affaires d’origine tchécoslovaque.

« L’ISR est un gros marché en croissance rapide, dit-il. Ça représente le tiers de nos activités. » La diffusion compte pour un autre tiers. « La diffusion change. Le satellite est en perte de vitesse. C’est trop dispendieux et lent. Notre technologie est déployée pour la prochaine génération de diffusion », explique le Montréalais d’adoption.

Les débuts boursiers seront intéressants à suivre, compte tenu du récent succès des entreprises montréalaises Nuvei et Guru, mais aussi de Doordash et d’Airbnb au sud de la frontière.

Le premier appel public à l’épargne de Haivision permet à l’entreprise de récolter une trentaine de millions qui serviront principalement à financer des acquisitions. L’entreprise de 250 employés en a réalisé six depuis sa fondation en 2004. La plus récente est celle de Teltoo l’été dernier.

Le prix initial de l’action de Haivision, qui s’échangera sous le symbole HAI, a été fixé à 6 $, ce qui donne une capitalisation boursière d’environ 155 millions au départ.

Il y a un mois, Haivision espérait encore obtenir 45 millions et que le prix initial de l’action soit fixé entre 6,50 $ et 7 $.

« Doordash et Airbnb ont haussé significativement la fourchette de prix espéré, et la valeur des actions a doublé instantanément », commente le gestionnaire de portefeuille Philippe Hynes, chez Tonus Capital.

« Pour Haivision, c’est le contraire. La compagnie a abaissé la fourchette. Les activités de Haivision sont plus difficiles à comprendre et l’entreprise n’est pas aussi connue que Doordash et Airbnb. La croissance des revenus n’est pas aussi spectaculaire que celle de Doordash et d’Airbnb, mais Haivision est rentable. »

Philippe Hynes admet avoir passé une commande pour acheter des actions de Haivision.

« La grosseur du deal n’est pas énorme. Plusieurs institutionnels trouvent ça trop petit pour eux. Moi, c’est ce que j’aime, des petites capitalisations souvent un peu mal comprises et mal regardées. À mesure que la compagnie publiera des résultats et affichera sa croissance, elle se fera connaître. Et l’évaluation n’est pas ridicule. Sur un horizon de quelques mois, ça peut être plus intéressant que d’acheter lors d’une forte hausse au départ sans que les fondamentaux justifient le prix. »